Lexipedia

Graber Jean-Pierre · Nationalrat · Bern · Fraktion der Schweizerischen Volkspartei · 2009-03-04

Wortprotokoll

L'initiative populaire "contre la construction de minarets" présente un grand retentissement parce qu'elle nous interroge sur les fondements de la démocratie, sur l'Etat de droit, sur nos conceptions de la vie en société, sur de grands principes et même sur la notion de vérité.

Comme le sont presque tous les messages du Conseil fédéral, celui traitant de l'initiative populaire "contre la construction de minarets" est exhaustif et bien structuré. Toutefois, l'insistance de notre gouvernement à réaffirmer tout au long des pages de son argumentaire que cette initiative est contraire à la liberté religieuse, suscite ma réprobation.

Il est évident que l'intention politique d'interdire la construction de minarets ne contribue pas particulièrement au renforcement de la paix religieuse. Il est vrai que cette initiative ne respecte pas le principe de l'égalité de traitement entre les différentes religions, notamment non chrétiennes, de notre pays. Il n'est pas exclu qu'elle puisse porter atteinte à la garantie de la propriété privée. Il est probable qu'elle ne constitue pas le meilleur outil de promotion de nos exportations vers les pays arabo-musulmans.

Finalement, s'il est vrai, comme le disent les initiants, que l'islam tend à mettre ses préceptes au-dessus de la législation des Etats, cette religion n'est, de loin, pas la seule à présenter cette caractéristique essentielle. En fait, presque toutes les religions, surtout révélées, postulent une forme de supériorité ultime des normes de la transcendance sur les normes d'une société humaine trop autonome. Ainsi, ce n'est pas un imam, mais bien Benoît XVI, le brillant penseur, qui fustige la dictature du relativisme et qui, par ailleurs, écrit: "Il existe une sacralité absolue de la vie humaine ... les lois qui s'opposent à l'inviolabilité de sa dignité et des droits qui en résultent sont injustes, même si elles ont été formellement promulguées ... Il existe des valeurs qui se soustraient à l'arbitrage de la majorité." L'apôtre Paul aurait admiré ces paroles.

Toutes ces nuances peuvent être invoquées contre l'initiative populaire. Toutefois, à nos yeux, le Conseil fédéral commet une erreur d'appréciation en prétendant que l'interdiction de la construction de minarets en Suisse serait contraire aussi bien à la liberté de conscience et de croyance, prévue à l'article 15 de la Constitution, qu'à la liberté de pensée, de conscience et de religion, telle qu'elle est définie à l'article 9 de la Convention européenne des droits de l'homme.

Il est vrai que les auteurs du message établissent une juste distinction entre le droit de former sa propre pensée religieuse et celui de changer de conviction, qui relève du "forum internum", et le droit de manifester sa conviction religieuse, individuellement ou collectivement, en public ou en privé, et qui a trait au "forum externum". Seule la deuxième dimension de la liberté religieuse serait ainsi mise en cause par l'initiative.

Cette argumentation ne me convainc pas. Affirmer que l'initiative contrevient à la liberté religieuse témoigne d'une relative méconnaissance de l'essence de cette dernière, d'un oubli regrettable de ce qu'elle est fondamentalement et historiquement. Même sans surmonter leurs mosquées de minarets, les musulmans de Suisse jouissent d'une très grande liberté religieuse dans notre pays. C'est bien la décision du Tribunal fédéral du 24 octobre 2008 qui permet de contraindre les jeunes musulmanes et les jeunes musulmans à participer à des cours de natation qui est attentatoire à la liberté religieuse, pas l'interdiction de construire des minarets!

Les croyants les plus persécutés du monde sont aujourd'hui les chrétiens, principales victimes naturelles, avec les juifs, des totalitarismes rouge, noir et vert. Des milliers de chrétiens paient annuellement de leur vie leur foi affichée dans le Christ sans que les médias et les gouvernements s'en émeuvent outre mesure. Ils subissent les persécutions les plus intenses dans de nombreux pays musulmans, mais aussi en Inde, en Chine, en Corée du Nord ou au Vietnam. Toutes ces personnes dont on bafoue les droits les plus élémentaires qualifieraient de paradisiaque la liberté religieuse dont bénéficient les musulmans de notre pays, même en l'absence de minarets qui servent à les appeler à la prière.

L'initiative présente de véritables inconvénients. Par certains aspects, elle heurte le très grand partisan de la liberté religieuse que je suis. Mais, contre un Occident qui se délecte à renier ses racines et qui ne s'aime plus, sinon dans quelques délices de sa régression, contre les desseins secrets de beaucoup qui oeuvrent à la neutralisation, puis à la dilution, et finalement à la suppression du judéo-christianisme, et puis, et surtout, et principalement parce que l'argument fondamental des adversaires de l'initiative constitue presque une injure à la raison, je ne peux que me résoudre à l'accepter en signe de protestation et non pas par conviction intrinsèque!