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Levrat Christian · Nationalrat · Freiburg · Sozialdemokratische Fraktion · 2008-12-01

Wortprotokoll

Cette année, l'examen du budget fut un exercice révélateur d'un certain nombre de blocages idéologiques ou d'habitudes de nos partenaires politiques. Lors des séances de sous-commission en septembre dernier, nous avons plaidé pour un renforcement des investissements dans le domaine énergétique, pour la levée du [PAGE 1605] blocage des crédits en matière d'éducation, pour un geste sérieux en faveur du personnel. Toutes ces propositions ont été rejetées au nom de l'équilibre des finances.

Mais tout à coup, après que le Conseil fédéral a libéré 68 milliards de francs pour l'UBS, après que chacun et chacune dans le pays a compris qu'il n'était pas possible d'aider les banques seules, mais que l'économie réelle aurait également besoin d'un coup de main, la rigueur budgétaire cédait face au principe de réalité et l'Etat entrouvrait les cordons de sa bourse.

Bien sûr, nous sommes encore loin d'un vrai programme d'investissement, d'un programme de soutien à l'économie réelle. Nous sommes loin des 4 pour cent du produit intérieur brut qu'il faudrait investir pour relancer l'économie, selon Paul Krugman, actuel Prix Nobel d'économie. Nous sommes même loin des 1 à 2 pour cent que l'Union européenne exige de ses pays membres pour participer à l'effort commun de relance et de lutte contre la crise économique. Pour l'instant, la Suisse investit dix fois moins. Le Conseil fédéral a réalisé que le budget devait être toutefois adapté, qu'il n'était pas possible, en période de crise naissante, de travailler avec le budget de beau temps qui avait été élaboré.

Face à la menace d'une crise, il y a deux attitudes possibles, qui correspondent à deux camps politiques clairement définis. Il y a, d'une part, celles et ceux qui considèrent qu'il faut mener une politique financière expansive, une politique qui mise sur la consommation intérieure, une politique keynésienne qui voit l'Etat anticiper certains de ses investissements, quitte à s'endetter pour ce faire. C'est notre vision politique et nous constatons avec une certaine satisfaction que, depuis quelques semaines, c'est aussi la vision politique des grands patrons des grandes banques et de l'industrie automobile - qu'il s'agisse de l'Allemagne ou des Etats-Unis -, une vision keynésienne qui semble partagée par toutes celles et tous ceux qui n'ont cessé d'être des contempteurs de l'Etat et qui, aujourd'hui, se sont mués en chasseurs de subventions.

Il y a, d'autre part, l'option libérale, qui consisterait à réduire les investissements, à baisser les impôts, à limiter l'Etat au strict minimum. Seul le groupe UDC défend cette vision dans le budget que nous traitons aujourd'hui, mais il défend - je dirai presque malheureusement, pour la qualité de la discussion - cette vision de manière brouillonne, de manière un peu désordonnée. Il n'a ainsi pas jugé utile de justifier en commission les quelque 40 propositions d'amendement que ses commissaires ont déposées, nous renvoyant aux discussions en plénum. Nous écouterons donc avec attention vos explications et nous nous réjouissons du débat en cours.

Le Conseil fédéral, en particulier avec son ajout au budget, va dans la bonne direction. Il s'éloigne des dogmes ultralibéraux qui avaient présidé aux derniers exercices budgétaires. Cependant, il fait preuve d'une timidité maladive: alors qu'un vrai programme conjoncturel serait nécessaire, il fait un peu de cosmétique et renonce simplement aux coupes budgétaires les plus criantes qu'il avait prévues auparavant.

Bien sûr, nous savons tous, je crois, qu'un programme conjoncturel ne peut pas être élaboré dans le cadre assez strict du frein à l'endettement et dans celui, tout aussi strict, du budget actuel. Toutefois, on pourrait attendre que toute la marge de manoeuvre soit utilisée pour mener une politique anticyclique.

Ce n'est malheureusement pas le cas. C'est la raison pour laquelle nous proposons d'améliorer le budget présenté par le Conseil fédéral, de procéder à des investissements intelligents dès aujourd'hui et de ne pas reporter à demain ce qui pourrait être construit immédiatement.

Premièrement, nous demandons l'introduction d'un programme d'assainissement énergétique des bâtiments beaucoup plus ambitieux que celui qui a été retenu par la majorité de la commission. Quand, sinon aujourd'hui, devrions-nous procéder à cet assainissement énergétique des bâtiments?

Deuxièmement, nous demandons que la Confédération soit plus ambitieuse en matière de soutien à la construction de logements.

Troisièmement, nous demandons que la Confédération fasse un effort plus important pour soutenir le pouvoir d'achat de ses salariés - il nous paraît peu compréhensible que seuls les revenus des cadres soient augmentés à la Confédération en termes réels; nous attendons une augmentation réelle pour l'ensemble du personnel.

En conclusion, je vous invite à entrer en matière sur le budget et à soutenir nos propositions de minorité.