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Hêche Claude · Ständerat · 2010-06-17

Hêche Claude · Ständerat · Jura · Sozialdemokratische Fraktion · 2010-06-17

Wortprotokoll

Je pense qu'il y a parfois des événements qui enlèvent considérablement de saveur à certains aliments. Tout le monde se souvient des scandales européens dans le domaine de l'agroalimentaire - notre collègue Cramer vient d'en parler - qui, je crois qu'il faut insister là-dessus, ont dévoilé les véritables problèmes sociaux et écologiques auxquels est aujourd'hui confrontée l'agriculture mondiale. Les producteurs de fruits et légumes de ces diverses exploitations agricoles, il faut aussi insister là-dessus, emploient une main-d'oeuvre immigrée clandestine et corvéable à souhait. Les conditions d'exploitation de ces saisonniers migrants relèvent d'une précarité intolérable. N'ayons pas peur des mots, l'agriculture mondiale connaît des régions où règne, sous bien des aspects, une nouvelle forme, je force un peu le trait, d'esclavagisme.

Ainsi, même si je comprends certaines raisons qui expliquent le refus de donner suite aux différentes initiatives cantonales - cela vient d'être rappelé par Monsieur David -, je reste persuadé que dans ce domaine la Confédération peut et devra faire plus. Certes, comme cela a été dit, notre pays ne peut malheureusement pas interdire, du fait de ses engagements internationaux, l'importation de denrées alimentaires produites dans des conditions socialement et écologiquement inadmissibles. Mais la Confédération pourrait faire en sorte, par exemple, d'imposer un étiquetage permettant au consommateur de mieux connaître la provenance des produits et surtout les conditions sociales et environnementales de leur production. Et un consommateur averti est un consommateur un peu plus conscient de la portée de ses actes.

De plus, la population est de plus en plus attentive à la manière dont les aliments sont produits. Elle sait que les conditions sont draconiennes en Suisse et elle ne comprendrait pas que l'on soit consciemment beaucoup plus tolérant avec les produits venus de pays lointains. Il n'y a aucun intérêt à soutenir les conditions misérables dans lesquelles ces fruits et légumes sont produits. A l'heure notamment des produits bio et équitables, il est tout à fait possible de s'approvisionner de manière décente, j'ajouterai éthique, sans exploiter outrageusement les travailleurs.

Nous sommes tous des consommateurs et, en tant que tels, nous avons un réel pouvoir sur les biens et services que nous consommons. En laissant entrer en Suisse ces fruits et légumes à des prix défiant toute concurrence, c'est une forme de caution que l'on donne à ces modes de production, et surtout on participe lentement mais sûrement à la disparition de notre agriculture de proximité.

Dès lors, je vous invite à donner suite à ces initiatives. Si le résultat du vote devait être négatif, il faudra rapidement relancer ce dossier.