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Comte Raphaël · Ständerat · 2011-09-28

Comte Raphaël · Ständerat · Neuenburg · FDP-Liberale Fraktion · 2011-09-28

Wortprotokoll

Aujourd'hui, il nous appartient de lancer, comme le Conseil national avant nous, une véritable révolution énergétique. Cette révolution, certes pacifique, engendre des craintes, des remises en cause, voire des renoncements douloureux pour certains. Durant de nombreuses années, la technologie nucléaire a fait partie intégrante de notre politique énergétique, elle en constituait un pilier, ce pilier est en train de s'effondrer et il convient de le remplacer.

Les risques nucléaires sont connus depuis longtemps. Lors de la catastrophe de Tchernobyl, les partisans du nucléaire ont dit que l'Union soviétique n'était pas le monde occidental et que nos centrales nucléaires n'avaient rien à voir avec celle de Tchernobyl. Lors de la catastrophe de Fukushima, les partisans du nucléaire ont dit que le Japon n'était pas la Suisse et que nos centrales nucléaires étaient plus sûres que celles du Japon. Le jour où une catastrophe se produira en Suisse, que diront les partisans du nucléaire? Qu'ils se sont trompés? Sans doute, mais à ce moment-là il sera trop tard et nous n'aurons plus que nos yeux pour pleurer.

La technologie nucléaire telle que nous la connaissons présente des risques mesurés mais réels. La question qui se pose à nous est la suivante: sommes-nous encore prêts à accepter ce risque ou voulons-nous développer de nouvelles énergies pour pouvoir nous passer de l'énergie nucléaire? Pour ma part, ma religion est faite. La catastrophe de Fukushima a changé de nombreux paradigmes, et il convient d'adapter notre politique non pas en cédant à l'émotionnel, mais en faisant appel à notre raison. Car c'est bien notre raison qui nous fait penser que même en Suisse nous ne sommes pas à l'abri d'une catastrophe nucléaire, qu'il s'agisse d'un accident, d'une erreur humaine ou d'un acte terroriste.

Notre débat a été précédé de deux étapes importantes: d'une part la prise de position du Conseil fédéral en faveur d'une sortie du nucléaire - position clairement réaffirmée à plusieurs reprises -, et d'autre part la décision du Conseil national d'accepter différentes motions allant précisément dans le sens d'une sortie du nucléaire.

Qu'il me soit ici permis de féliciter le Conseil fédéral pour sa prise de position courageuse et exemplaire qui a sans doute été décisive dans ce processus de prise de conscience collective. C'est lors de décisions de cette ampleur que l'on reconnaît la grandeur d'un gouvernement, et notre Conseil fédéral a réussi son rendez-vous avec l'histoire.

Aujourd'hui, il appartient à notre conseil de confirmer les options du Conseil fédéral et du Conseil national ou de les modifier.

En temps normal, un débat sur le nucléaire mettrait aux prises les partisans aux opposants à cette énergie. Mais, depuis quelques jours, le débat a pris une tournure assez singulière. Il n'y a plus beaucoup de partisans déclarés du nucléaire. Les convertis sont toujours plus nombreux, sans qu'on sache si cette conversion est sincère ou s'il s'agit d'une simple manoeuvre tactique. Ainsi, c'est avec satisfaction que nous avons appris dans un premier temps que notre commission était arrivée à un accord, que les clivages avaient été vaincus et que chacun pouvait se ranger derrière un consensus affirmé. Certes, on a laissé la porte ouverte à de nouvelles technologies, mais cette formulation semblait être plus une précaution d'usage qu'une volonté d'affaiblir la sortie du nucléaire. Ainsi, un membre du groupe des Verts, à la sortie de la séance, s'exprimait de la sorte dans les médias: "La génération future des centrales, elle est pour 2040 et probablement 2050. La commission du Conseil des Etats est d'accord pour qu'on sorte du nucléaire pour une génération et demie ou deux générations. Alors, un moratoire d'une telle durée ressemble quand même sérieusement à un enterrement!" Même les médias semblaient se réjouir de ce consensus et y voyaient une confirmation de la décision du Conseil national. [PAGE 966]

Malheureusement, le consensus s'est fissuré. Chacun était semble-t-il d'accord avec le texte de la commission, mais l'interprétation de ce texte variait d'un député à l'autre.

Ces divergences d'interprétation nous conduisent à une situation plus que regrettable. Au lieu de débattre pour ou contre la sortie du nucléaire, nous devons prendre position sur des textes extrêmement proches aux différences subtiles, chacun les interprétant à sa manière.

Le débat énergétique est devenu un débat sémantique et les textes évoluent puisque nous avons été saisis hier encore d'un nouveau texte proposé par la majorité de notre commission. Ce texte, bien que tardif, a toutefois le mérite d'être un compromis acceptable en affirmant clairement la sortie du nucléaire, tout en prévoyant qu'il ne sera édicté aucune interdiction de technologies, ce qui était une exigence de plusieurs partis et groupements d'intérêts.

Cependant, notre conseil mérite mieux que des discussions de formulation où on déplace les virgules et où on joue avec les mots. Il nous appartient aujourd'hui de construire une nouvelle politique énergétique, exempte de nucléaire, avec toutes les incertitudes et difficultés que cela suppose. Restons-en donc à un débat sur les principes et sur les objectifs.

Aujourd'hui, nous discutons uniquement de motions, pas encore de textes de loi. Si les motions sont adoptées, le Conseil fédéral nous proposera des modifications légales et il nous appartiendra à ce moment et à ce moment-là seulement de discuter de manière approfondie de la formulation à adopter. Ce débat sur la formulation de ces motions peut être interprété de différentes manières. Soit il correspond à notre perfectionnisme typiquement helvétique qui consiste à vouloir tout faire bien, à aller dans le détail par peur d'oublier quelque chose, soit il cache un malaise plus profond, une volonté de remettre en cause la sortie du nucléaire et de faire revenir par la fenêtre une technologie que le Conseil national a fait sortir par la porte.

Pour ma part, je ne souhaite pas trancher. Je ne ferai pas de procès d'intention et je ne me lancerai pas dans des interprétations forcément hasardeuses. Il s'agit aujourd'hui de donner un signal clair, pour ou contre la sortie du nucléaire et, à mon sens, les différents textes proposés vont tous dans le sens d'une sortie du nucléaire. C'est la raison pour laquelle je les voterai tous, quelle que soit leur formulation, et je voterai notamment, sans hésitation, l'ultime compromis proposé par la majorité de notre commission.

Préservons notre énergie pour le vrai débat, celui qui aura lieu lorsque le Conseil fédéral nous présentera son rapport sur la sortie du nucléaire et sur les mesures à prendre pour y arriver, rapport qui contiendra des dispositions légales et qui permettra non seulement le débat au Parlement mais également un débat populaire.

Je vous invite donc à soutenir la sortie progressive du nucléaire et à donner un signal extrêmement clair à notre économie en faveur d'une véritable révolution énergétique. Je suis persuadé que cette révolution énergétique peut devenir une chance pour notre pays. Essayons de la saisir et de faire de la Suisse le leader mondial d'une économie nouvelle porteuse d'espoirs et d'emplois. Nous pouvons y arriver, la balle est dans notre camp.