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Maire Jacques-André · Nationalrat · 2011-03-17

Maire Jacques-André · Nationalrat · Neuenburg · Sozialdemokratische Fraktion · 2011-03-17

Wortprotokoll

Beaucoup de choses ont déjà été dites, et il est vrai que notre pays n'a plus à faire la preuve qu'il est le pays des travailleurs par excellence. C'est vrai, nous sommes le pays où la durée hebdomadaire du travail est la plus longue d'Europe. Et comme si cela ne suffisait pas, nous faisons encore des heures supplémentaires: 186 millions d'heures supplémentaires par année! Ce qui représente environ 100 000 postes de travail. C'est dire si nous sommes vraiment les champions du travail! Cela se mesure aussi en jours de congé, puisqu'en cumulant la durée des vacances et le nombre de jours fériés, nous sommes là aussi le pays d'Europe où les chiffres sont les plus bas avec 28 jours par an à peu près en moyenne nationale. Nous pouvons établir une comparaison avec les pays voisins que sont par exemple la France et surtout l'Allemagne. En Allemagne, les travailleurs ont, par rapport à la Suisse, plus de dix jours de plus de vacances et de jours fériés par année. Et on ne peut pas dire que la santé de l'économie allemande soit particulièrement précaire!

C'est bien la preuve qu'il est possible de modifier quelque peu cette situation, et de la modifier en réaction à l'évolution des conditions de travail. En effet, il a été rappelé qu'on demandait aujourd'hui plus de flexibilité et d'adaptabilité, que les statuts étaient plus précaires, par conséquent que les conditions de travail étaient plus difficiles pour les travailleurs. Et ce n'est pas un hasard si plus de 60 pour cent d'entre eux se disent stressés ou en tout cas sous pression lorsqu'ils sont au travail. Malgré tout ce qu'on a entendu, j'aimerais encore une fois inviter les employeurs à réfléchir aux coûts de ces situations parce que la surcharge a des conséquences qui pèsent sur l'économie. C'est là qu'il y a une nouvelle approche à envisager.

Pour maintenir un bon rendement, toute personne a besoin de périodes d'arrêt pour retrouver une pleine capacité de travail. La question qui reste - et sur laquelle je m'arrêterai quelques instants - est: est-ce que la proposition de prévoir 6 semaines de vacances par an pour tous est réaliste du point de vue économique? Est-ce qu'on peut se payer ce luxe? Eh bien, oui! Regardons la productivité au travail: depuis 1992, elle s'est accrue de plus de 21 pour cent en Suisse - plus de 21 pour cent de gain de productivité! Dans le même temps, et nos collègues syndicalistes l'ont rappelé, la progression sur le plan salarial, elle, est restée modeste, c'est-à-dire 4,3 pour cent. Il y a donc un écart entre les gains de productivité et les gains salariaux de plus de 17 pour cent, c'est dire s'il y a de la marge! Bien entendu, l'économie a besoin de ces 17 pour cent pour faire des investissements, c'est très bien. Elle en a besoin aussi pour rémunérer les actionnaires: on sait que ce n'est pas cela qui manque! Puis on en a besoin aujourd'hui pour servir des bonus dont les montants ne cessent d'exploser. Alors, il est peut-être temps aujourd'hui que le travailleur de base puisse lui aussi avoir sa petite part du gâteau. Cela a été dit, le passage à 6 semaines de vacances par an correspondrait à une augmentation de 2 pour cent de la masse salariale, c'est dire si c'est modeste par rapport aux 17 pour cent de gain net.

Par conséquent, je vous invite vraiment à soutenir l'initiative populaire "6 semaines de vacances pour tous". Si la majorité des membres du conseil en décide autrement, le peuple se chargera de l'accepter parce qu'il y a dans notre société un besoin de qualité de vie et d'augmenter celle-ci. On a besoin de temps pour vivre avec sa famille, pour aimer, pour jouir de la vie, cela fait aussi partie d'un ensemble où le travail garde toute sa valeur, et celle-ci est loin d'être en danger dans notre pays!