Simoneschi-Cortesi Chiara · Nationalrat · 2007-06-21
Simoneschi-Cortesi Chiara · Nationalrat · Tessin · Christlichdemokratische Fraktion · 2007-06-21
Wortprotokoll
A la base de cet article très important, il y a deux décisions de notre conseil: d'un côté le postulat Zwygart 99.3510 qui a été adopté contre l'avis du Conseil fédéral, et, de l'autre, l'initiative parlementaire Berberat 00.425 qui a été adoptée à la session de printemps 2001 à Lugano. Les deux interventions parlementaires demandaient de légiférer afin que la première langue étrangère enseignée - il vaudrait mieux dire la première langue seconde - soit une langue nationale. Conséquemment, la commission a trouvé une majorité en faveur d'une formulation qui concrétise la demande des deux interventions parlementaires sous la forme de l'alinéa 3 tel qu'il figure dans le dépliant.
Il s'agit sûrement d'une décision difficile. D'un côté, il y a la souveraineté des cantons, de l'autre, la préoccupation d'harmoniser l'enseignement des langues au niveau de l'école obligatoire. De plus, il s'agit aussi de stopper l'invasion de l'anglais, qui se met à prendre de plus en plus la place aux dépens de la deuxième langue nationale, avec tous les dangers qui ont déjà été mentionnés. En effet, si une seule langue étrangère est enseignée à l'école obligatoire - et dans le cas du canton d'Appenzell, par exemple, c'est l'anglais -, on court le danger très concret que dans une dizaine d'années, les Suisses n'auront plus les instruments, donc les langues, pour dialoguer, ni surtout pour connaître la culture de leurs concitoyens. Si on ne se connaît plus, si on ne se parle plus, c'est la cohésion nationale qui est en danger. Un pays qui n'a pas d'unité linguistique et culturelle, un pays comme le nôtre ne peut exister que si ses habitants font preuve de bonne volonté pour concrétiser son caractère de "Willensnation" et s'efforcent d'apprendre la langue et de connaître la culture de l'autre. Si cette volonté fait défaut, la Suisse risque de se dissoudre et de disparaître. En effet, et la majorité en est persuadée, la Suisse ne peut exister sans son plurilinguisme.
La majorité des membres de la commission est convaincue qu'il faut, dans ce moment historique, faire un effort et investir davantage dans l'apprentissage des langues nationales à l'école. C'est vrai, nos langues nationales, l'allemand surtout, le français, mais aussi l'italien, sont difficiles; c'est vrai, l'anglais est une langue qu'il faut savoir, qui est plus facile, plus sympathique: il y a les chansons, les gadgets, les jeux en anglais. Mais, l'anglais, on peut toujours l'apprendre. Et puis, on ne peut pas faire apprendre l'anglais à tout prix, en risquant de répandre l'ignorance, qui devient indifférence entre les communautés linguistiques qui composent la Suisse.
La majorité des membres de la commission est aussi d'avis que les réformes qu'il y aura dans le futur - vous savez qu'on préconise une scolarisation précoce à 4 ans - permettra de promouvoir l'apprentissage des langues. Pourquoi? Parce que si à 4 ans déjà, à l'école enfantine, tous les enfants parlent la langue locale, la maîtrisent bien, on peut ensuite aborder l'apprentissage des autres langues, des langues secondes. C'est pour ça qu'on ne doit pas imaginer, comme certains responsables cantonaux le font, que dans le futur les jeunes ne connaîtront que deux langues étrangères à la fin de la scolarité obligatoire, mais on peut imaginer qu'ils en connaîtront plus.
C'est le cas par exemple au Tessin, où, à l'école obligatoire, tous les enfants apprennent d'abord l'italien - déjà à l'école enfantine -, puis le français parce que c'est la langue [PAGE 1090] "néolatine" de nos compatriotes romands, ensuite l'allemand dans la première classe de l'école secondaire, et enfin l'anglais durant les deux dernières années de l'école secondaire. Il est vrai que si on inculque aux élèves des connaissances d'anglais à l'école obligatoire, on peut ensuite approfondir la connaissance et la maîtrise de cette langue au degré secondaire II.
La majorité de la commission a aussi quelques remarques à faire sur la formulation de la proposition de la minorité Sadis. On y parle de "compétences" au lieu de dire "connaissances" et "maîtrise d'une deuxième langue nationale". Si l'on écrit seulement "compétences", le danger d'une interprétation à la baisse existe, dans le sens que les jeunes devraient savoir au moins demander: quelle heure est-il? De cette manière, nous ne faisons pas un bon choix pour les générations futures.
La maîtrise de plusieurs langues constitue un avantage sur le marché du travail. Les études du professeur Grin de l'Université de Genève démontrent que l'économie suisse apprécie encore les personnes plurilingues. Dans notre pays, en effet, 90 pour cent des entreprises sont des petites et moyennes entreprises qui produisent pour le marché intérieur et donc le personnel doit connaître les langues nationales. Les autres entreprises exportent dans Union européenne où le français et l'allemand sont des langues très importantes. Une petite proportion d'entreprises exportent en Inde ou en Chine, et il est clair que dans ces cas-là on doit bien connaître l'anglais. Mais il est possible de connaître les langues nationales et l'anglais en plus.
Il faut donc que les familles, l'école, l'Etat investissent, comme c'était le cas dans le passé, dans l'enseignement et dans l'apprentissage des langues nationales, au lieu de prendre des raccourcis. Dans ce sens, le concept de la majorité de la commission est beaucoup plus ouvert et plus flexible. Il règle seulement le principe de la langue nationale comme première langue et n'entre pas dans la description de buts pédagogiques difficilement définissables.
La commission a adopté, par 12 voix contre 10 et 1 abstention, la formulation du projet de la majorité, et je vous prie d'en faire de même.