Couchepin Pascal · Bundesrat · Wallis · 2009-03-02
Wortprotokoll
Le Conseil fédéral souhaite le rejet de la proposition de la minorité I (Schenk Simon) et il ne voit pas l'intérêt de la proposition de la minorité II (Kunz). Pourquoi?
Monsieur Hodgers a dit tout à l'heure, à mon avis avec pas mal de clarté, que le but d'une loi n'était pas de faire une hiérarchie des cultures. Or, c'est ce que l'on fait en introduisant un privilège pour une forme de culture qui n'est d'ailleurs pas définie.
J'ai écouté avec intérêt l'intervention de Monsieur Binder qui s'est laissé prendre par un lyrisme qui le faisait sourire lui-même. Il m'a rappelé l'époque glorieuse où l'on essayait de définir la vocation de chaque peuple et où l'on évoquait l'âme de la Pologne, de l'Helvétie, de l'Italie ou de la France. Et on était d'autant plus brillant que l'on était peu précis.
Qu'est-ce que la culture populaire? Est-ce quelque chose qui est répété depuis toujours? Je ne pense pas que ceux qui jouent dans un orchestre campagnard seraient d'accord avec cette définition. Ils ont aussi la volonté d'innover. Vous avez cité les fêtes qui sont organisées à l'occasion des réceptions des conseillers fédéraux. Je n'en verrai plus pour moi, mais j'en ai vu quelques-unes. Dans toutes ces fêtes, les organisations qui se présentent, même des organisations folkloriques, essaient d'introduire une nouveauté. Ce n'est donc pas la tradition qui définit la culture populaire. Est-ce le fait qu'ils n'ont pas été à l'université? Je pense que ce serait une vision un peu restrictive. Est-ce le fait qu'ils n'ont pas de prétention autre que de se faire plaisir et de faire plaisir? Je pense que des artistes confirmés sont aussi susceptibles d'aimer ce qu'ils font et d'aimer faire plaisir. La culture populaire n'a pas de définition. On sent bien plus ou moins ce que cela veut dire, mais il n'y a pas de définition. Par conséquent, imposer de privilégier une certaine forme de culture n'est pas possible. Et Monsieur Hodgers l'a dit: il faut éviter de faire une hiérarchie des cultures.
Pire que cela, en introduisant une protection pour la culture populaire, en imposant un représentant de la culture dite populaire, vous dévalorisez celle-ci, parce que vous donnez le sentiment que les gens qui la représentent ne seraient pas choisis naturellement par les responsables de l'élection du conseil de fondation. Je crois que ce n'est pas le cas. Le conseil de fondation sera désigné par le Conseil fédéral et il aura le souci de présenter des personnalités qui apportent quelque chose et qui représentent quelque chose en protégeant une forme de culture. Vous l'affaiblissez, vous dites qu'elle est mineure et que c'est pour cette raison qu'il faut absolument la protéger en imposant un de ses représentants.
Je vous invite donc à repousser la proposition de la minorité I (Schenk Simon).
Concernant la proposition de la minorité II (Kunz), là aussi, Monsieur Hodgers a dit avec raison qu'en français on ne voit pas tellement la différence entre les deux textes. Dans le doute, tenez-vous-en à ce qui a été éprouvé et votez pour la version gouvernementale.
La proposition de la minorité III (Hochreutener) a ma préférence par rapport à d'autres propositions possibles. Ce que nous ne souhaitons pas, c'est que le conseil de fondation fixe lui-même les objectifs stratégiques et présente au Conseil fédéral un rapport sur leur réalisation. Nous pensons que les objectifs stratégiques doivent être définis par la Confédération, naturellement en consultant Pro Helvetia. Nous pensons que la formule choisie aboutira, contrairement à ce que veulent ses auteurs, à la mise sous tutelle de Pro Helvetia par le biais le plus médiocre, c'est-à-dire celui du budget.
On a vu ce qu'il en était, il y a quelques années, lors de la discussion à la suite d'une exposition à Paris. Si vraiment le Parlement voulait donner plus de liberté à Pro Helvetia, il n'y aurait pas eu un seul débat à l'époque. On aurait dit: "Bon, c'est dommage, cette exposition n'était pas à la hauteur de [PAGE 23] ce qu'on attendait, mais on l'accepte puisqu'on donne à Pro Helvetia la compétence de définir ses objectifs opérationnels et encore davantage ses objectifs stratégiques." Or vous avez fait à l'époque quelque chose qui est, à mon avis, contraire à la liberté culturelle: vous avez fait de la gestion par le biais du budget et, a posteriori, vous avez puni Pro Helvetia en réduisant son budget, parce que vous n'étiez pas d'accord avec une réalisation concrète. C'est exactement le contraire de ce qu'il faut faire! Il ne faut pas être mesquin et, chaque fois que vous n'êtes pas heureux avec une solution, réduire le budget suivant et faire en sorte que, finalement, les responsables de cet organisme craignent, lors de chaque choix, de subir le courroux des parlementaires et d'être puni par le biais du budget.
Nous voulons la véritable liberté; elle consiste en un cadre qui est fixé par ceux qui paient, c'est-à-dire la Confédération, mais un cadre suffisamment large pour qu'ensuite la réalisation se fasse en fonction des critères de l'organisation elle-même. Loin de donner la liberté à Pro Helvetia, vous la soumettez à une sorte de crainte permanente de voir éclater des conflits au sein du Parlement à la suite de décisions prises.
Par conséquent, nous ne sommes pas d'accord avec la proposition de la majorité et nous ne sommes pas d'accord non plus avec la proposition de la minorité III (Hochreutener), mais comme il n'y a pas de troisième proposition, je m'en remettrai à la sagesse du Conseil des Etats pour corriger l'erreur que vous ne manquerez pas de commettre.