Lexipedia

Maury Pasquier Liliane · Ständerat · 2012-03-12

Maury Pasquier Liliane · Ständerat · Genf · Sozialdemokratische Fraktion · 2012-03-12

Wortprotokoll

Vous l'avez entendu, l'avis de tempête est lancé: dans trente ans, le nombre de personnes atteintes d'Alzheimer ou d'une autre forme de démence aura triplé en Suisse, pour atteindre les 300 000 personnes, avec à la clé des coûts de quelque 20 milliards de francs par an pour la société suisse.

Aujourd'hui déjà, dans le seul canton de Genève, celui que je connais le mieux, les coûts liés à la démence des 5800 personnes atteintes atteignent 448 millions de francs par an. Ces chiffres sont valables pour 2009. Le vieillissement de la population et la mobilité croissante entraînant l'indisponibilité des proches sont des tendances lourdes qui ne risquent pas de s'inverser et qui ont leur effet sur le nombre de pathologies et sur les dépenses pour les soins.

Faut-il alors regarder la tempête approcher sans rien faire ou sans faire grand-chose? Ce n'est en tout cas pas ce qu'ont choisi l'Union européenne, la plupart de nos pays voisins, mais aussi les Etats-Unis, le Japon et l'Australie, qui ont développé des stratégies de gestion des pathologies de la démence. Parmi les défis à relever figurent la prise en charge optimale des personnes atteintes qui doivent pouvoir bénéficier d'un diagnostic précoce, d'une offre de soins suffisante et d'une meilleure intégration sociale, mais aussi la maîtrise des coûts grâce notamment au soutien apporté aux proches aidants, qui permettent le maintien des malades à domicile mais qui souvent tombent eux-mêmes malades, épuisés par la prise en charge.

La Suisse doit aussi mettre en place une telle stratégie avec des axes d'action clairement définis, comme elle doit pouvoir disposer de plus de données économiques et épidémiologiques, afin de piloter une politique nationale coordonnée en la matière, qui associe, en définissant leurs responsabilités, la Confédération, les cantons, la Conférence suisse des directeurs cantonaux de la santé et les organisations concernées. Les auteurs des diverses statistiques et études invoquées par le Conseil fédéral constatent justement l'insuffisance de telles données. Fin août 2011, l'Office fédéral de la santé publique a cependant fait un pas dans le sens d'une politique spécifique et commune en matière de pathologies de la démence en invitant les cantons et les organisations concernées à un échange d'informations sur le sujet.

On ne peut bien sûr que s'en réjouir, dans l'optique d'améliorer la qualité de vie des personnes concernées et de limiter les coûts pour l'ensemble de la société. Mais il faut sans doute faire un pas supplémentaire et c'est dans cette même optique que je vous invite également, comme la majorité de la commission, à adopter ces deux motions, car ne pas se préparer à faire face à la tempête, à la freiner et à en limiter les dégâts, serait non pas de la démence, mais de la pure folie.