Bugnon André · Nationalrat · 2001-06-08
Bugnon André · Nationalrat · Waadt · Fraktion der Schweizerischen Volkspartei · 2001-06-08
Wortprotokoll
J'ai relevé deux ou trois contradictions au cours de ce débat et je voulais apporter un complément d'information par rapport à ces contradictions.
"De par sa propension à être injuste, l'homme a rendu la démocratie nécessaire; de par sa propension à être juste, l'homme a rendu la démocratie possible". J'emprunte ces propos à Jean-Jacques Rousseau qu'on pourrait reprendre sur la question de l'armée ou de l'homme nouveau qui a été discutée tout à l'heure.
Il est vrai, nous sommes tous des pacifistes. Vous le savez très bien, d'ailleurs, le but principal de l'armée suisse, qui est d'assurer la sécurité de notre pays, est un but pacifiste. On peut pratiquement être tous pacifistes sur cette planète, [PAGE 634] mais si quelque part il y en a un qui ne l'est pas et qui développe des idées belliqueuses et qu'il arrive à faire enregistrer ces idées à un peuple, le pacifisme des autres n'empêchera pas la guerre ou le risque de conflits. C'est bien pour ça qu'il faut une sécurité, qu'il faut une politique de sécurité et qu'il faut une armée pour l'assurer. L'armée doit évoluer, ça a été dit par plusieurs ici, je suis tout à fait d'accord avec ce point de vue. Il y a des évolutions internes - "Armée 95", "Armée XXI" -, il y a également des évolutions sur le plan externe que je défends. C'est pour ça que je défends le double oui pour la votation de dimanche, notamment pour l'armement de nos soldats dans des missions de maintien de la paix à l'étranger, parce que ça fait partie de l'évolution de l'armée.
Quant à certaines contradictions à relever, il a été dit ici qu'on peut très bien se passer d'une armée pour le moment, parce qu'il n'y a pas de risques de guerres et que si un risque revenait, on pourrait recréer une force armée si c'était nécessaire. C'est M. Mugny qui a dit ça. Mais, je crois que pour recréer une force armée, si ça devient nécessaire, il faut dix ans pour l'équiper, pour la former: ce n'est pas le lendemain du jour où le risque est annoncé qu'on va pouvoir se défendre. Non, c'est une question de structures à long terme, le maintien d'une armée, et pour garantir une sécurité à long terme, on ne peut pas déstructurer une armée aujourd'hui en pensant la remonter demain.
Mme Garbani a parlé de la relation avec l'Union européenne en disant que le meilleur bouclier qu'on puisse avoir serait d'y adhérer. Mais pensez-vous, Madame Garbani, que l'Union européenne va accepter l'adhésion d'une Suisse ayant supprimé son armée? Non, l'Union européenne ne sera pas d'accord d'assurer notre couverture et notre défense. Une des premières conditions de l'Union européenne, c'est d'assurer une sécurité sur le plan européen avec la participation des pays membres. C'est pour ça que je suis convaincu qu'il y aura également une évolution à ce niveau pour l'entraînement de l'armée suisse, dans le sens d'une certaine collaboration internationale. Cela finira bien par arriver un jour, dans la vision d'une sécurité européenne commune, à l'inverse d'une Suisse confinée à la notion de réduit, tel que ça a été évoqué tout à l'heure.
Et puis, beaucoup ont dit: "On pourrait utiliser cet argent pour beaucoup d'autres choses." Evidemment, c'est vrai. Mais on peut toujours dire: "On peut faire des économies ailleurs pour les utiliser à d'autres choses." Je fais un petit clin d'oeil ici à M. Cuche qui a également tenu ces propos en lui disant: "Certains, dans cette salle, pensent qu'on pourrait supprimer aussi les 4 milliards de francs de paiement des prestations écologiques aux paysans pour faire autre chose." Si on commence à discuter comme ça, on peut démanteler beaucoup de choses, et je ne crois pas non plus que c'est ce que l'on veut ici.
En conclusion, pour assurer la paix dans notre pays, pour assurer notre sécurité, nous devons rejeter cette initiative.