Recordon Luc · Ständerat · Waadt · Grüne Fraktion · 2008-12-18
Wortprotokoll
Imaginez-vous un instant qu'il vous arrive ce qui m'est arrivé, que vous soyez dans un pays étranger, frappé de maux assez pénibles et difficiles à comprendre. Dans mon cas, c'était des maux de tête et on pouvait se demander si c'était une méningite, simplement une grave migraine, une infection ou Dieu sait quoi encore. Je ne suis pas médecin et je n'en savais, à vrai dire, rien du tout. Par chance, j'étais au large des côtes vénézuéliennes et on a fini par trouver un dispensaire où, tant bien que mal, j'ai pu expliquer mon problème en espagnol avec quelques détails; c'était déjà assez pénible.
Alors, imaginez-vous que vous vous trouviez par exemple en Asie centrale et que vous sachiez entre huit et douze mots de russe et rien du tout des langues locales et que vous tombiez sur du personnel médical qui ne sait rien des quelques langues dans lesquelles vous, ou vos compagnons de voyage, pouvez avoir de l'aisance. Cela peut être assez grave. On peut passer complètement à côté de la description exacte des symptômes et, par conséquent, poser un faux diagnostic, ne pas soigner la personne et arriver à des résultats assez graves.
Eh bien, c'est en renversant cette image, pour ce qui est de la position géographique, que je me suis résolu à déposer la motion qui vous est soumise aujourd'hui. En effet, face à nombre de gens qui habitent notre pays et qui, malheureusement, en dépit des efforts que nous faisons et entendons augmenter, ne parlent pas suffisamment un de nos idiomes ou un idiome proche de ceux de notre pays, comme l'anglais par exemple, nous pouvons nous trouver dans des situations tout à fait détestables - qui mettent là aussi en péril la description correcte des symptômes, le diagnostic et, partant, le traitement.
Cela peut être aussi des situations tout à fait épouvantables sur le plan psychologique. Je vous narre un exemple qui m'a été rapporté. Une femme enceinte ayant des difficultés durant sa grossesse, dans un de nos hôpitaux, perd son bébé. Le foetus était mort dans son ventre, elle ne comprenait pas ce qui se passait et, pour toute personne capable de lui expliquer ce qui se passait, l'hôpital disposait d'un enfant de 8 ans qui parlait son idiome et qui pouvait à peu près faire la traduction. Est-ce que vous imaginez une seconde ce que ça représente d'aller faire expliquer par un enfant de 8 ans à une femme qu'il ne connaît pas mais qui parle son idiome que le foetus qu'elle a dans son ventre est décédé?
C'est face à ce type de situation que nous sommes, à l'occasion, placés. Evidemment, celle-là est peut-être parmi les plus frappantes. Il y en a d'autres plus banales où l'on peut constater que l'on aboutit à des erreurs médicales. Or on peut penser qu'une erreur médicale d'une certaine ampleur coûte assez cher: elle coûte à peu près ce à quoi reviennent les frais d'interprétariat dans les cantons de moyenne ou de grande taille dans notre pays.
C'est donc dire que la solution vers laquelle je propose que nous allions, à savoir mettre en place un système pragmatique, Monsieur le président de la Confédération, pour que l'on puisse assurer des traductions lorsque c'est nécessaire [PAGE 1055] dans des langues parfois un peu exotiques, vaut la peine d'être mise en place. Cela n'est pas une illusion: les interprètes existent à bien des endroits, un certain nombre de situations peut se régler par téléphone et, parfois, on se rend compte qu'il n'est, heureusement, pas nécessaire de passer par l'interprétation, même si les gens maîtrisent mal la langue.
Encore une fois, il faut une solution pragmatique, qui aura un certain coût, mais qui permettra d'économiser non seulement un certain nombre de souffrances humaines inacceptables, mais aussi, j'en suis convaincu, de l'argent. Car traiter mal, c'est non seulement maltraiter, mais c'est aussi générer des coûts de la santé.
C'est dans cette optique que je vous prie de bien vouloir adopter ma motion.