Lexipedia

Epiney Simon · Ständerat · 2007-03-08

Epiney Simon · Ständerat · Wallis · Christlichdemokratische Fraktion · 2007-03-08

Wortprotokoll

L'armée avait rendez-vous avec la politique, mais la politique a fait faux bond à la grande muette. Des trois missions fixées par la Constitution, le Parlement devait privilégier les options qui répondaient le mieux aux menaces les plus sérieuses identifiées par les spécialistes. Les menaces subsistent, mais elles ont changé de visage et elles ont pour nom terrorisme, commerce d'armes bactériologiques et nucléaires, conflits régionaux, réseaux d'immigration, misère dans le monde, sécurité intérieure, etc. Or, nous constatons que certains se complaisent à continuer à regarder l'avenir dans un rétroviseur et la réforme proposée par notre Parlement n'a dès lors plus qu'un seul mérite: trouver le plus petit dénominateur commun et faire surtout le moins de bruit possible. C'est une démarche irresponsable.

Par notre manque de courage et de clairvoyance, nous figeons des structures qui ont fait leur temps. Nous maintenons en service une armée qui sert à nous rassurer, alors que plus personne n'y croit. Notre armée ne s'intègre à aucun concept de défense commune en Europe, ne contribue en aucune manière à la pacification du monde, ne permet pas de sécuriser notre pays en cas de besoin, et surtout en cas de menace de sabotage ou de terrorisme. Il est temps de jeter un sort à ce cliché selon lequel l'armée ne pourrait pas à titre subsidiaire venir en aide aux autorités civiles, quitte à appeler cette aide le maintien de l'ordre. Certaines troupes sont formées déjà aujourd'hui dans le cadre de l'armée pour répondre à ce genre de besoin si les autorités civiles le requièrent.

Mais ce qui est plus grave, c'est qu'aucun cadre responsable n'osera aujourd'hui vous dire ouvertement son mécontentement. Les troupes sont démotivées, les officiers démoralisés; à tous les échelons, on souffre du fait qu'aucune mission précise et prioritaire n'est confiée à l'armée par le Parlement: "On bricole en nous inventant des objectifs." L'armée est minée par nos tergiversations, par notre incapacité à lui confier des missions claires. Entre le brico-loisirs et la zone grise de recrutement, l'armée s'effiloche - et nous faisons tous semblant de croire que tout va bien!

Avec le même argent, si nous étions cohérents, nous pourrions disposer d'une armée qui sert à remplir les missions inscrites dans la Constitution, mais beaucoup d'entre nous préfèrent assouvir des fantasmes. Qui, dans cette salle, peut nous dire à quoi sert vraiment cette armée sans véritable mission? A attendre les Rouges sur la Place fédérale, encadrée par des gendarmes allemands, conseillée par le GIGN français et soutenue par Médecins sans frontières?

Le Conseil fédéral nous avait présenté un projet sérieux et équilibré, le Conseil national l'a saboté. Nous aurions dû avoir le courage de le reprendre, quitte à désavouer les marchands d'illusions et les nostalgiques de la parade. Avec ce compromis, nous investissons sans savoir où nous allons. En pratiquant le système de l'arrosoir, nous déstabilisons l'édifice, nous retardons des recentrages qui sont indispensables. Pire: nous affamons lentement l'institution et il sera trop tard pour se lamenter le jour où l'armée sera en lambeaux et qu'elle aura perdu toute sa crédibilité.

Il est regrettable que le Parlement n'ait pas profité de cette réforme pour consolider l'institution et pour faire ce que le chef du département a osé proposer: une réforme équilibrée, pas du tout révolutionnaire, mais qui aurait progressivement donné aux cadres et aux soldats l'espoir de disposer d'un outil performant et crédible. Tôt ou tard, nous paierons cher nos tergiversations.