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Lüscher Christian · Nationalrat · 2007-12-05

Lüscher Christian · Nationalrat · Genf · Freisinnig-demokratische Fraktion · 2007-12-05

Wortprotokoll

Je suis fermement opposé à cette initiative populaire, d'abord comme parlementaire issu du Parti libéral, parce qu'on ne défend pas les libertés en encourageant des dépendances; ensuite comme père de deux garçons de 18 et 15 ans, à qui je ne veux pas que les autorités donnent un message que je considère personnellement comme désastreux; enfin comme habitant de Genève, en raison de l'appel d'air que créerait l'acceptation de cette initiative pour les consommateurs, voire pour les dealers venus de France, et de France voisine en particulier.

Le message que livre cette initiative me semble contradictoire. En effet, on ne peut pas, en matière de santé publique, dire que la cigarette est un cancer généralisé, qu'elle tue, et puis, parallèlement, dire que la consommation de cannabis, somme toute, est quelque chose de très anodin, que les jeunes peuvent très bien vivre avec cela et qu'il faut, en conséquence, cesser de jeter un regard noir sur les personnes qui s'adonnent à la consommation de cette drogue. S'il est vraisemblable que la consommation de cannabis n'entraîne pas la consommation de drogues dures, il est en revanche évident que la consommation de cannabis entraîne la consommation de cigarettes. Or, en matière de santé publique, tout le monde s'accorde à dire qu'il faut faire tout ce qui est possible pour limiter la consommation de tabac.

La consommation de drogue n'est de loin pas un fait anodin. Il y a un certain nombre d'éléments factuels que l'on ne peut pas contourner. D'abord, le monde scientifique ne milite pas du tout pour l'abolition de l'interdiction. J'ai sous les yeux trois exemples de médecins psychiatres, de psychothérapeutes, de psychothérapeutes pour enfants et adolescents, et notamment du docteur Paul Bouvier, pédiatre, médecin de santé publique et directeur du Service de santé de la jeunesse à Genève, qui dit que "l'éducation, c'est aider, l'éducation, c'est écouter, mais l'éducation, c'est aussi interdire".

Sur le plan physique, il est établi scientifiquement que les drogues induisent en erreur les mécanismes d'apprentissage en modifiant la communication entre les cellules. Si je vous dis que c'est Christian Lüscher qui le dit, vous vous direz que je ne suis pas un scientifique. Mais le Christian Lüscher en question, c'est celui, dans la famille, qui a réussi, puisqu'il s'agit du professeur au Service de neurologie des Hôpitaux universitaires de Genève. Et c'est le professeur Lüscher qui affirme ce fait scientifique qui est, me semble-t-il, tout à fait important dans le cadre du débat qui nous occupe aujourd'hui. Il est à mon sens irresponsable de légaliser la consommation d'un produit dangereux qui altère la capacité de discernement pour une période importante.

J'ajoute, puisque l'on parle des jeunes, qu'une session du Parlement des jeunes s'est tenue à Berne à la fin du mois de novembre et que ce même Parlement des jeunes - ces jeunes que l'on prétend à gauche de cet hémicycle vouloir protéger et défendre - a décidé qu'il ne voulait pas de cette initiative et qu'il convenait en conséquence de la rejeter.

Enfin, en tant que parlementaire genevois, j'attire votre attention sur le fait qu'un canton comme Genève, qui compte 102 kilomètres de frontières, dont 100 avec la France et 2 avec la Suisse, serait négativement affecté par l'acceptation d'une telle initiative. On a eu un exemple récent à Genève en matière de mendicité: le Conseil d'Etat a suspendu un règlement qui réprimait la mendicité, eh bien, dans les semaines qui ont suivi Genève a été envahie par des mendiants venus en particulier de l'étranger, et il a fallu légiférer de toute urgence pour rétablir une situation conforme à la volonté des Genevois.

Dans le cas présent, si cette initiative devait être acceptée, cela signifierait qu'en France voisine, les gens qui n'ont ni le droit de consommer, ni le droit d'acheter, ni le droit de vendre, afflueraient massivement à Genève, dans la gare, en ville, et que de toute évidence cela créerait un véritable problème politique, un problème de sécurité, un problème de police auquel seraient confrontées les autorités genevoises.

Il faut donc maintenir, pour ne pas dire renforcer, une politique de répression nuancée qui permette à la police et à la justice d'intervenir avec proportionnalité. Il faut évidemment, et parallèlement, se soucier des problèmes de santé publique induits par la consommation de drogue. En revanche, priver les autorités d'un des outils permettant de lutter contre la drogue est à mon avis une erreur, et nous nous en mordrions les doigts rapidement si elle devait être commise.