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Berset Alain · Ständerat · 2010-12-09

Berset Alain · Ständerat · Freiburg · Sozialdemokratische Fraktion · 2010-12-09

Wortprotokoll

Je suis très heureux que ce débat puisse enfin avoir lieu après que - et vous le savez - le Parlement, notamment notre conseil, l'eut ardemment souhaité. Je suis très heureux qu'il ait lieu maintenant, parce que la politique, c'est non seulement discuter des budgets qui se suivent et se ressemblent, mais aussi tenir parfois de grands débats d'orientation sur la réflexion et l'action politiques. Je considère que le présent débat, même si le message ne porte que sur les financements accordés pour les années 2011/12, est un grand débat d'orientation politique.

Le moment aussi est assez bien choisi. Nous ne l'avons pas vraiment choisi, mais cela tombe bien que nous tenions ce débat maintenant. Notre pays est en effet plus ou moins sorti [PAGE 1202] d'une période difficile sur le plan économique, après une crise financière qui a secoué non seulement la Suisse, mais également l'ensemble de la planète. La crise économique qui lui a fait suite a, elle aussi, été dure, mais notre pays est l'un de ceux qui s'en sont probablement le mieux sortis. Cela nous donne une certaine marge de manoeuvre pour réfléchir à la question de l'aide publique au développement.

Ce que je voudrais ajouter dans ce débat, c'est que l'aide publique au développement bénéficie évidemment aux pays et aux populations dans lesquels les projets sont développés, bien développés, bien conduits. Nous avons mis en place les conditions pour que notre pays agisse sur le terrain par le biais de l'aide publique au développement, celle-ci étant d'une très grande efficacité. Elle jouit d'une grande reconnaissance à l'étranger et nous donne une place qui va bien au-delà de ce que la seule taille de notre pays pourrait en principe laisser espérer.

C'est un instrument extrêmement important pour la place de la Suisse dans le monde et sur la scène internationale. Combien d'entreprises en Suisse peuvent, grâce à l'action de notre pays dans le domaine de l'aide publique au développement, bénéficier de cette image, des réseaux, d'une ouverture et d'un accueil positifs pour leurs contacts commerciaux? Pensons à la place que la Suisse souhaite jouer sur la scène internationale: pouvons-nous vraiment nous imaginer de jouer un rôle important au FMI? Une réforme du FMI est en cours, et la place de la Suisse est extrêmement importante dans ce cadre. Pouvons-nous vraiment nous imaginer de jouer un rôle important non seulement au FMI, mais aussi à la Banque mondiale, à l'ONU, dans d'autres forums de discussion économiques et politiques, au G-20? Souvenez-vous du débat que nous avons tenu sur le G-20: on a considéré comme très problématique que la Suisse ait de la peine à y trouver sa place. On pouvait imaginer que notre pays ne soit plus au premier rang, mais juste derrière.

Pouvons-nous vraiment vouloir jouer un rôle important, à la mesure de ce que nous estimons être bon pour notre pays dans ce cadre-là et ne pas, en parallèle, remplir aussi notre rôle dans le domaine de l'aide publique au développement, comme essaient de le faire tous les pays qui jouent également un rôle important dans ces organisations-là?

Le troisième élément, c'est le respect des engagements de la Suisse et la crédibilité de notre pays vis-à-vis de l'étranger. Le fait que nous menions ce débat maintenant me frappe beaucoup alors qu'hier, à Cancun, la présidente de la Confédération, Madame Leuthard, a tenu semble-t-il des propos jugés très ambitieux par les observateurs. Il y a une année, à Copenhague, la Suisse a pris des engagements, là aussi relativement ambitieux mais qui, surtout, devront avoir des conséquences et, pour la crédibilité de notre pays sur la scène internationale, devront quand même être mis en oeuvre une fois ou l'autre.

Ce qui m'a beaucoup frappé, dans le message qui nous est soumis, c'est que l'objectif du 0,5 pour cent n'équivaut pas à une simple augmentation au motif que "ça fait joli dans le paysage"; si j'ai bien lu le message, chaque franc de cette augmentation va directement à la réalisation d'objectifs pour lesquels la Suisse s'est engagée.

Il est aussi de notre responsabilité de déterminer quelles seraient les conséquences, pour la crédibilité et l'image de notre pays à l'étranger, après qu'il se fut engagé à participer à ces grandes manifestations avec d'autres pays, après qu'il eut dit: "Voilà ce que nous souhaitons faire!", si, par la suite, cela ne suivait pas, alors que nous avions les moyens de le faire! Monsieur Maximilian Reimann disait que notre pays a pu réduire son endettement malgré la crise, et qu'il s'est extrêmement bien sorti de cette situation. Et c'est une chance! Cela donne précisément les moyens à notre pays de participer à la défense de ses propres intérêts dans ce cadre-là, parce que nous avons les moyens de le faire.

Voilà ce que je souhaitais ajouter dans ce débat. Je voulais vous dire, dans le fond, qu'on n'est pas seulement en train de parler d'investir ou non dans des projets développés à l'étranger; on est aussi en train de parler d'une politique d'intérêt direct de la Suisse. Vous ne serez pas surpris d'apprendre que ce n'est pas le premier argument qui me pousse à soutenir ce projet; néanmoins, c'est un argument important, qui explique probablement la très forte majorité remportée au sein de la commission qui, par 10 voix contre 1, propose de soutenir ce projet. En effet, il ne s'agit pas seulement du développement de projets à l'étranger; il est aussi question de la défense d'une politique au bénéfice de notre pays, dans son intérêt direct.