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Marty Dick · Ständerat · Tessin · Freisinnig-demokratische Fraktion · 2009-06-05

Wortprotokoll

Je crains et je crois que Monsieur Maissen a raison. Je dis: "Je le crains", car je préférerais moi aussi avoir une vision purement politique, comme l'ont eue Monsieur Schwaller et Madame Egerszegi - mais je reviendrai sur les propos de Madame Egerszegi - en disant: "Nous voulons faire voir que notre démocratie est forte." Et nous faisons ce discours parce que nous savons - en tout cas nous le pensons - que la majorité du peuple dira non. Nous l'avions d'ailleurs aussi pensé pour l'initiative des Alpes. La surprise a été telle que même un landammann s'est mis à danser, tellement il était surpris et content. Et cela a été le cas pour l'initiative populaire "Internement à vie pour des délinquants sexuels ou violents jugés très dangereux et non amendables": nous étions aussi, soyons honnêtes avec nous-mêmes, tous persuadés qu'elle allait être repoussée par le peuple.

En fait, nous n'avons pas de cour constitutionnelle dans notre pays et il appartient dès lors à notre Parlement de veiller au respect des principes fondamentaux de notre Constitution. Certes, la Constitution peut être réformée, elle peut être enrichie d'autres articles. Mais, comme cela a déjà été dit à plusieurs reprises, il y a des valeurs qui sont intouchables, qui ne sont pas négociables, à moins de renoncer à tout l'esprit, à toutes les valeurs qui sont à la base de ce pays. La liberté de croyance est une de ces valeurs absolument intouchables. Parmi les composantes de cette liberté de croyance, il y a la liberté de culte. Et cette liberté de culte serait massivement niée avec une interdiction constitutionnelle de la construction de minarets. Nous avons déjà suffisamment d'instruments dans notre ordre juridique pour limiter ces constructions et pour empêcher qu'elles puissent surgir dans tous les coins du pays.

Mais je crois que nous devons nous interroger sur notre fonction d'instance de vérification constitutionnelle et de vérification des valeurs qui sont à la base de cet Etat. Madame Egerszegi a tenu une fois de plus, à quelques jours de distance, un discours absolument remarquable, mais je ne suis pas d'accord, absolument pas d'accord avec sa conclusion. En effet, sa conclusion revient à dire: "Le peuple et les cantons peuvent décider sur n'importe quoi. C'est l'esprit de la démocratie: on peut leur soumettre n'importe quoi en votation." Alors, demain, on pourrait leur soumettre un projet prévoyant par exemple que dorénavant il est interdit de parler l'italien en Suisse ou que sont éligibles uniquement des personnes blondes aux yeux bleus. Non! non! on ne peut pas faire ça! Même dans une démocratie comme la nôtre, on ne peut pas faire ça. Parce qu'il y a des valeurs que l'on ne peut pas mettre en discussion. Et ça, ce sont des valeurs qu'on ne peut pas mettre en discussion. Donc je crois - j'en suis persuadé - que Monsieur Maissen a raison, même si, je l'admets, politiquement ce n'est pas la solution idéale.

Je crois, et je le répète, que nous avons aussi la tâche d'être les gardiens des valeurs fondamentales. Monsieur Reimann a cité le discours de Monsieur Obama: je ne sais pas s'il l'a lu jusqu'à la fin. C'est un discours absolument remarquable. Il a dit une chose admirable et vraie: "Le respect de la religion des autres est une valeur fondatrice de la paix dans ce monde." Ce passage admirable, "une valeur fondatrice de la paix dans ce monde", démontre à quel point la liberté de croyance, la liberté de culte font partie des valeurs intouchables et sur lesquelles on ne peut négocier.

Quand on dit qu'il n'y a pas d'églises chrétiennes dans le monde musulman, c'est une contrevérité absolue. Dans la plupart des pays musulmans, il y a des églises chrétiennes. [PAGE 541] Je suis allé dans une église copte au Caire. Le culte chrétien est autorisé même en Syrie. C'est le cas dans presque tous les pays, avec quelques exceptions - cela a été dit. Est-ce que nous voulons nous mettre au niveau de ces exceptions? Aux Etats-Unis d'Amérique, l'administration Bush, après le 11 septembre 2001, a pris toute une série de dispositions pour la plupart contraires au droit international: est-ce qu'elle a pris des dispositions pour interdire la construction des minarets? Est-ce qu'elle a pris des dispositions pour interdire le culte musulman? Non, même les Etats-Unis de Bush ne l'ont pas fait, même eux ne sont pas allés jusque-là!

Donc, je trouve qu'il est absolument lamentable qu'en Suisse, aujourd'hui et demain pendant la campagne électorale, nous parlions de cette proposition d'interdire la construction de minarets. Cette initiative ne se base pas sur des motifs liés au droit de la construction, elle se base sur des motifs religieux et idéologiques, alors que le monde et la plus grande puissance du monde sont en train de faire des pas énormes, significatifs, vers une plus grande compréhension entre les religions.

Certes, nous sommes tous d'accord là-dessus, on doit combattre l'extrémisme islamiste, mais pas seulement cet extrémisme-là: on doit combattre les extrémismes religieux de tous bords, qui constituent l'une des menaces importantes du monde d'aujourd'hui.

La campagne - cela a déjà été dit - qui précédera le vote populaire n'est pas sans danger, et cela, je crois qu'il faut le dire. Je trouve assez dangereux qu'on oublie la dimension internationale dans laquelle nous nous trouvons nécessairement. Les médias du monde entier auront leurs projecteurs braqués sur cette campagne, et cela crée un facteur de danger pour notre pays. Il est assez particulier de constater que, parmi les promoteurs de cette initiative, il y a justement le ministre qui est censé assurer la sécurité de notre Etat.

Donc, je dis oui à la proposition Maissen et certainement non à une initiative populaire qui ne fait pas honneur à notre pays.