Hêche Claude · Ständerat · 2010-06-14
Hêche Claude · Ständerat · Jura · Sozialdemokratische Fraktion · 2010-06-14
Wortprotokoll
Comme Monsieur Hess l'a exposé, des travaux conséquents ont été réalisés par les Commissions de gestion.
Le rapport devait agir comme une sonnette d'alarme - c'est en tout cas comme cela que j'aurais souhaité qu'il agisse - mais une sonnette d'alarme qui provoque des changements, des prises de conscience, et non pas qu'il soit uniquement rempli de belles phrases parfois creuses. Or, pour l'instant - et je me permets de vous rappeler le projet du Conseil fédéral sur la planification de mesures afin de limiter les risques face aux grandes entreprises (10.050), projet sur lequel notre conseil n'est pas entré en matière -, il y a peu de signes de réveil suffisamment encourageants pour faire croire qu'une révolution ou, plus modestement, qu'une évolution est en marche.
Pourtant, dans la longue histoire d'amour-haine entre politiciens et banquiers, c'est la première fois depuis longtemps que la politique tient le couteau par le manche pour clarifier cette relation. C'est le moment d'en faire usage et de mettre enfin chacun devant ses responsabilités. Nous sommes quelque part au tournant de l'histoire; c'est ici et maintenant qu'une confrontation doit avoir lieu, non pas pour rompre mais pour continuer cette relation sur des bases saines et solides.
La Confédération peut, une fois pour toutes, faire la lumière sur UBS et braquer les projecteurs sur son fonctionnement. La commission d'enquête parlementaire (CEP) est, à mes yeux, l'outil actuellement le plus tranchant dont dispose le Parlement pour analyser les événements de grande portée qui se sont produits. Même si son enquête se limitait aux entités étatiques, rien ne l'empêcherait d'entendre à nouveau des responsables d'UBS et de demander la production de documents en lien avec la situation qui a nécessité l'intervention de l'Etat. Mais encore, comme entité étatique, la FINMA devrait dès lors donner un accès illimité aux informations dont elle dispose.
En ce sens, la CEP doit être considérée comme un acteur qui pourrait soutenir et compléter les démarches et le travail déjà réalisés par les Commissions de gestion. Une CEP garantirait une pression permanente, car elle représente un épouvantail faisant suffisamment peur pour que les banques filent droit, en tout cas pendant la période de l'enquête. Et une banque, ce sont avant tout des banquiers, et ceux-ci seront forcément touchés par cette période de mise en lumière.
Rendre des comptes à une commission d'enquête parlementaire, c'est sans aucun doute tendre vers encore plus de transparence. Cela devrait être bénéfique pour les nouveaux banquiers, ceux qui feront la banque de demain, car ils seront enclins à adopter une manière de travailler plus éthique, ce qui valorisera leur travail et leur banque. Cette épreuve de transparence devrait logiquement permettre le retour de la confiance au sein de la population, chez les collaborateurs et les collaboratrices d'UBS, mais aussi et surtout chez les clients et les actionnaires de la banque. Ce serait un signal fort vis-à-vis de toutes les banques.
J'ose encore croire que les banquiers sont capables d'apprendre quelque chose de cette crise, mais ils ne l'apprendront qu'à condition que les bonnes personnes prennent enfin les bonnes décisions. Nous devons faire savoir aux intéressés ce qu'éthique et intégrité signifient, et pourquoi celles-ci sont indispensables à l'activité bancaire nationale et internationale.
Au passage, je profite de l'occasion pour lancer un appel à un homme en particulier, qui est désormais le mieux placé pour agir et favoriser cette prise de conscience de l'intérieur. Cet homme, c'est Monsieur Kaspar Villiger. Qui mieux que lui peut comprendre les attentes du monde politique face au monde bancaire? Je vous rappelle que c'est lui qui a désespérément attendu que Marcel Ospel réponde à son appel téléphonique lors de la crise Swissair. Monsieur Villiger sait à quel point les banques ont pu manquer de sensibilité envers le pays. Aujourd'hui, il est de l'autre côté du miroir; il ne peut pas avoir oublié.
Si nous ne soutenons pas la création d'une commission d'enquête parlementaire, l'histoire risque quelque part de se terminer en queue de poisson. Ainsi, tarder ou tergiverser dans la prise de mesures concrètes suite au rapport des Commissions de gestion, refuser la création d'une commission d'enquête parlementaire et poursuivre sur notre voie, comme si de rien n'était, après les hauts cris d'il y a deux semaines, ce serait faire preuve d'une mémoire sélective et ce serait oublier un peu vite l'impact économique et financier dont nous avons été et dont nous sommes encore victimes. C'est maintenant que la vague arrive et qu'il faut la prendre; il n'y aura pas de nouveau courant aussi favorable avant de nombreuses années. Ce courant nous permettra au final de retrouver une relation saine et confiante entre le pouvoir politique, le pouvoir financier et la population.
Le peuple demande à savoir qui commande dans ce pays, demande des preuves de la volonté de changement exprimée par les politiciens. Nos concitoyennes et nos concitoyens souhaitent une véritable prise de conscience et, bien sûr, des actes qui permettent de reconnecter le monde bancaire au monde réel. Dans les conditions actuelles, la commission d'enquête parlementaire me paraît le moyen complémentaire indispensable pour y parvenir.
Je considère que c'est encore le moment d'agir, de continuer à agir et de permettre ainsi de rendre une part de sa crédibilité à UBS. Ce sera un mauvais moment à passer, mais au final la banque en sortira grandie et cessera de traîner les vieilles casseroles qui nuisent à son image depuis des mois. Quelque part, il faut un bon coup de balai, et l'histoire d'"amour" pourra reprendre sans que l'ombre du doute plane. Jouez enfin cartes sur table, refixez des règles de conduite pour à nouveau apprécier la cohabitation entre les banquiers et les politiciens!
Je vous invite à soutenir la création d'une commission d'enquête parlementaire.