Ménétrey-Savary Anne-Catherine · Nationalrat · 2001-05-08
Ménétrey-Savary Anne-Catherine · Nationalrat · Waadt · Grüne Fraktion · 2001-05-08
Wortprotokoll
Après avoir provoqué une immense émotion il y a quelques années, la question de l'âge de la retraite des femmes est en train de sombrer dans l'oubli, ou peut-être dans la résignation. Les Verts y ont peut-être contribué par leur initiative populaire "pour une retraite à la carte dès 62 ans, tant pour les femmes que pour les hommes", qui doit son relatif succès au fait qu'elle égalisait l'âge de la retraite, mais au moins le faisait-elle en faveur de la position la plus favorable! Dans le débat actuel, la situation des femmes n'est plus un thème, sauf pour les veuves. Mais toutes les femmes ne sont pas des veuves!
Durant la campagne de novembre 2000, j'ai pu constater qu'à droite on ricane volontiers sur cette différence d'âge entre les hommes et les femmes, réminiscence d'une époque où l'AVS était servie au couple. On se veut progressiste et on prône l'émancipation, l'égalité, l'autonomie. Mais c'est une égalité formelle, qui consiste à mettre tout le monde sur la même ligne de départ. C'est une égalité qui masque des inégalités. Ce n'est pas un modèle solidaire, c'est un modèle individuel. Ce n'est pas, Madame la Conseillère fédérale, "un pour tous, tous pour un", c'est "chacun pour soi et Dieu pour tous". Comme s'il suffisait de décréter l'égalité pour qu'elle existe! Rien n'est plus faux. A procéder par décrets, on ne fait que bétonner l'inéquité des discriminations actuelles, plutôt que de les éliminer.
Même si l'on souhaite une évolution des moeurs, il ne faut pas se leurrer. De nombreuses femmes vont continuer à renoncer à leur emploi rémunéré quand leur mari prendra sa retraite ou sa préretraite, soit à 60 ou 61 ans. Elles perdront ainsi des sommes importantes. D'autres vont perdre leur emploi, et ce chômage souvent non annoncé péjorera encore leur situation. Maintenir une différence entre les hommes et les femmes pour l'âge de la retraite, c'est prendre en compte les situations concrètes. C'est prendre en compte que les salaires des femmes sont inférieurs d'un quart à ceux des hommes, que leur statut professionnel est plus précaire, que deux fois plus de femmes que d'hommes n'ont pas de formation professionnelle; que la plupart des femmes n'ont ni deuxième ni troisième pilier; que leur longévité plus grande se paie par une qualité de vie moindre, précarité matérielle, santé médiocre, reconnaissance sociale quasi nulle. Il faut surtout prendre en compte que les femmes accomplissent encore aujourd'hui les deux tiers des tâches domestiques non rémunérées, des tâches évaluées à une valeur de 130 milliards de francs par année. Et ce ne sont pas seulement les mères qui accomplissent des tâches sociales. Même à la retraite, les femmes continuent à s'engager bénévolement pour la collectivité. Certaines utilisent leur retraite pour faire de la politique. Elles ne le feraient probablement pas si elles devaient travailler jusqu'à 65 ans. C'est en tout cas le cas de quelqu'un que je connais bien! Et toutes les femmes fournissent des soins à leur entourage ou prennent en charge des petits-enfants ou des parents âgés. A côté du bonus éducatif, on devrait encore instaurer un bonus social. Ne pas tenir compte de ces différences, c'est faire de l'égalitarisme de façade. Pire, c'est aggraver la situation des femmes au nom même de l'égalité. C'est ce que fait le projet du Conseil fédéral, et ça nous apparaît comme une escroquerie.
En travaillant une année de plus, trois ans de plus par rapport à la situation dont j'étais une des dernières à bénéficier en l'an 2000, on fait payer aux femmes le coût d'une flexibilité dont beaucoup d'entre elles ne pourront même pas bénéficier, pour des raisons financières. La commission, y compris la minorité Fasel et la minorité Goll, a voulu donner la priorité à la flexibilité. Je le comprends d'autant mieux que c'est ce que le groupe écologiste avait fait avec son initiative. Mais celle-ci proposait la flexibilité sans réduction de rente. Toute réduction de rentes pénalise particulièrement les femmes. La proposition de minorité II est une proposition subsidiaire, la mienne ne l'est pas.
Je vous demande donc de soutenir ma proposition en faveur du maintien d'une différence de l'âge de la retraite entre les femmes et les hommes. C'est une proposition qui n'est peut-être pas égalitaire, mais elle est équitable.