Lexipedia

Huguenin Marianne · Nationalrat · 2007-09-27

Huguenin Marianne · Nationalrat · Waadt · Fraktionslos · 2007-09-27

Wortprotokoll

Corinne Rey-Bellet et son frère ont été tués en avril 2006 par un Sigg P 220 9 millimètres, pistolet d'ordonnance de son mari, banquier Saint-Gallois et major à l'armée: un meurtre emblématique d'une ancienne championne de ski, qui a mis en évidence que la violence et les homicides ne se trouvent pas tant dans la rue mais plutôt à domicile, où a lieu en Suisse un homicide sur deux et où les femmes sont particulièrement menacées. En janvier 2003, c'est un adolescent jurassien de 15 ans qui est mort, tué par un camarade, jeune tireur sportif âgé de 12 ans qui exhibait son fusil d'assaut prêté par le président de la société de tir locale. Tout récemment, en août dernier, dans le canton de Neuchâtel, un retraité du département militaire, ancien lieutenant-colonel, a tué son épouse puis s'est suicidé.

On compte 280 morts par année dans notre pays provoquées par des armes d'ordonnance: 280 de trop! Les résultats de l'étude de Martin Killias, dont on a parlé, ont surpris ses auteurs: 16 pour cent des homicides habituels, 36 pour cent de ces homicides dans le cadre familial et 68 pour cent des suicides sont commis avec une arme d'ordonnance. Mentionnons aussi la violence, les menaces, les intimidations. La revue "Annabelle", lors de la récolte des signatures, l'a rappelé en citant un homme qui a tiré avec son fusil d'assaut à travers son appartement en présence de sa femme et de trois enfants terrorisés. Ces violences de la vie ordinaire sont bien plus fréquentes qu'on le croit. En mars 2007 aussi, la presse a relaté l'arrestation d'un Suisse de 21 ans qui avait tiré cinq coups de feu avec son fusil militaire contre le bâtiment de la gendarmerie fribourgeoise pour se faire remarquer.

Face à ces faits, les arguments des partisans de ces arsenaux privés et domestiques sont surprenants. Si les auteurs des faits divers que j'ai précédemment mentionnés avaient été de jeunes Kosovars, les choses auraient été vues autrement. Mais non, ils sont banalement Suisses, banalement soldat ou major, banalement inscrit à un de ces cours de jeunes tireurs. Ils ont dérivé, "pété un plomb", comme on dit, et ils sont passés à l'acte, acte facilité par la présence de l'arme. Quand c'est un jeune Albanais qui dérape, on parle de culture, vous cherchez des solutions globales, vous pénalisez toute une communauté. Quand c'est un jeune tireur, un officier ou un soldat, on parle de dérapage individuel, on ne parle plus de culture mais d'individus, et on se refuse à prendre toute mesure générale globale, alors qu'on en reconnaît l'efficacité. L'exemple du Canada montre que la limitation de l'accès aux armes à feu permet de réduire le nombre de suicides.

C'est une preuve de plus qui montre qu'un acte violent contre soi-même ou contre les autres est favorisé par l'accès facile à une arme. L'argument le plus insupportable, c'est quand même d'arguer que le maintien des armes dans les arsenaux coûterait des millions, nous dit-on. Avec son budget se chiffrant en milliards et ses arsenaux qui se vident, notre armée devrait pouvoir - comme toutes les armées du monde - stocker les armes de ses soldats.

280 morts par année en tant de paix: pour être crédible, une armée doit protéger la vie des citoyens et non pas la mettre en danger ou alors elle n'a plus de raison d'être. Nos maniaques de la sécurité dégainent sur la violence des jeunes. Ils banalisent à outrance la violence des armes et les morts réguliers et prévisibles qu'elles occasionnent. Et tout le discours contre la violence des jeunes est décrédibilisé par ce refus de prendre des mesures toutes simples pour diminuer la violence en général.

Nous soutiendrons donc la motion de la CPS-CE 07.3277 adoptée par le Conseil des Etats, l'initiative parlementaire du groupe socialiste 06.434 ainsi que les pétitions Session des jeunes 2006 07.2001 et revue "Annabelle" 06.2025. Nous soutiendrons surtout l'initiative parlementaire précitée, seul véritable remède pour lutter efficacement contre la violence et le meurtre tolérés dans notre pays.