Sommaruga Carlo · Nationalrat · 2007-12-11
Sommaruga Carlo · Nationalrat · Genf · Sozialdemokratische Fraktion · 2007-12-11
Wortprotokoll
Un simple clic de souris sur le site de la Banque mondiale, de l'OMS ou de l'Unesco permet de prendre - il faudrait plutôt dire de reprendre - la mesure de la situation effarante de la pauvreté dans le monde. Les chiffres sont connus mais il convient de les répéter pour que la pauvreté, la misère scandaleuse dans laquelle vivent des centaines de millions d'hommes et de femmes, ne reste pas un concept abstrait.
Quelques chiffres: trois milliards de personnes vivent dans la pauvreté la plus absolue et ne disposent que d'un dollar par jour pour vivre; un enfant meurt toutes les cinq secondes de faim ou de malnutrition; 448 millions d'enfants souffrent d'une insuffisance pondérale; plus d'un milliard de personnes n'a pas accès à l'eau potable. En Afrique subsaharienne, c'est une proportion de 50 pour cent de la population qui n'a pas accès à l'eau potable. Il est possible d'égrener encore bien d'autres chiffres qui illustrent le scandale du développement inégal de notre planète et de la souffrance d'une population croissante.
Mais les chiffres illustrent aussi l'opulence des pays riches. Ainsi, les chiffres montrent que la Suisse se trouve être l'un des pays les plus riches du monde. Selon les statistiques considérées, notre pays se trouve parmi les dix ou vingt premiers pays et la disparité a de quoi marquer les esprits. Si la Suisse a un PIB de 51 000 dollars par habitant, un pays comme Haïti dispose d'une production de richesses 100 fois inférieure, avec un PIB de l'ordre de 500 dollars par habitant. Et certains pays disposent d'une richesse encore moindre.
C'est en raison de ce scandale permanent appelé pauvreté, mortalité infantile ou maladie que la communauté internationale, et singulièrement l'ONU, s'est mobilisée depuis l'an 2000 autour de la Déclaration du Millénaire pour le développement et ses huit objectifs dont je n'aurai pas la désobligeance de vous rappeler la teneur, tant je pense que tout le monde dans ce Parlement devrait les connaître.
Je souligne simplement que le premier de ces objectifs n'est pas celui, ambitieux ou généreux, d'éradiquer définitivement toute la pauvreté, mais celui, réaliste et plus modeste, de réduire de 50 pour cent la pauvreté dans le monde d'ici à 2015.
La Suisse a fait sienne la Déclaration du Millénaire et n'a pas contesté les objectifs pour le développement. Bien au contraire, elle articule sa politique de coopération au développement, tant sur le plan bilatéral que multilatéral, comme son engagement au sein des organisations onusiennes autour des huit objectifs de la Déclaration du Millénaire.
Or pour atteindre ces objectifs en matière de réduction de la pauvreté, d'accès à l'eau, d'accès aux soins, de scolarisation, d'égalité des genres, il est incontesté qu'en plus de l'amélioration de la gouvernance, du développement des services publics ou d'une politique publique volontaire dans les pays pauvres, l'aide publique au développement doit être augmentée. Une augmentation à 0,7 pour cent du PIB est le minimum à partir duquel les ressources seraient suffisantes pour atteindre les Objectifs du Millénaire pour le développement. Il convient de souligner que nulle personne un tant soit [PAGE 1883] peu sérieuse ne conteste ce chiffre de 0,7 pour cent du PIB d'aide publique, chiffre fixé par l'ONU il y a fort longtemps.
Il appartient ainsi à la Suisse, vu ses engagements, d'arriver, elle aussi, à la mise à disposition d'une aide publique au développement correspondant à ce 0,7 pour cent d'ici à 2015. Des collectivités locales et certains pays européens y sont parvenus ou ont mis en marche les processus pour atteindre cet objectif. Il n'y a aucune raison que la Confédération ne puisse y arriver, alors même que la justice internationale fait aussi partie des objectifs de sa Constitution.
Pour ce faire, il faudrait augmenter le budget de l'aide au développement de 102 millions de francs, soit 12,7 pour cent par année jusqu'en 2015. Or on constate que dans le budget 2008, l'aide au développement augmente globalement de 5,6 pour cent, mais pour un objectif minimaliste de maintien de l'effort de la Suisse à 0,4 pour cent du PIB - pourcentage obtenu, rappelons-le, depuis quelques années non pas par une hausse des ressources, mais par une astucieuse modification des bases de calcul incluant notamment l'aide aux réfugiés au cours de leur première année en Suisse et une partie de l'aide à la prévention des conflits.
Si chaque franc refusé à l'aide au développement contribue à la persistance du scandale de la pauvreté, ce refus d'augmenter les crédits entame la crédibilité de la Suisse au niveau international. Car personne n'est dupe du fait que la Suisse escamote ses engagements en refusant la progression de l'aide au développement nécessaire à atteindre les objectifs du Millénaire, alors que d'une part elle regorge de richesses et que d'autre part son budget est excédentaire.
S'agissant des considérations relatives à l'affectation des fonds pour l'aide au développement, il apparaît que l'aide bilatérale stagne, alors que l'aide multilatérale croît de son côté de plus de 7 pour cent. Or, c'est par ses propres projets et ceux financés directement par elle que la coopération suisse est la plus efficace et reconnue internationalement. Ce renforcement de l'aide multilatérale au détriment de l'aide bilatérale doit aujourd'hui s'arrêter, car il hypothèque le savoir-faire de la DDC, mais aussi celui des ONG suisses dont la compétence sur le terrain n'est contestée que par ceux qui méconnaissent leur fonctionnement et leurs réalisations.
Les propositions de la minorité Fässler correspondent aujourd'hui à une augmentation globale de 13,4 pour cent des lignes de crédits figurant aux diverses positions du segment de budget qui nous intéresse. C'est en fait l'expression de la volonté de reprendre et de relancer les mécanismes financiers pour atteindre d'ici 2015 la part de 0,7 pour cent du PIB dans l'aide au développement, comme d'autres pays européens l'ont atteinte.
Le groupe socialiste vous invite à franchir ce premier pas qui est un signal clair dans le sens des engagements pris par la Confédération au niveau mondial et qui améliore aussi l'image de notre pays à travers le monde, surtout dans les pays du Sud.