Ory Gisèle · Ständerat · 2007-09-25
Ory Gisèle · Ständerat · Neuenburg · Sozialdemokratische Fraktion · 2007-09-25
Wortprotokoll
L'alinéa 3 de l'article 15 est certainement celui qui nous a valu le plus de discussions en commission. Le Conseil national s'est prononcé en faveur d'un énoncé respectueux des minorités et susceptible en particulier de rassurer les Romands et de garantir la cohésion de la Suisse à long terme. La commission de notre conseil a décidé de biffer cet alinéa, suivant ainsi la position des cantons qui veulent garder la haute main sur l'ordre dans lequel on introduit l'apprentissage des langues étrangères vivantes à l'école obligatoire. Je comprends les cantons. Ils ont fait du mieux qu'ils pouvaient. Ils sont dans l'incapacité de trouver un consensus sur ce sujet, tant le nombre de cantons alémaniques acquis au fait d'enseigner en priorité l'anglais est aujourd'hui important. A mes yeux, cela est grave.
Certains membres de la commission, conscients des enjeux de cette question, ont fait diverses propositions destinées à trouver au moins une solution de compromis avec le Conseil national. Ces propositions ont été retirées, tant le sentiment était fort au sein de la commission que l'on ne parviendrait pas à trouver un consensus. Cela m'inquiète, cela m'inquiète même beaucoup, car il y va de la cohésion de notre pays à long terme. Si les cantons ne peuvent être tenus pour responsables individuellement de la cohésion de notre pays et que l'on ne peut donc demander à la CDIP de prendre des décisions volontaristes dans ce domaine, cela est en revanche de la responsabilité de la Confédération.
Or, en l'occurrence, la Confédération a quelques craintes. Elle n'ose pas demander aux cantons de privilégier une solution susceptible de garantir la cohésion du pays à long terme. En d'autres termes, la Confédération ne trouve pas la cohésion de notre pays suffisamment importante pour que l'on demande aux cantons alémaniques de privilégier l'apprentissage du français par rapport à l'anglais. Que devons-nous comprendre, nous, Romands? Que nos concitoyens préfèrent s'entendre avec les anglophones plutôt qu'avec nous? Que devons-nous en conclure, nous qui privilégions depuis toujours l'apprentissage de l'allemand, bien que ce ne soit pas facile du tout? Que les efforts ne sont faits que d'un côté? Cela nous laisse dans la bouche une amertume dont le goût est difficile à faire passer.
Pourquoi faisons-nous ces efforts? En sommes-nous récompensés? Ne devrions-nous pas apprendre uniquement l'anglais, nous aussi, et nous simplifier ainsi la vie? Les Alémaniques sauront mieux l'anglais. On enseigne déjà partiellement en anglais aux écoles polytechniques fédérales et aux universités. De nombreux travaux de "master" sont publiés en anglais. Pourquoi ne pas écrire à nos concitoyens en anglais, tenir nos débats du Conseil des Etats en anglais, publier les arrêts du Tribunal fédéral en anglais, et oublier ainsi largement notre histoire, notre culture et notre avenir commun?
Si l'on fixe dans la loi qu'il faut apprendre en priorité une langue nationale, c'est aussi un avantage pour les Alémaniques, car c'est en somme un début d'harmonisation des programmes scolaires. Pour respecter les articles constitutionnels sur la formation, il faut des objectifs d'apprentissage harmonisés entre les cantons, de manière que les enfants n'etaient pas de difficultés si les parents déménagent.
Il faut voir aussi qu'il sera difficile pour les enfants alémaniques d'apprendre conjointement l'allemand, l'anglais et le français; ils abandonneront donc le français, qui est plus difficile. Or il faut commencer par le français pour arriver à un bon niveau; il ne faut pas commencer par le plus facile, mais par le plus difficile. En outre, les statistiques montrent que si l'on veut être en adéquation avec le marché de l'emploi, ce n'est pas l'anglais, mais le français qu'il faut apprendre. La plupart des employeurs exigent le français avant l'anglais.
Enfin, cette disposition inscrite dans la loi ne viole pas la Constitution, l'étude du professeur Borghi l'a démontré. Nous pouvons donc aujourd'hui prendre une décision semblable à celle du Conseil national et donner ainsi un signal clair en faveur de l'entente entre les diverses communautés linguistiques de notre pays.