Christen Yves · Nationalrat · 2001-06-14
Christen Yves · Nationalrat · Waadt · Freisinnig-demokratische Fraktion · 2001-06-14
Wortprotokoll
Quel est le débat passionnant qu'il nous est donné de tenir aujourd'hui? Il s'agit, à l'issue des discussions, de prendre acte en l'approuvant ou en le désapprouvant ou encore d'en prendre acte tout simplement, une quasi abstention, du rapport du Conseil fédéral. Ni plus, ni moins. Ce n'est pas à un nouveau psychodrame que nous devons nous livrer. Peut-être quelques réflexions, suite aux votations fédérales du 4 mars et du 10 juin, et aussi quelques réflexions sur les difficultés concrètes, celles que rencontrent les politiques, ceux qui sont sur le terrain, tous les jours, à propos de notre isolement.
Lors de la votation sur l'initiative populaire "Oui à l'Europe!", cela a été dit, le peuple s'est prononcé, à en croire les analyses Vox, pour ou contre l'adhésion, pour ou contre les délais d'ouverture des négociations, mais surtout, à notre avis, sur le maintien des compétences du Conseil fédéral en matière de politique extérieure. Dans quelle proportion? C'est difficile à dire, et il est vrai que les analyses Vox, notre collègue l'a dit tout à l'heure, ne sont pas l'Evangile. Ce que l'on peut affirmer, c'est que le peuple fait confiance au Conseil fédéral, comme il lui a fait confiance aussi en approuvant les modifications de la loi fédérale sur l'armée et l'administration militaire, lui permettant d'affirmer une neutralité active en faveur de la paix.
Alors la façon de recevoir ce rapport, les déclarations solennelles de l'Union démocratique du centre, ou les nôtres, ne changeront pas la face du monde ni la politique de notre pays. Le Conseil fédéral, de façon sereine, souveraine aussi et pragmatique, poursuit sa politique visant à sortir notre pays de l'isolement. Il connaît les dangers, car il les vit dans leur réalité quotidienne ou presque. Je m'étonne à ce sujet des cris d'orfraie poussés par les milieux isolationnistes à propos de l'accord aérien de Kloten entre notre pays et notre voisin germanique, et je me pose tout simplement la question de savoir comment les Allemands auraient traité un de leurs voisins de l'Union européenne dans la même situation. Je m'étonne que les mêmes milieux, qui n'en sont pas à une contradiction près, fustigent les dirigeants de Swissair en leur faisant endosser la responsabilité totale des graves difficultés que connaît notre compagnie, alors que si l'EEE avait été accepté, Swissair aurait eu accès au marché européen sans avoir à prendre des risques exagérés dans les alliances et les achats.
L'isolement de notre pays se manifeste également dans l'affaire de la taxe sur les produits agricoles transformés qui nous frappe dans l'Union européenne et que nous ne parvenons pas à négocier. Cette taxe est si handicapante pour l'exportation de nos produits que la multinationale Nestlé, qui compte tout de même 2000 emplois dans la production en Suisse, a toutes les peines du monde à éviter la délocalisation de ses usines de production encore actives dans tout le pays. Pour l'instant, pour pallier ces handicaps, c'est notre commune de Vevey - mais oui! - ainsi que l'Etat de Vaud qui, solidaires avec toute la Suisse, devront offrir des abaissements fiscaux pour les activités générales de l'entreprise. C'est une contribution des Romands en faveur du maintien de l'emploi dans tout le pays, également ceux qui sont situés dans les fiefs de l'UDC.
Ce ne sont là que quelques exemples des difficultés que rencontrent le Conseil fédéral et tous ceux qui souffrent également, dans les exécutifs des communes et des cantons, des conséquences de notre isolement. C'est pourquoi il nous faut maintenant faire confiance au Conseil fédéral qui tient une ligne. J'aurais préféré qu'elle soit un peu moins prudente, mais les faits lui ont donné raison. Nous savons que cette confiance est bien placée. Il nous faut dans ce pays atteindre à petits pas le véritable libéralisme, aussi bien politique et économique que social. Il nous faut atteindre la seule liberté que nous pouvons, c'est celle de décider avec les autres.
Une minorité du groupe radical-démocratique, et pas que des Latins - M. Suter s'est exprimé -, peut faire siens les propos de leurs cousins libéraux proches - exprimés par M. Ruey -, ou encore par le cousin un petit peu plus lointain qu'est le socialiste libéral Gross Andreas. Elle prend donc acte sans état d'âme et en l'approuvant, avec remerciements au Conseil fédéral, du rapport sur la politique extérieure 2000. Elle est consciente que ce ne sera qu'une toute petite contribution au dénouement du psychodrame helvétique qui nous permettra enfin d'atteindre aux vrais libertés.