Savary Géraldine · Ständerat · Waadt · Sozialdemokratische Fraktion · 2009-06-04
Wortprotokoll
A l'article 20, il s'agit effectivement de savoir qui fait quoi et en particulier de savoir qui s'occupe en gros de la promotion de la relève, car c'est cela le noeud du problème. J'expose un exemple pour comprendre ce qui se passe actuellement, puisque le projet de loi confirme la répartition des rôles qui prévaut actuellement.
Prenons un peintre - puisque la promotion dans le domaine des arts visuels est touchée - qui souhaite obtenir une aide de l'Etat pour continuer son travail. Il présente son dossier aux organes qui délivrent les bourses fédérales. Celles-ci sont allouées par la Commission fédérale des beaux-arts ou par la Commission fédérale de design. Cette dernière se pose les questions suivantes: est-ce que ce créateur, cet artiste est intéressant? Est-ce qu'on va ou non le soutenir? Est-ce qu'il a un potentiel suffisamment intéressant pour qu'on lui offre une bourse de 30 000 francs pour qu'il continue son travail? Supposons qu'il ait été le bienheureux récompensé par le système des bourses fédérales: dès que l'artiste a ces 30 000 francs à disposition, il se met au travail, il prépare une exposition sur les glaciers en Suisse. Son travail en peinture est extrêmement ambitieux, novateur. Il termine son travail; le résultat de celui-ci est prêt, il est magnifique, il est apprécié.
A partir de ce moment-là, son travail doit être diffusé parce que, sinon, tout seul il n'arrivera pas à le faire. C'est là qu'intervient, dans la juste répartition des tâches, Pro Helvetia dans ce processus et qu'elle évalue le travail: "Le travail de l'artiste mérite d'être soutenu; l'oeuvre en elle-même vaut la peine d'être soutenue; on doit la montrer; on doit financer l'exposition; on doit faire en sorte que l'oeuvre soit exposée par exemple à l'étranger, hors de nos frontières, parce que ça vaut la peine qu'elle soit présentée aussi bien à l'étranger qu'à l'intérieur du pays."
C'est ce que la majorité souhaite: une juste répartition des tâches. Cela fait à peu près 80 ans que ça dure. Il n'y a pas eu énormément de plaintes. Je n'ai pas l'impression que depuis 80 ans on vive dans un pays du type de l'ex-Union soviétique, c'est-à-dire que depuis 80 ans l'art dans ce pays soit brimé, réprimé, interdit. Au contraire, on est, je crois - et parfois je le regrette -, dans un Etat extrêmement libéral du point de vue économique mais aussi du point de vue culturel.
A ce titre, le danger - avec le système que je vous ai présenté ici - que la liberté de l'art soit menacée est absolument sans fondement. Je dirai aussi que le principe de subsidiarité qui prévoit de collaborer avec différents acteurs - Confédération, cantons, communes, Pro Helvetia pour les tâches que j'ai expliquées tout à l'heure - consolide aussi et protège d'une intervention de l'Etat qui serait, si par hasard une fois cela arrivait, très forte.
Il faut aussi préciser que dans la promotion de la relève, ni Monsieur Jauslin ni Monsieur Couchepin actuellement en fonction - j'imagine que cela changera un jour ou l'autre - ne se prononcent directement sur la promotion de la relève et le choix des bourses: c'est du ressort d'une commission, comme je l'ai dit tout à l'heure.
J'en viens à un deuxième point qui me paraît important à l'article 20, à savoir celui des personnes qui traitent actuellement les dossiers. Si l'on prend la décision de suivre la minorité, et donc la version du Conseil national, cela signifie qu'on ne sait pas ce que deviendront les gens qui travaillent à l'Office fédéral de la culture, qui sont proches des artistes, qui se préoccupent de savoir comment ils peuvent être soutenus, qui font ce travail d'écoute pour sentir la "respiration" culturelle et artistique de ce pays. On me dira que je suis trop sensible au facteur humain, mais je pense qu'il serait vraiment complètement contre-productif de casser cette logique, cette répartition des rôles, et de se passer de l'expérience et de la passion de personnes compétentes qui travaillent à l'Office fédéral de la culture, pour aller vers un système certes un peu plus logique sur le papier, mais dans la réalité moins efficace que ce que l'on connaît aujourd'hui.
Je plaide pour la proposition de la majorité de la commission, à savoir de garder cette répartition des rôles qui est à mon avis extrêmement bénéfique pour la scène culturelle de ce pays.