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Marty Dick · Ständerat · 2001-03-08

Marty Dick · Ständerat · Tessin · Freisinnig-demokratische Fraktion · 2001-03-08

Wortprotokoll

Tout d'abord, je déclare mes intérêts. Je suis un automobiliste qui parcourt en moyenne 40 000 kilomètres par an. Deuxième constatation: je suis président de Suisse Tourisme, et vous avez entendu que le tourisme aurait des problèmes avec des dimanches sans autos. Troisième constatation: je ne suis pas toujours charmé par la rationalité. Il me semble que, de temps en temps, il est bon, dans la politique, d'essayer d'être un peu créatif et de ne pas toujours déléguer nos décisions aux grandes sociétés fiduciaires internationales qui ont des noms à rallonge et qui, de plus en plus, nous disent ce qui est faisable et ce qui ne l'est pas.

Je ne voulais pas intervenir, mais en suivant cette discussion, j'ai quand même le besoin de dire que je ressens une grande sympathie pour cette initiative. Je crois que la politique n'est pas de dire ce que les électeurs attendent que l'on dise. Il est indiscutable que mes électeurs, s'il y en a encore, n'apprécieraient certainement pas que j'appuie cette initiative. Vous pouvez être certains qu'au Tessin, qui a un taux de motorisation qui est, je crois, supérieur à celui de la Californie, on n'apprécierait pas qu'il y ait des dimanches sans autos.

J'ai toujours interprété mon mandat politique dans le sens de dire ce que je pense et ce que je ressens intimement. [PAGE 53] Libre à mes électeurs de dire: "On le veut ou on n'en veut plus." C'est en ce sens - entre parenthèses, et je suis encore couvert de bleus partout - que je me suis engagé pour le oui à l'Europe, convaincu que mon pays ne peut pas ne pas participer au grand projet européen, qui est un projet de paix et de prospérité, et que l'alternative à la participation n'est pas l'"Alleingang", mais que c'est subir l'Europe.

C'est vrai, si j'écoute les arguments qui ont été distillés depuis cette tribune, il y a toutes sortes de motifs rationnels qui disent à quel point c'est difficile, c'est compliqué de réaliser des dimanches sans autos. C'est vrai que l'initiative n'est pas très flexible, et donc mon vote en faveur de l'initiative - je suis tout à fait convaincu qu'elle n'a aucune chance, hélas! - est un vote de sympathie, mais c'est un vote aussi pour l'avenir. Je suis convaincu que cette proposition, sous une forme ou une autre, nous sera à l'avenir à nouveau soumise. Vous savez qu'en politique, avoir raison trop tôt est peut-être une faute, mais c'est quand même, avec des années de retard, souvent une grande satisfaction.

Lorsqu'on dit qu'aujourd'hui déjà chacun peut renoncer à sa voiture le dimanche, cela me semble un argument de jésuite, franchement, parce que ce n'est pas ça qu'on veut. Je ne crois pas que quelques dimanches - un, deux, trois, quatre par année - soient une limitation inacceptable de la liberté. On accepte sans sourciller que des grands intérêts économiques qui sont derrière de grandes manifestations sportives créent de plus en plus souvent sur nos routes le chaos le plus total, de sorte que plus personne ne peut bouger. Parce qu'on organise de grands matchs de football où il y a des millions en jeu, alors là la liberté des autres, la liberté de bouger correctement n'a plus rien à voir, eux occupent le domaine public.

Et puis, on a eu une autre démonstration de la façon dont on peut bloquer le trafic: récemment, le Forum de Davos. Pour protéger ces grands messieurs, on a bloqué toute une région, tous les transports publics; la douane entre la Suisse et l'Italie était complètement bloquée et plus personne ne passait. Donc, là aussi, personne n'a imaginé qu'il y avait des problèmes de liberté.

Pour le tourisme - vous savez, prenez trois opérateurs de tourisme, vous aurez autant d'idées différentes -, je crois que si on avait en Suisse des dimanches sans autos, au niveau marketing, on pourrait faire des choses absolument extraordinaires. On pourrait vendre cette idée, la rendre attractive, on pourrait ouvrir l'autoroute du Monte Ceneri en descente pour les patins à roulettes, on pourrait faire toutes sortes de choses extrêmement attractives. Voyez-vous, ce qui me manque dans la politique aujourd'hui, c'est un peu de créativité, un peu de courage, savoir un peu sortir de ces raisonnements comptables et fiduciaires, faire quelque chose d'un peu nouveau. Je crois qu'il y a toute une population qui aspire quelques heures par année à vivre différemment, quelques heures par année à voir que sur nos routes il n'y a pas seulement des voitures et des camions en colonnes; pendant quelques heures, elle aurait la possibilité de respirer un air un peu différent.

Vous me direz que c'est compliqué. Je vous l'accorde, mais si on n'avait pas écouté les artistes et les créateurs au cours des siècles, je crois que rarement notre pays aurait fait des progrès. Comme disaient les Anciens, "semel in anno licet insanire", voilà, comme ça, "semel in anno" on pourrait avoir un dimanche sans autos. Je crois que c'est faisable avec un peu de bonne volonté, et je crois que ce serait aussi un bon message à notre population. Ce serait une fois par année tenir compte des intérêts d'une autre partie de la population qui a aussi le droit de se manifester.

Voilà ce que je voulais vous dire avec le coeur. Je reconnais toutes les difficultés que vous avez présentées, mais je crois qu'on a perdu une occasion, Monsieur le Président de la Confédération, d'être plus créatif avec un contre-projet.