Hêche Claude · Ständerat · 2012-03-12
Hêche Claude · Ständerat · Jura · Sozialdemokratische Fraktion · 2012-03-12
Wortprotokoll
Comme cela a été rappelé dans différentes discussions, c'est une question extrêmement sensible puisque la fabrication de produits issus du tabac touche aussi bien aux domaines de l'économie que de la santé. Dans la préparation de mon intervention, j'avais commencé par "nous", mais je dois plutôt dire "je": je mesure en quelque sorte que je suis situé sur le fil du rasoir.
Il ne s'agit pas ici, à mes yeux, de mettre les deux aspects en opposition. Personne n'ignore les conséquences négatives de la consommation de tabac sur la santé, mais dans le cas présent cette problématique doit exceptionnellement être mise en regard avec la question des emplois, en particulier dans de petites régions. Etant donné l'importance de l'industrie du tabac dans notre économie et les milliers d'emplois qu'elle représente, il me semble nécessaire de limiter la marge de manoeuvre de nos négociateurs.
Je ne vous demande pas de fermer les yeux sur les dangers du tabac, je vous invite plutôt à une pesée d'intérêts: depuis plusieurs années, de nombreux signaux sont envoyés à l'industrie du tabac pour limiter ses effets nocifs. Cette évolution est en marche, mais elle demande encore un peu de temps. En acceptant cette motion, on donne du temps aux entreprises actives dans ce secteur pour s'adapter, et aussi - et surtout - se diversifier, donc maintenir des emplois.
A mes yeux, la motion doit être considérée comme un signal politique dans le cadre des négociations, mais également - et c'est très important - à l'intention des entreprises concernées. Il ne s'agit absolument pas de leur signer un chèque en blanc, mais il faut être conscient que si notre conseil décidait de rejeter la motion, il y aurait un risque que leur interprétation les conduise à examiner une délocalisation à court terme. Et comme dans mon canton ce sont près de 500 emplois, auxquels j'ajoute les agriculteurs producteurs de tabac, vous me permettrez de ne pas faire la fine bouche. C'est la raison pour laquelle j'indiquais tout à l'heure que j'étais sur le fil du rasoir. Un demi-millier d'emplois dans une région comme la mienne, ça pèse lourd, ça pèse beaucoup trop lourd pour les prendre de haut.
Bien évidemment, j'ai conscience de la claire volonté exprimée en commission par Monsieur le conseiller fédéral Berset; je fais d'ailleurs confiance au Conseil fédéral et en sa capacité à tout faire pour défendre l'ensemble des intérêts de notre pays, ceux du domaine de la santé publique comme ceux de l'économie. Mais ce dont je suis également conscient, c'est que dans un processus de négociation, nos représentants vont discuter, négocier, et peut-être devoir céder sur certains points, par exemple sur le chapitre du tabac. Aussi, malgré la volonté affirmée du Conseil fédéral, nous n'avons malheureusement aucune garantie que nos négociateurs réussiront à exclure toute interdiction d'exportation de cigarettes à destination des pays tiers non membres de l'Union européenne.
Pour ces quelques raisons, je vous invite à soutenir la proposition de la minorité.