Levrat Christian · Nationalrat · 2008-06-03
Levrat Christian · Nationalrat · Freiburg · Sozialdemokratische Fraktion · 2008-06-03
Wortprotokoll
Jamais ce Parlement n'aura mieux porté son nom. A l'évidence, nous y parlons, nous dissertons, nous digressons parfois, nous expliquons le détail et l'arrière-fond de chaque article, mais nous ne décidons pas vraiment. Le Conseil fédéral nous présente un programme de législature pas franchement impératif sur lequel nous pouvons, privilège suprême, ici exprimer quelques réserves, ailleurs soutenir avec acharnement tel ou tel projet novateur.
Vous vous dites certainement: "Si cet exercice est vain, pourquoi monter à cette tribune pour le dire?" Eh bien, je vais vous le dévoiler: parce que j'ai sursauté en lisant le dépliant, et en particulier la proposition de la minorité Baader Caspar à l'article 1. J'ai été stupéfié de voir l'UDC considérer d'abord que l'objectif de la politique économique n'était à l'évidence pas de créer des emplois, qu'elle se moquait de leur nombre comme de leur qualité, que ce parti considérait qu'il n'était pas nécessaire de renforcer la cohésion sociale, que pour lui il n'était pas nécessaire non plus d'exploiter les ressources dans le respect du développement durable et, enfin, qu'il n'avait toujours pas pris note du fait que nous vivions dans une société globalisée et que la globalité des échanges exigeait d'autres réponses des Etats que celles que nous apportions au siècle dernier.
Est-ce qu'il faut comprendre par l'intermédiaire de cette proposition de minorité Baader Caspar que l'UDC soutient un accroissement du fossé entre riches et pauvres, que l'UDC se soucie comme d'une guigne de la qualité et du nombre des emplois, que l'UDC se moque de l'état de cette planète, que toute mesure de développement durable lui est étrangère et qu'elle n'a toujours pas réalisé qu'il y a dans la globalisation des échanges la nécessité de réponses autres que celles que nos pères et mères ont élaborées à l'époque? L'exercice n'est peut-être pas aussi vain qu'il y paraît à première vue. Il permet de faire tomber les masques, de montrer le vrai visage d'un parti: moins de solidarité, pas d'écologie, un aveuglement extraordinaire face au développement du monde.
Si la politique de l'UDC doit conduire à une Suisse glaciale, ainsi que le propose la minorité Baader Caspar, à une Suisse du chacun pour soi, à une Suisse des égoïsmes, alors il est peut-être juste que ce parti parte et reste dans l'opposition - une opposition toute rhétorique. C'est d'autant plus le cas que cette posture - car il ne s'agit que de cela - a déjà produit quelques effets. Plus que jamais la population s'est exprimée le week-end dernier. Elle a dit oui à la Suisse de la solidarité dans le cadre de la votation sur la santé, oui à la Suisse de l'ouverture dans le cadre de la votation sur les naturalisations, oui à la Suisse du respect et du dialogue dans le cadre de la votation sur l'initiative "muselière". Ces résultats vont précisément dans le sens inverse de ce que propose Monsieur Baader Caspar au nom de l'UDC à l'article 1 du programme de la législature 2007-2011.
C'est la raison pour laquelle je vous invite à écouter la voix du peuple et à rejeter la proposition de la minorité Baader Caspar à l'article 1.
Je parlais des résultats du scrutin populaire du week-end dernier. On observe également des résultats dans le développement du parti lui-même, même s'il ne m'appartient pas de le commenter. Je constate simplement qu'en six mois de politique d'opposition, l'UDC a réussi à exclure une conseillère fédérale pourtant légitimement choisie dans ses rangs, par l'Assemblée fédérale, et qu'elle a dégoûté un autre magistrat, membre du parti depuis plusieurs dizaines d'années.
A ce programme négatif, à cette Suisse glaciale, à cette Suisse des égoïsmes, nous opposons une Suisse de la chaleur, une Suisse où il fait bon vivre, une Suisse du soleil. Nous devons, dans ce programme de législature, promouvoir l'égalité des chances et l'emploi, soutenir financièrement les familles, abaisser les prix, améliorer la sécurité publique et les équilibres régionaux, créer les conditions d'un développement structurel de l'économie dans un sens plus durable. [PAGE 723]
Nous sommes aujourd'hui - précisément à l'article 1 - confrontés à la volonté de l'UDC de faire souffler sur ce pays un vent glacé. Répondons-lui par le printemps qui arrive.