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Neirynck Jacques · Nationalrat · Waadt · Fraktion CVP/EVP/glp · 2009-05-28

Wortprotokoll

En Suisse, chaque année un milliard de bouteilles en PET sont consommées, dont 220 millions ne sont pas recyclées. Elles contiennent de l'eau potable qui n'est pas différente de celle débitée par les robinets de la distribution publique. Il n'y a aucune raison de ne pas se satisfaire de l'excellente eau potable débitée par ceux-ci. Elle n'a jamais rendu malade personne et l'eau en bouteilles n'a jamais amélioré la santé de qui que ce soit.

Avec un prix minimum de 50 centimes, cela fait 500 millions à 1 milliard de francs du pouvoir d'achat des consommateurs suisses gaspillés en vain. Si l'on compare le prix au litre d'eau entre le robinet et la bouteille, on obtient un rapport de 1 à 200, 300, voire 1000. Il est équivalent à celui que l'on trouve dans la consommation d'énergie, selon l'excellent rapport de Niels Jungbluth rédigé à la demande de la Société suisse de l'industrie du gaz et des eaux. En un mot, celui qui achète une bouteille d'eau ne paie pas pour l'eau, que le producteur obtiendra pratiquement pour rien, mais pour l'énergie utilisée dans la fabrication des bouteilles, l'embouteillage et le transport; 1000 fois plus qu'au robinet.

Sous l'eau se cache le pétrole. Un milliard de bouteilles en PET nécessitent 100 000 à 500 000 tonnes de pétrole. Pouvons-nous gaspiller cette ressource non renouvelable sans aucun bénéfice réel?

Comment en est-on arrivé là? Comment peut-on créer un marché aussi important pour un produit disponible par ailleurs gratuitement ou presque? Par la publicité. Lorsqu'Evian prétend être une source de jeunesse, il s'agit d'un grossier mensonge. Personne ne rajeunira ou ne cessera de vieillir en buvant cette eau plutôt qu'une autre. Face à cette publicité agressive, celle des pouvoirs publics brille par son absence. Mon initiative recommande une action dans un sens positif en faveur de l'eau du robinet. Un des buts de notre société d'aujourd'hui est d'assurer le confort des citoyens, tout en évitant tout gaspillage d'énergie. A quoi servent les grands discours sur les économies d'énergie, l'assainissement des bâtiments, la diminution du CO2, si on ne prend pas d'abord une mesure aussi simple, aussi évidente, aussi bénéficiaire en termes d'environnement et [PAGE 937] d'économie? En matière de chauffage, d'éclairage ou de transport, on gagnera au mieux un facteur 4 ou 5. Ici, c'est 1000, et on hésiterait un seul instant?

L'ETHZ et l'Académie suisse des sciences techniques plaident pour une société à 2000 watts. Ce que je propose est un pas dans cette direction, le plus facile à faire. A l'étranger - aux Etats-Unis, en Angleterre, en France et en Suède -, des réactions commencent à se produire. Il est donc temps que la Suisse prenne aussi des mesures pour mettre un terme à cette coûteuse exploitation de la crédulité humaine.

Il n'y a pas davantage d'inconvénients pour les travailleurs. On brandit la menace de la suppression de 20 000 postes de travail. C'est un mensonge qui ne résiste pas à un calcul élémentaire. 1 milliard de bouteilles divisé par 250 jours ouvrables et 20 000 travailleurs, cela fait 200 bouteilles par jour et par poste de travail. On a le temps de les remplir à la main, et même à la petite cuillère! Le milliard que représente le pouvoir d'achat des familles se réorientera vers des consommations plus utiles, plus durables, car la prochaine crise de l'énergie fermera ces usines d'embouteillage superflues. Embouteiller de l'eau, ce n'est pas un métier d'avenir.

Pour économiser l'énergie, avant de prendre d'autres mesures contraignantes, il faudrait commencer, à titre hautement symbolique, par interdire, comme je le demande, la production, l'importation et la distribution de ce produit inutile.

Mon initiative parlementaire permet de continuer provisoirement la distribution d'eau en bouteilles de verre consignées, équivalentes en termes d'écologie aux bouteilles en PET, pour trois raisons: premièrement, prévoir une période transitoire pour les consommateurs et les travailleurs; deuxièmement, décourager petit à petit les consommateurs de traîner de lourdes bouteilles; troisièmement, avantager les producteurs locaux par rapport aux producteurs étrangers. Mais le but final est d'amener les consommateurs à se satisfaire de l'eau potable, distribuée par les pouvoirs publics dans d'excellentes conditions sanitaires, économiques et écologiques. Il est scandaleux de jeter la suspicion sur ce service public, comme l'ont fait certains de nos collègues, pour défendre des intérêts particuliers contre l'intérêt général.