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Vanek Pierre · Nationalrat · 2007-06-05

Vanek Pierre · Nationalrat · Genf · Fraktionslos · 2007-06-05

Wortprotokoll

Permettez-moi de citer le message du Conseil fédéral concernant cette loi. Il affirme que l'énergie nucléaire: "représente un danger potentiel très important. Une catastrophe est en effet susceptible de coûter de nombreuses vies et rendre des milliers de kilomètres carrés inutilisables pendant plusieurs générations." Qu'en termes pudiques et choisis ces choses-là sont dites!

On parle de "nombreuses vies": la réalité, c'est qu'il s'agit de milliers, de dizaines de milliers, de centaines de milliers de vies potentiellement en péril, de millions de vies effectivement affectées. On parle de "milliers de kilomètres carrés": on aurait pu parler de 10, 20, 30, 50 pour cent du plateau helvétique ravagé par cette catastrophe nucléaire possible. On parle de "plusieurs générations": on aurait pu parler de 50, 100 ans, de siècles, d'une durée effective extrêmement longue. On parle pour le territoire mis en cause du fait qu'il serait rendu "inutilisable", comme s'il était un objet d'usage courant dont on serait privé, alors que c'est le cadre même de notre vie à tous et toutes et de celle de nos enfants et de leurs enfants qui est en jeu.

Ainsi, le nucléaire s'apparente à une roulette russe. Le pistolet de l'atome est braqué sur la tempe de nos vies et de notre vie sociale collective dans l'ensemble de ce pays. De plus, dans ce jeu mortel, chaque année qui passe rajoute des balles dans le barillet du pistolet et accroît le risque à travers le vieillissement et la dégradation des installations nucléaires qu'on exploite et qu'on prévoit d'exploiter pour des durées indéterminées et bien plus longues que toutes celles prévues, à travers les pressions à la rentabilité économique et aux profits pour les actionnaires qui deviennent toujours plus débridés dans le cadre économique capitaliste néolibéral qu'on connaît - vous m'avez déjà entendu à ce sujet - et à travers l'accumulation inexorable des déchets radioactifs pour lesquels aucune solution satisfaisante n'existe. On pourrait rallonger cette liste.

Pour en revenir au message, celui-ci dit aussi: "Il existe un conflit d'intérêt fondamental entre le désir de pouvoir réaliser et exploiter les installations techniques de la manière la plus économique possible et le souci de réduire au maximum les risques que de telles installations peuvent faire courir à l'homme et à l'environnement." C'est vrai, un conflit d'intérêt fondamental existe entre ces pôles antagoniques, et la résolution de ce conflit d'intérêt ne peut se faire qu'en décidant quel pôle on privilégie.

Pour "A gauche toute!/Links!", réduire au maximum le risque atomique inacceptable n'est pas un "souci" - comme le dit le message du Conseil fédéral -, mais un objectif stratégique vital. Le réduire au maximum signifie qu'on doit en urgence sortir du nucléaire. Une loi de sortie du nucléaire serait donc, pour nous, la seule loi qui relèverait de la sécurité en matière atomique.

Pour être franc, les dispositions du projet de loi dont nous débattons, même s'il contient certains aspects positifs, relèvent donc pour nous d'un exercice largement cosmétique, nécessaire pour certains à la veille de la relance de nouvelles générations de réacteurs atomiques. Ainsi, on met en scène une distinction institutionnelle entre les "aspects utilitaires et économiques d'une part", et de ceux de la protection et de la sécurité, d'autre part", alors que la question essentielle est de savoir ce qu'on veut faire primer en la matière. Il n'y a d'ailleurs pas deux choses distinctes. Les ravages d'une catastrophe nucléaire possible ne se manifesteront-ils pas aussi sur les plans "utilitaires et économiques"?

On indique en outre qu'il faut que "les autorités chargées de la sécurité nucléaire ne soient pas soumises à l'influence d'intérêts économiques". Or, c'est le Conseil fédéral, acquis à la poursuite de l'expérience nucléaire, dont nous sommes les cobayes, et dont nul ne peut sérieusement prétendre qu'il n'est pas soumis à l'"influence d'intérêts économiques", qui nommera les membres du "conseil d'administration" de l'inspection en question et qui exercera sa "haute surveillance" à son égard. Certes, ces membres doivent être qualifiés et indépendants, mais l'exigence essentielle qu'ils soient critiques face au nucléaire fait défaut. Sous bien des aspects, le nucléaire et sa défense sont une religion. C'est pourquoi nous avons besoin d'experts "laïcs", voire franchement "athées" en la matière, si nous voulons que notre sécurité soit vraiment défendue. Or, les chances de voir un tel personnel désigné par le Conseil fédéral et doté des moyens réels pour sa mission sont inexistantes.

Ainsi, vous l'aurez compris, "A gauche toute!/Links!" ne votera pas cette loi, mais contribuera à la sécurité nucléaire dans ce pays en aidant la relance de la résistance antinucléaire citoyenne, qui est le seul véritable garde-fou indispensable en la matière.

Pour le surplus, nous voterons bien entendu les propositions Müller Geri.