Lexipedia

Roth-Bernasconi Maria · Nationalrat · 2007-12-05

Roth-Bernasconi Maria · Nationalrat · Genf · Sozialdemokratische Fraktion · 2007-12-05

Wortprotokoll

Tout d'abord, j'aimerais déclarer mes intérêts: je suis membre du comité de l'initiative populaire "pour une politique raisonnable en matière de chanvre protégeant efficacement la jeunesse".

Fumer nuit gravement à la santé, vous le savez comme moi. Ce qui vaut pour les cigarettes est aussi vrai du cannabis. Une consommation régulière de ce produit a des effets [PAGE 1806] préjudiciables pour la santé, en particulier chez les adolescents et les personnes fragilisées. Or, en Suisse, 28 pour cent de la population âgée de 15 à 39 ans a déjà fait usage de cannabis. Bien que le niveau de la consommation, en particulier celui de la consommation précoce, tende à stagner, voire à diminuer, il reste important par rapport aux pays voisins.

Face à cette situation, qui prouve l'inefficacité de la politique actuelle, nous ne pouvons nous permettre de pratiquer la politique de l'autruche, nous devons agir. L'initiative que nous discutons aujourd'hui propose précisément des solutions pour réduire la consommation de cannabis et ses dangers.

A l'heure actuelle, l'interdiction du cannabis assure la prospérité d'un vaste marché noir: l'illégalité du produit rend son commerce extrêmement lucratif. Plus cher et exempté de taxes, le cannabis représente une source de profit très intéressante pour des organisations criminelles peu soucieuses de l'âge des consommateurs ou de la qualité des produits, souvent mélangés à des substances dangereuses. Le marché noir rend donc le cannabis plus accessible à n'importe qui et dans n'importe quelle condition. La dépénalisation de ce produit, assortie d'une réglementation stricte, demandée expressément par l'initiative, reviendrait en revanche à sortir de l'ombre le commerce de cannabis et à le contrôler de près, comme c'est par exemple le cas avec l'alcool, dont la vente est interdite aux jeunes. Sans même parler des ressources qui seraient récupérées par l'Etat sous forme d'impôts sur le produit et des économies en matière de répression.

Si la vente de cannabis aux mineurs ainsi que toute publicité pour ce produit doivent être interdites, les ressources dégagées par l'abolition du marché noir sont à investir dans la prévention et l'accompagnement, en particulier auprès des jeunes. Loin d'être réduites à la clandestinité et au silence, comme c'est le cas aujourd'hui, les personnes dont la consommation est problématique pourraient parler plus librement à autrui de leur situation. Elles devraient pouvoir le faire auprès d'interlocuteurs et interlocutrices formés dans ce sens. L'initiative populaire prévoit d'ailleurs la formation continue du personnel de vente et des professeurs par des organes de prévention.

Par ailleurs, les adultes qui consomment du cannabis doivent pouvoir bénéficier d'informations sur le produit et ses effets, comme c'est le cas avec le tabac et l'alcool, des produits autrement plus nocifs mais que personne ne songe à interdire en mettant en avant, à juste titre, la responsabilité, l'autonomie et la sphère privée, évidemment dans les limites du respect d'autrui. Et là je pense à la fumée passive.

Bien sûr, nous rêvons toutes et tous d'un monde sans drogue. Mais, au lieu d'invoquer ce rêve pour nier la réalité - ce qui entraîne les conséquences qu'on observe aujourd'hui -, il nous faut composer avec elle. Entre diabolisation et banalisation des substances, entre tutelle et laisser-faire de la part des pouvoirs publics, entre abstinence et dépendance des individus, la réalité est complexe. La politique des quatre piliers qui allie prévention, traitement, réduction des risques sanitaires et répression est une réponse pragmatique et subtile à cette réalité complexe.

L'initiative dont nous débattons en ce moment s'inscrit pleinement dans cette politique, comme le reconnaît le Conseil fédéral lui-même. Fumer tue, nous sommes d'accord sur ce point; boire à l'excès et abuser de médicaments tue également. Et cela continuera si l'on s'obstine à poursuivre une politique qui a fait la preuve de son ineptie. En guise de premier pas dans l'autre direction, je vous invite donc à soutenir l'initiative populaire "pour une politique raisonnable en matière de chanvre protégeant efficacement la jeunesse".