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Menétrey-Savary Anne-Catherine · Nationalrat · 2007-09-19

Menétrey-Savary Anne-Catherine · Nationalrat · Waadt · Grüne Fraktion · 2007-09-19

Wortprotokoll

Le crédit-cadre pour Pro Helvetia a fait l'objet de ma toute première intervention, le jour même de mon arrivée dans ce Parlement en 1999. Huit ans plus tard, ce n'est pas tout à fait ma dernière mais presque. Mais surtout, le climat dans lequel se déroule le débat, quand on parle de culture, est toujours marqué par un esprit de contestation, voire de suspicion désagréable. Aujourd'hui il se présente sous des auspices un peu meilleurs, puisque la majorité de la commission veut rétablir le montant demandé par Pro Helvetia, contre l'avis du Conseil fédéral. Il n'en reste pas moins soumis aux pressions des économies. Parfois on dit que la culture, c'est ce qui reste quand on a tout oublié. Il ne faudrait pas qu'on en arrive à dire que la culture, c'est ce qui reste quand on a tout économisé!

En plus des réductions budgétaires, ce sont aujourd'hui les futures lois sur la culture et concernant la fondation Pro Helvetia qui sont brandies comme des menaces, comme si tout était suspendu à ces décisions futures, comme si l'autonomie de la fondation n'était plus assurée, ni ses rôles futurs, ni ses projets. Est-ce que la politique culturelle peut être plus productive dans l'incertitude? Est-ce que la pensée fleurit mieux dans la précarité? J'en doute. C'est d'autant plus injuste que Pro Helvetia a été soumise à une évaluation du Contrôle parlementaire de l'administration dont le résultat est tout en sa faveur: frais administratifs réduits, consolidation des réseaux à l'étranger, concentration sur des domaines prioritaires dont la médiation culturelle et artistique. Entre le travail minutieux fourni par la fondation pour justifier sa demande de crédit-cadre et l'absence presque totale d'analyse du Conseil fédéral pour justifier la réduction qu'il entend opérer, le contraste est à mes yeux assez saisissant.

Pro Helvetia a raison, nous dit le message du Conseil fédéral, mais économies obligent. C'est à notre sens un peu court. Ce qui aggrave encore cette situation de réductions budgétaires successives, c'est que, d'année en année, on repart toujours de plus bas et qu'on s'installe en fait dans une spirale descendante. A cela s'ajoute un contraste encore plus saisissant entre les efforts fournis par Pro Helvetia et l'hostilité marquée, récurrente, qui transparaît dans les propositions de l'UDC aux minorités III (Pfister Theophil) et IV (Freysinger), alors même que certains de ces collègues se piquent volontiers de culture.

Ce qui nous frappe dans le débat autour de la culture et de Pro Helvetia, c'est que certains éprouvent le besoin de toujours chercher une justification marchande à la culture, comme si elle était d'abord l'instrument de notre promotion économique, la vitrine de nos entreprises. Certes, la culture est un élément de rayonnement et, à ce titre, elle constitue [PAGE 1263] une plus-value pour notre pays à l'étranger, mais elle est aussi notre énergie vitale, le socle de notre identité. Grâce à elle, nous sommes capables d'exporter, mais aussi de faire circuler à l'intérieur du pays, non pas seulement des produits de consommation, mais quelque chose de nous qui exprime de la pensée et de l'émotion.

C'est donc avec conviction que le groupe des Verts se prononce pour le crédit-cadre de 143,8 millions de francs demandé par Pro Helvetia et accepté par la majorité de la commission.

Nous considérons ensuite que de lier ce crédit-cadre à la future loi est beaucoup trop aléatoire. C'est une obligation légale de fixer le financement pour les quatre ans à venir, et, en l'absence d'une autre loi, il faut s'y conformer. En revanche, ce n'est pas une obligation légale de dépenser l'entier de ce crédit si d'aventure les missions de Pro Helvetia devaient changer, ce que nous n'espérons pas. Sur ce point, nous adopterons donc la proposition de la minorité I (Müller-Hemmi).