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Amgwerd Madeleine · Ständerat · 2007-06-20

Amgwerd Madeleine · Ständerat · Jura · Christlichdemokratische Fraktion · 2007-06-20

Wortprotokoll

J'ai cosigné la motion Fetz, car je pense que ce qu'elle propose est raisonnable et correct. Je n'ai certainement pas les mêmes motivations que ma [PAGE 598] collègue et je ne suis pas non plus une pasionaria antiarmée, vous le savez. Je ne fais pas non plus partie de celles et ceux qui ont signé la pétition lancée par le magazine "Annabelle", car je n'apprécie pas vraiment cette manière assez populiste de procéder. Je suis respectueuse de l'armée, de son engagement en faveur de notre sécurité, de ses compétences, de sa volonté de se moderniser et de remplir les missions qui lui sont confiées. Bien peu d'institutions fédérales, j'irai jusqu'à dire aucune institution fédérale, ne se sont autant modifiées et restructurées que l'armée ces dernières années, certes pour des raisons financières, mais aussi pour adapter ses structures à la situation actuelle de la sécurité et pour mieux s'acquitter de ses missions.

Certainement que l'objet de la motion - ne plus laisser la munition de poche aux soldats suisses - représente un grand et nouveau changement de mentalité. Cette motion est juste et appropriée. Sans vous imposer une série de statistiques de toutes sortes, auxquelles on peut faire dire tout et son contraire, j'aimerais dire deux choses.

Premièrement, on a toujours conçu l'idée que remettre de la munition et l'arme au soldat était une preuve de confiance à son égard. C'est une tradition semble-t-il bien ancrée dans les traditions non seulement militaires, mais aussi démocratiques suisses. Certains diront que c'est presque un mythe identitaire: le citoyen suisse est soldat et tireur. Mais a-t-on demandé à la recrue d'aujourd'hui si elle souhaite garder son arme et la munition à la maison, si elle considère que c'est vraiment un signe de confiance qu'on lui retirerait? Si on proposait d'entreposer l'arme et la munition à l'arsenal, je suis persuadée que la majorité des personnes concernées y seraient favorables ou du moins ne s'y opposeraient pas, étant admis que les armes et la munition seraient à nouveau à disposition pour les tirs obligatoires et les cours de répétition.

Lors d'une visite de classe de jeunes en formation venus de Suisse allemande lundi en fin d'après-midi, je leur ai posé la question: "Pensez-vous qu'il faut arme et munition à la maison?" Tous ont répondu non pour la munition à la maison; la grande majorité a dit non aussi pour les armes; seuls deux garçons y étaient favorables. C'est l'avis de la rue ou d'une petite portion de la rue.

Deuxièmement, il est écrit dans l'avis du Conseil fédéral du 13 septembre 2006 qu'"il existe toujours, aujourd'hui, des menaces auxquelles la société peut être confrontée de manière inattendue". Quand avons-nous vu des soldats appelés à sortir de leur maison, armés, pour répondre à une menace inattendue? Quand avons-nous vu l'armée décréter une mobilisation en quelques heures, au cours de laquelle nos soldats auraient dû être armés de pied en cap et prêts à agir sur le terrain? N'y-t-il pas un peu partout dans le pays et tout au long de l'année des écoles de recrues, des militaires en service long, des écoles d'officiers, des soldats en cours de répétition, qui peuvent être des soldats de première intervention? Face à une attaque inattendue - si elle devait avoir lieu - nous avons des forces suffisantes à disposition, de mon point de vue. Justifier le maintien de la munition de poche à domicile par une menace inattendue - car dans la motion, il ne s'agit que de la munition de poche et non de l'arme - franchement, ce n'est pas un argument sérieux! Il est même d'un autre âge: cela fait des années que tel n'a pas été le cas et c'est heureux!

Du point de vue organisationnel, il serait aussi plus simple et plus logique de conserver munition et arme à l'arsenal ou dans un bâtiment militaire. Il est vrai qu'il y aurait des questions d'organisation à régler. Prétexter que ce n'est pas possible du point de vue logistique, c'est une argumentation que l'on utilise quand on ne veut pas faire les choses. Lorsqu'on a la volonté de le faire, on s'en donne les moyens! Ce serait certainement aussi le moyen de maintenir quelques emplois dans la logistique de l'armée. Cela pourrait aussi avoir des conséquences financières positives, car il est clair que l'on ne conserverait pas autant d'armes.

Dans mon intervention, j'ai volontairement toujours parlé d'"arme" et de "munition", car toutes deux ne devraient plus être conservées à domicile. C'est donc une raison de plus pour accepter cette motion, qui demande seulement la remise de la munition de poche. C'est donc une demi-mesure, elle devrait être plus facile à accepter.

J'aimerais vous rappeler pour terminer que le 16 septembre 2002, le Conseil des Etats avait adopté le postulat Berger 02.3242, "Les munitions de guerre", qui demandait au Conseil fédéral "de tout mettre en oeuvre, au nom du principe de la sécurité, pour que les munitions de guerre ne soient plus conservées à domicile". Le Conseil fédéral s'est déclaré prêt à accepter le postulat, dans le sens d'une demande d'examen. Cinq ans ont passé et si la motion 06.3351 est traitée aujourd'hui, c'est parce qu'aucune proposition n'a été faite de la part du Conseil fédéral. Je pense qu'accepter cette motion serait aussi rassurer la population suisse, répondre à une demande qu'elle a formulée de manière toujours plus pressante ces dernières années et peut-être éviter une initiative populaire excessive.

Mais qui veut le plus peut le moins, et il va de soi que j'accepterai la motion de la commission, laquelle est un compromis un peu moins courageux, mais un premier pas qui est néanmoins à saluer.