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Savary Géraldine · Ständerat · Waadt · Sozialdemokratische Fraktion · 2009-06-03

Wortprotokoll

On a déjà beaucoup discuté de ce sujet qui nous occupe au-delà de son importance par rapport à d'autres objets. Trois commissions se sont réunies, des divergences subsistent et les conseils se renvoient la balle. Je crois qu'on doit garder à l'esprit les objectifs que ce projet d'accord avec la Communauté européenne nous oblige à discuter, soit la signature de l'accord Media - qui est central pour le cinéma dans ce pays - et le fait de ne pas être en contradiction avec les politiques de prévention contre des dépendances. Nous finançons ces programmes, nous octroyons des budgets pour faire en sorte que la consommation d'alcool en particulier diminue dans ce pays. On doit donc trouver une solution pour concilier la politique culturelle, qui est importante - on en parlera demain plus amplement -, avec la politique de la santé en matière de prévention contre les dépendances.

Je considère que la solution que nous avons discutée et votée à la Commission des transports et des télécommunications est juste. C'est un juste compromis entre les préoccupations que nous avions manifestées au premier abord dans ce conseil par rapport à la santé publique et à la lutte contre la dépendance à l'alcool. Nous avions manifesté cette volonté de dire: "Attention, la consommation d'alcool est préoccupante dans ce pays et une publicité supplémentaire par les médias à la télévision et à la radio n'est pas positive pour ce pays." Ce conseil s'était clairement prononcé à ce sujet et, le Conseil national ayant fait un autre choix, je crois qu'on a trouvé un compromis qui me paraît juste puisque l'interdiction de la publicité sur notre territoire est assurée mais que les chaînes étrangères sont autorisées à passer de la publicité pour l'alcool.

Je ne suis pas une spécialiste des questions de prévention, je ne suis pas membre de la Commission de la sécurité sociale et de la santé publique. Mais franchement, on a reçu un certain nombre de courriers de professionnels, de gens qui travaillent sur le terrain; on a reçu un courrier des villes suisses qui sont au courant des problèmes que rencontre la jeunesse, pas seulement liés à l'alcool mais aussi au sentiment de confusion éprouvé par des jeunes qui se sentent parfois un peu perdus. Ces villes suisses nous ont invités à voter la proposition que la Commission des transports et des télécommunications vous propose aujourd'hui. Les professionnels sont aussi très clairs sur ces questions; je crois qu'on doit aussi entendre ces voix, prendre acte de ces préoccupations et faire en sorte qu'on ne lance pas un signal complètement opposé par rapport aux professionnels et aux gens qui sont véritablement en contact avec les jeunes.

J'ai un peu l'impression que si l'on finance des programmes de prévention et qu'en même temps on ouvre la possibilité de faire de la publicité pour l'alcool, c'est comme si l'on interdisait aux jeunes d'aller à la cave, mais qu'en même temps on leur offrait un tire-bouchon pour consommer de l'alcool quand ils regardent la télévision chez eux. Je crois que l'on doit éviter de transmettre ce double message.

Je dirai encore une chose: au fond, c'est vrai, cette situation est pour nous, les Romands, très particulière et j'ai un peu l'impression que l'on discute de ce sujet uniquement parce que l'Allemagne autorise la publicité pour l'alcool et notamment la bière. Si ce n'était pas le cas, nous n'aurions pas besoin de discuter de tout cela. On est en train de discuter sur le projet de modification de notre législation, alors que la France n'autorise pas la publicité pour l'alcool et que seule l'Allemagne le fait. Et comme l'a dit Monsieur le conseiller fédéral Pascal Couchepin, à terme, l'Europe se préoccupera très certainement de cette situation et les interdictions pour les publicités pour l'alcool, le vin et la bière seront sans doute généralisées en Europe.

Je dirai un dernier mot. Je suis mère d'une adolescente de 15 ans. Alors, Monsieur Lombardi, si vous considérez que la publicité auprès des adolescents et des adolescentes n'a aucun effet, moi je peux vous certifier que tel n'est pas le cas. Les parents doivent en permanence leur démontrer que tout ce qui est dit dans la publicité n'est pas vrai, et freiner la consommation sollicitée par la publicité. Les parents ont un rôle éducatif important pour sensibiliser les adolescents à la tentation de consommer les produits prônés par la publicité. Pour ma part, je pense que l'on a plus intérêt à apprendre aux jeunes l'amour du bon vin, à leur faire goûter les choses, à considérer que c'est un savoir-faire, en particulier dans notre pays, à intensifier cette relation avec la consommation d'alcool, une consommation mesurée, plutôt que de les laisser devant la télévision à être tentés par des publicités pour l'alcool et le vin. Je pense, encore une fois, que ce n'est pas très bon. Pour les parents, ce sera une charge supplémentaire, je peux vous l'assurer, et pour les jeunes ce sera un message assez contre-productif.

Pour toutes ces raisons, je vous invite à suivre la sagesse de la commission qui, à mon avis, vous propose une solution de compromis qui concilie à la fois politique culturelle et politique de prévention.