Aubert Josiane · Nationalrat · Waadt · Sozialdemokratische Fraktion · 2009-03-04
Wortprotokoll
L'initiative populaire "contre la construction de minarets" est une machine politique infernale, machiavélique, voulue par des personnes qui sont prêtes à enclencher le dispositif de mise à feu d'une bombe à retardement. Jouer sur les peurs, présenter le monde de manière binaire, avec un axe du mal et un axe du bien, c'est ce que cherchent les initiants, mus par une haine de [PAGE 112] l'étranger qui n'a d'égale que leur hypocrisie, lorsqu'ils prétendent vouloir libérer la femme de la charia et le peuple d'une islamisation rampante.
Notre démocratie ne doit certes pas faire preuve de naïveté. Elle a le devoir sacré de placer l'Etat de droit et les droits fondamentaux au-dessus de toute loi religieuse, quelle qu'elle soit. Nous ne serons jamais à l'abri des fanatismes. L'histoire du christianisme, l'histoire suisse des deux derniers siècles, avec ses guerres entre catholiques et protestants, avec l'interdiction de construire, ici un temple, là une église, devraient nous rendre pour le moins modestes dans les jugements que nous portons sur d'autres religions.
L'initiative dite antiminarets, sous couvert de demander à la population de se déterminer sur une question de police des constructions, cherche à enflammer le débat, construit des amalgames vicieux qui tendent à désigner l'islam comme la racine de tous les maux dont souffre notre société. Avons-nous oublié la montée du nazisme, basé sur la haine des juifs? Les raccourcis propagés par les initiants ne correspondent pas à la réalité. Ils conduisent à la paranoïa, à la désignation de boucs émissaires puis, étape suivante - nous l'avons vu ces dernières années aux Etats-Unis -, à des débordements tels que Guantanamo et à des violations graves des droits humains.
La seule manière de se préserver des fanatismes de tout poil, c'est de se fixer en priorité absolue le respect de l'Etat de droit et des droits fondamentaux, d'exiger le respect des droits et des lois par tous les citoyens, quelles que soient leurs croyances et leur religion. Il n'y aurait aucun autre choix possible que celui de rejeter cette initiative si celle-ci devait être soumise au vote populaire. Toutes les forces démocratiques que compte ce pays se feront un devoir sacré de la combattre par amour du peuple, de la démocratie et des valeurs qui fondent notre pays.