Sommaruga Carlo · Nationalrat · 2008-06-09
Sommaruga Carlo · Nationalrat · Genf · Sozialdemokratische Fraktion · 2008-06-09
Wortprotokoll
Trois milliards de femmes et d'hommes sur cette planète ont moins de 2 dollars par jour pour vivre. C'est un chiffre énorme et saisissant. Pour combattre cette situation, la communauté internationale, dont la Suisse, a souscrit aux Objectifs du Millénaire pour le développement. Ces objectifs sont le fruit d'un consensus international visant notamment à réduire la pauvreté dans le monde de 50 pour cent d'ici 2015. Pour atteindre les Objectifs du Millénaire, les pays riches, parmi lesquels la Suisse, se sont engagés à porter leur contribution au financement du développement à 0,7 pour cent du produit national brut (PNB) d'ici 2015. La Suisse est donc liée par cet engagement.
Au début de ce mois, les habitants de ce pays, par le biais d'une pétition munie du chiffre astronomique de 200 000 signatures, rappelait aux autorités fédérales, donc aussi à notre Parlement, l'engagement de la Suisse de consacrer 0,7 pour cent de son PNB à l'aide publique au développement et la nécessité pour toutes celles et ceux qui vivent dans la misère, de voir arriver concrètement cette aide et un accroissement de cette aide. La Suisse, et donc notre Parlement, doit maintenir sa cohérence et tenir ses promesses. La Suisse ne pourra pas échapper à son engagement international. Il lui faut donc viser 0,7 pour cent du PNB d'ici 2015.
Par la mise en oeuvre des Objectifs du Millénaire pour le développement, depuis 2000, l'aide internationale au développement a presque doublé, quand bien même l'aide reste bien en dessous de cet objectif chiffré à 0,7 pour cent du PNB. Divers pays se sont engagés sur des objectifs clairs. L'Union européenne a fixé en 2005 déjà un objectif à 0,7 pour cent du PNB pour 2015. Quinze pays de l'Union européenne se sont engagés à atteindre un objectif intermédiaire à 0,51 pour cent du PNB d'ici 2010. Vu que certains pays sont déjà au-dessus de cet objectif, l'Union européenne a fixé l'échelon intermédiaire à 0,56 pour cent du PNB pour 2010. L'Angleterre, la Belgique, l'Espagne et l'Irlande se sont engagés à atteindre l'objectif de 0,7 pour cent avant même 2015. Et d'autres pays comparables à la Suisse, comme le Luxembourg, pays bancaire comme la Suisse, les Pays-Bas, la Suède et le Danemark sont déjà au-dessus de 0,7 pour cent du PNB. C'est donc quelque chose de réalisable.
Il est temps que la Suisse se fixe également cet objectif, comme le demandait déjà une motion de la Commission de politique extérieure au début de l'année 2007 - et comme l'a décidé la Commission de politique extérieure dans le cadre du traitement de l'arrêté qui concerne le renouvellement du crédit-cadre pour la Direction du développement et de la coopération (DDC) et le Secrétariat d'Etat à l'économie (SECO).
Il serait incompréhensible que l'un des pays les plus riches de la planète ne puisse pas contribuer à un juste niveau à la répartition de la richesse. Ce serait incompréhensible pour les pays du Sud comme pour les pays du Nord, pour les millions de personnes qui sont dans le besoin. Par ailleurs, à terme, les alliances et les soutiens pour défendre nos intérêts au sein de la communauté internationale seraient beaucoup plus difficiles s'il n'y avait pas un engagement réel et concret de la Confédération sur ce terrain.
Que toutes celles et tous ceux qui, dans ce conseil, se sont engagés à soutenir l'idée de consacrer 0,7 pour cent du PNB à l'aide publique au développement pendant la campagne électorale de l'année passée soient au rendez-vous et ne trouvent pas une énième excuse formelle pour refuser le principe d'atteindre cet objectif. Qu'ils ne viennent pas prétendre que les programmes et les projets supplémentaires ne seraient pas connus, alors que, nous le savons, les projets du Sud et des ONG finançables rapidement sont légion et remplissent les tiroirs, et cela aux dépens des personnes qui vivent dans la misère.
Votre cohérence, chers collègues, est d'autant plus nécessaire que l'aide publique au développement a reculé de 0,4 pour cent en 2005 à 0,37 pour cent en 2007 et que, pour 2009, il n'y a aucune garantie à ce stade de revenir au [PAGE 821] 0,4 pour cent, objectif que s'est fixé le Conseil fédéral. L'aide privée, qui dépasse les 500 millions de francs, place la Suisse parmi les leaders, mais ne constitue toutefois que 0,1 pour cent du PNB et ne permet donc pas de combler le retard de la Suisse sur l'objectif fixé à 0,7 pour cent.
Avec cet objectif principal de 0,7 pour cent en ligne de mire, le groupe socialiste vous invite à entrer en matière sur les deux crédits-cadres pour la DDC et le SECO, à rejeter la proposition de renvoi totalement infondée de l'UDC et à soutenir les objectifs de croissance de l'aide au développement. En entrant en matière, le groupe socialiste soutient les trois priorités stratégiques de l'aide au développement définies par le Conseil fédéral: diminution de la pauvreté, sécurité alimentaire et globalisation en faveur du développement.