Marty Dick · Ständerat · 2010-12-08
Marty Dick · Ständerat · Tessin · Freisinnig-demokratische Fraktion · 2010-12-08
Wortprotokoll
La proposition Büttiker a pour origine une réflexion et une intention certainement honorables, mais je crois qu'elle est fondamentalement fausse. Elle peut constituer un obstacle à la lutte contre le dopage.
J'essaye de m'expliquer. Lorsqu'on connaît un peu le sport de haute compétition, on sait que l'initiative de se doper ne vient que rarement de l'athlète. L'athlète tout seul ne peut pas se doper, c'est son entourage qui l'y encourage, il y a une pression formidable autour de lui. Donc souvent l'athlète est une victime. Si la justice le condamne, cela risque d'aboutir au fait qu'il refusera de collaborer pour dénoncer les trafiquants qui gravitent autour de lui. L'athlète doit être le collaborateur potentiel de la justice, au sein du milieu. L'athlète sera d'autant plus disposé à collaborer dans la mesure où il admet qu'il a consommé des produits prohibés. Certes il se verra infliger sur le plan sportif une peine très dure, mais il n'aura au moins pas dans son casier judiciaire une inscription qui fera obstacle à sa réinsertion et à une réorientation de sa carrière.
Dans une stratégie de lutte contre le dopage, il ne faut pas criminaliser le sportif qui a commis une faute. Il faut le punir sportivement, oui, mais il ne faut pas le criminaliser en vertu du droit pénal, parce que c'est un collaborateur potentiel précieux de l'autorité judiciaire. Et si on le criminalise, on risque de perdre cette alliance précieuse.
Et puis, peut-être qu'on doit tous faire un examen de conscience: pourquoi en est-on arrivé à ce point? Parce qu'il y a en jeu des sommes d'argent énormes. Et pourquoi y a-t-il d'énormes sommes d'argent? Parce qu'il y a des droits de télévision énormes. Alors quand je vois ce qui se passe à la FIFA et qui, à mon avis, a un effet absolument dévastateur sur la jeunesse, je me demande de temps en temps si les télévisions publiques ne devraient pas dire une fois: "Basta! on ne paie plus ces sommes faramineuses pour les droits de retransmission et on investit peut-être dans la culture."
L'idée de Monsieur Büttiker part d'une bonne intention, mais je crois qu'elle est stratégiquement fausse.