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Couchepin Pascal · Bundesrat · 2007-09-19

Couchepin Pascal · Bundesrat · Wallis · 2007-09-19

Wortprotokoll

La situation est claire: nous avons l'obligation de nous prononcer sur le pflafond de dépenses pour la période 2008-2011, qui est prévu par la loi fédérale concernant Pro Helvetia et qui fixe les limites de crédits pour cette institution et pour cette période. Le Conseil fédéral propose 135 millions de francs, soit 33,75 millions de francs par an en moyenne. C'est 2 millions de francs par an de moins que durant la période précédente.

La majorité de la commission pense que cette réduction est exagérée, que le coût de la vie et l'évolution du monde imposent le maintien du crédit proposé par Pro Helvetia. C'est à une majorité d'une voix qu'elle demande un crédit de 143,8 millions de francs. Je crois que les arguments sont connus. Il s'agit d'arguments financiers qui s'imposent dans tous les postes du budget et qui ont ici une application modérée, mais quand même assez importante, puisqu'il s'agit d'une réduction de 2 millions de francs sur les 35 millions de francs qui étaient accordés dans le passé, ce qui n'est pas négligeable. La majorité de la commission considère que ce n'est pas souhaitable. C'est la raison pour laquelle, contre l'avis du Conseil fédéral, elle propose de porter le budget à 143,8 millions de francs.

Le Conseil fédéral considère que le travail de Pro Helvetia est bien fait, que la fondation respecte son mandat, qu'elle traite les requêtes qui lui sont adressées et qui sont nombreuses puisqu'il y a près de 4000 requêtes par an, dont environ la moitié débouche sur un soutien financier. Pro Helvetia a aussi mis sur pied des programmes, à savoir des projets propres à la fondation. Pro Helvetia assume un soutien permanent à l'étranger, à savoir les centres culturels et les bureaux de liaison.

Dans cette petite dispute qui est née ici entre ceux qui pensent que Pro Helvetia doit renforcer sa présence dans les pays environnants - aux dépens, peut-être, d'une présence dans les pays émergents, notamment dans les pays d'Asie, dans lesquels se passe une grande partie de la dynamique mondiale - et ceux qui disent qu'il faut être présent plus [PAGE 1266] fortement dans les pays asiatiques, le Conseil fédéral ne tranche pas de manière définitive. Il laisse précisément Pro Helvetia, qui est autonome, décider où mettre l'accent.

Quand on regarde les choses de plus près - parce que, même si Pro Helvetia est autonome, il est important de regarder les choses de près -, on constate que le désengagement qui a eu lieu en Europe n'est pas un abandon du terrain, mais un désengagement parce qu'on a la conviction qu'une partie du travail qui a été accompli dans ces pays par Pro Helvetia peut l'être par d'autres organismes, et que la présence culturelle suisse dans ces pays proches demeurera aussi importante que dans le passé, mais par d'autres canaux. Et Pro Helvetia souhaite développer une sorte de rôle pionnier dans des aires culturelles plus éloignées de la nôtre, mais avec lesquelles on a de plus en plus de contacts, notamment en Inde et en Chine.

On dit: "Est-ce qu'un million de francs de plus ou de moins a une importance sur la prise de conscience, par l'opinion publique indienne ou chinoise, de ce que peut apporter un petit pays comme la Suisse à la culture universelle?" On ne peut ni discuter dans ces termes ni donner une réponse définitive. Il faut voir les choses un peu différemment et se dire que si on veut que globalement il y ait plus de civilisation et plus d'échanges culturels, chaque pays, grand ou petit, doit apporter sa pierre, sa contribution à la culture universelle. Et bien sûr, un pays comme la Suisse ne pourra pas avoir la même présence culturelle que de grandes nations comme la France, l'Italie ou les Etats-Unis d'Amérique, mais il doit apporter sa contribution. Et c'est une affaire de mesure que de savoir jusqu'où nous devons financièrement nous engager pour soutenir cette contribution au développement d'un dialogue universel des cultures.

Dans cet esprit, nous saluons le développement de Pro Helvetia en Inde, à New Delhi, au début 2007 et en Chine, à Shanghai, au début 2010. Nous saluons aussi la collaboration qui a été établie avec le Secrétariat d'Etat à l'éducation et à la recherche, de telle sorte que les frais avec les Maisons suisses seront réduits; il y a de meilleures synergies.

Pro Helvetia a aussi parrainé des coproductions fructueuses avec l'étranger, créant des réseaux dont pourra bénéficier la scène artistique suisse sur le long terme. Mais surtout, Pro Helvetia a repensé ses structures. Elle a limité ses charges en 2006 à 31,7 pour cent et elle est donc proche de l'objectif qu'elle s'était fixé de réduire ses charges administratives à 30 pour cent des ressources qui lui sont attribuées.

Le Conseil fédéral salue ces efforts et soutient les quatre domaines prioritaires définis par la fondation que j'ai déjà évoqués: les échanges avec l'Asie, la médiation culturelle et artistique qui permet le contact avec l'offre existante à de nouveaux publics, les traductions et les coproductions entre la Suisse et l'étranger.

Un petit débat s'est instauré tout à l'heure au sujet du caractère de la culture promue par Pro Helvetia. S'agit-il d'une culture étatique? Bien sûr, l'argent vient de la Confédération, mais il est attribué à une fondation autonome qui promeut la culture suisse. Si la promotion de la culture suisse est dévalorisée, dégradée au niveau d'une promotion de la culture étatique, il y a quelque chose de faux. Je crois que la promotion de la culture suisse n'est pas la promotion de la culture étatique, c'est la promotion de la culture, des artistes originaires de notre pays qui ne font pas de la culture suisse au sens ethnique du terme, parce que la culture est universelle. La Suisse apporte simplement sa contribution à la culture mondiale et, ce faisant, elle affirme qu'elle existe, non seulement comme nation productrice de biens matériels ou immatériels, non seulement comme pays consommateur, mais aussi comme nation qui a quelque chose de plus à offrir à l'ensemble du monde. Au fond, c'est un acte patriotique, dans le bon sens du terme, que l'on fait en soutenant une organisation autonome qui essaie d'affirmer la présence de la Suisse à l'étranger.

Je suis surpris d'entendre des milieux qui sont traditionnellement d'ardents défenseurs de la présence de la Suisse dans le monde contester le crédit proposé ici, parce qu'à mon avis, ils devraient être plutôt favorables à une multiplication des offres à Pro Helvetia, afin que la Suisse soit encore plus présente dans le monde, et qu'elle soit une sorte de grande nation, ce qu'elle n'est pas, mais elle peut quand même être une nation présente dans la culture universelle.

C'est pour cette raison que je vous invite à accepter le crédit demandé par le Conseil fédéral. A vous de juger quelle nuance - parce qu'entre la proposition de la majorité et le projet du Conseil fédéral il s'agit de nuances - emportera votre adhésion intellectuelle et spirituelle.