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Brunschwig Graf Martine · Nationalrat · 2011-03-17

Brunschwig Graf Martine · Nationalrat · Genf · Freisinnig-demokratische Fraktion · 2011-03-17

Wortprotokoll

Le hasard du calendrier veut que nous débattions du rapport sur la politique extérieure au moment où les mouvements populaires dans certains pays d'Afrique du Nord viennent bouleverser la donne et nous interpellent. A certains égards, il peut paraître dérisoire de faire un commentaire sur le passé à l'heure où l'actualité nous apporte des espoirs, mais aussi beaucoup d'interrogations.

Nous voyons plus que jamais que la Suisse doit mener une politique de défense de ses intérêts et combien cette politique passe par la coopération et la solidarité, dans la mesure où aucun pays, la Suisse pas plus qu'un autre, ne peut trouver la stabilité et la prospérité dans un monde totalement déstabilisé. Cette coopération et cette solidarité passent bien sûr par nos engagements financiers, mais aussi par notre capacité à intervenir avec efficacité et compétence, ce que la Suisse s'efforce de faire.

Pour le groupe libéral-radical, il convient néanmoins de saisir l'occasion d'un débat tel que celui-ci pour évoquer brièvement quelques questions qui nous paraissent importantes pour l'avenir du pays et de sa place dans le monde. La façon dont la Suisse organise son réseau de représentations à l'étranger constitue un élément important. La nécessité de renforcer notre présence au sein des pays du BRIC n'est pas contestée. Mais le groupe libéral-radical demande aussi que l'on ne déshabille pas Paul pour habiller Jean, ou tout au moins pas sans motifs.

Les difficultés relationnelles avec les Etats-Unis et l'Union européenne dans son ensemble ou avec certains pays pris isolément nous montrent combien il est important de pouvoir détecter à temps certains signes précurseurs. Nous recevons pour l'heure beaucoup d'explications sur les raisons d'organiser le réseau de telle ou telle façon, mais nous avons encore un peu de peine à voir la stratégie pour le futur et les conséquences qui en découlent. Il est donc très important que le Conseil fédéral nous montre une stratégie plus visible, et, surtout, plus lisible. Cela ne peut rester qu'une simple question d'organisation.

En politique étrangère, on a rarement beaucoup d'amis ou, si on en a, ils ne sont pas toujours fidèles. En revanche, nous avons des partenaires et il nous appartient d'essayer de les fidéliser ou en tout cas de traiter avec eux sur des bases aussi fiables que possible. Il est donc important que la Suisse ait une présence forte dans les organes où elle est représentée; c'est le cas notamment à l'OCDE. A quoi sert-il sinon d'être politiquement membre si une instance parallèle et d'origine autoproclamée devient le véritable centre des décisions - je veux parler du G-20? C'est un vrai défi, nous en sommes conscients, car le G-20 menace de devenir sinon un cabinet fantôme. Pour être respectées, les décisions qui engagent les pays se doivent d'être transparentes dans leur contenu comme dans leur mode de décision.

Notre présence dans les institutions internationales implique aussi quelques devoirs. Les événements qui se déroulent en Libye chaque jour nous poussent à nous demander comment nous avons pu accepter tacitement de voir l'Assemblée générale de l'ONU présidée en juin dernier par un "chef d'Etat" qui a profité de cette tribune pour critiquer de façon violente la Charte de l'ONU. Comment avons-nous pu accepter tacitement que la Libye entre au Conseil des droits de l'homme? Et comment avons-nous pu, sans broncher, voir la présidence libyenne lors d'une séance préparatoire à la conférence de Durban II s'efforcer d'enlever le droit de parole à un représentant d'origine palestinienne venu présenter son témoignage?

Nous sommes certainement plus intelligents une fois les événements connus, et c'est sans doute aussi valable pour la Libye, mais pas totalement. Cela devra nous inciter à nous interroger sur la manière dont on pourra renforcer la crédibilité des organes que nous défendons et dans lesquels nous siégeons.

Le Conseil des droits de l'homme ne sort pas indemne des événements libyens. Les efforts faits récemment pour suspendre la Libye sont à mettre à son crédit. Mais cela nous amène à nous demander aussi s'il n'était pas possible d'empêcher qu'elle en devienne membre à un moment où chacun savait déjà que ceci était pour le moins inconvenant.

Les Libéraux-radicaux sont des partisans convaincus de la présence active de la Suisse sur la scène internationale, dans ses domaines de compétences et dans le cadre de son mandat constitutionnel, mais ils attendent aussi que le Conseil fédéral tire les conséquences des événements que nous vivons et des questions qu'ils entraînent pour notre politique future.

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