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Français Olivier · Nationalrat · 2009-03-12

Français Olivier · Nationalrat · Waadt · Freisinnig-demokratische Fraktion · 2009-03-12

Wortprotokoll

Ce débat est intéressant: c'est l'idéalisme contre le pragmatisme. Bien sûr, chacun d'entre nous rêve d'un monde idéal, d'une société qui gère ses conflits par le débat et non par la violence. Mais il faut redescendre de son nuage et rappeler le rêveur à la réalité, car celle-ci est bien plus complexe que celle que dépeignent les initiants. En effet, ces derniers font un amalgame entre le niveau d'armement et celui de la violence, ce qui est à mes yeux une erreur, et il y a lieu d'admettre qu'entre autres, c'est la dissuasion qui est garante de la paix. Pour ma part, je pense que le matériel de guerre est un outil d'intimidation qui n'a qu'une vocation: se défendre en cas d'agression ou même d'éviter cette dernière par la dissuasion.

J'aimerais rappeler que toute technologie n'est pas orientée politiquement, mais qu'elle est tributaire de l'utilisation que l'on en fait. Cette initiative que l'on peut juger un brin populiste a été lancée par certains idéalistes qui pensent que la paix se gagne la fleur au fusil - en bois, je rajouterais. De même, certains pensent que la Suisse doit être l'un des leaders du désarmement sur le plan mondial. Au sujet de ce dernier argument: pourquoi pas, mais le chemin est long et nécessitera encore bien des efforts. Car il y a lieu de rappeler que si l'on parle de paix, c'est aussi parce que les conflits existent.

Eh oui! l'histoire nous le montre, et c'est malheureusement dans les gènes de l'homme de régler - trop souvent, je l'admets - un différend par la violence. Le stratège prussien Carl von Clausewitz ne disait-il pas que la guerre n'est que la simple continuation de la politique par d'autres moyens? Mais pour contenir cette violence, il faut se rendre à l'évidence: il faut une force qui sépare les belligérants, une force qui s'interpose entre des personnes armées; or, par nature, il y a une utilité des armes pour cette force d'interposition.

J'ai entendu les critiques des défenseurs de l'initiative "pour l'interdiction d'exporter du matériel de guerre" au sujet de conflits comme ceux qui ont lieu en Inde, au Pakistan et au Tchad. Mais pensez-vous qu'un pays doit accepter de se faire agresser sans réagir, alors même que ses agresseurs défient le droit international et ne respectent pas les droits humains? On doit, malheureusement, s'opposer à cette agression contre son territoire national, et la force armée est un outil certes critiquable, mais nécessaire en dernier recours.

Dès lors, la Suisse, qui se veut un arbitre d'un conflit, qui se veut présente sur la scène internationale, doit l'être sur le marché de l'armement. Les initiants veulent nous faire croire qu'un conflit se gère par la seule parole, mais la réalité est autre. La réalité, c'est aussi une présence sur le terrain d'une force armée pour imposer le dialogue et l'échange contre la force.

Peut-on citer un pays qui a des volontés expansionnistes? La réponse est très facile; nul besoin d'être un politicien chevronné pour la connaître, il suffit de lire la presse. Bref, les pays de ce type sont connus, répertoriés, et parmi eux, ceux [PAGE 326] qui désireraient acheter du matériel de guerre à un industriel de notre pays sont soumis à des contraintes en vertu de la loi et des traités internationaux. On se doit de rappeler que l'économie de l'armement n'est pas un marché totalement libéralisé, que la loi qui est en application dans notre pays est déjà très restrictive pour le marché de l'exportation; c'est d'ailleurs l'une des plus restrictives du monde.

Mais alors, que recherchent les initiants? En clair, ils proposent de supprimer toute fabrication d'armes sur notre territoire, bref de laisser ce marché à d'autres, en clair de se passer des avantages tout en sachant que les inconvénients subsisteront. Ils proposent que ce marché, qui emploie aujourd'hui dans notre pays plus de 5000 personnes, soit cédé aux pays qui nous entourent, pays qui paradoxalement ont apporté bien souvent, en cette période de crise, un soutien à cette partie de leur économie.

On doit aussi rappeler que, si l'initiative est acceptée - puisque c'est ce que certains recommandent -, celle-ci aura un effet sur notre économie civile et en particulier sur les industries spécialisées en microtechnique. Aussi ne parle-t-on pas de la suppression de 5000 emplois, mais de plus de 10 000 emplois. Arrêtons-nous un moment sur la proposition des initiants de soutenir pendant dix années les industries touchées. Une belle promesse pour faire croire qu'il y a une alternative pour les régions affectées par la perte de postes de travail. Encore un rêve gratuit et une méconnaissance des conditions nécessaires à l'implantation d'une nouvelle entreprise dans une région. Il faut rappeler que le travailleur a le droit au respect de son outil de travail et que la mutation de cet outil est possible par un nouveau défi technologique. Proposer dix années, c'est reconnaître une certaine impuissance à proposer une alternative industrielle.

Si vous recommandez d'accepter cette initiative quelque peu masochiste, vous acceptez que la Suisse ne puisse élaborer et construire elle-même ses armes. Car il faut être lucide, pour la fabrication de matériel militaire, le seul marché suisse n'atteint pas la taille critique du marché, alors que celui de la concurrence l'a atteinte. Aujourd'hui, il faut admettre qu'une très grande part de nos achats de matériel militaire s'effectue par le biais des importations. Vouloir détruire ce qui reste de notre industrie d'armement, c'est vouloir renforcer notre dépendance et supprimer plus de 5000 emplois.

Aussi, je n'ai qu'une proposition à vous faire: je vous prie de recommander au peuple et aux cantons de rejeter l'initiative populaire "pour l'interdiction d'exporter du matériel de guerre".