Neirynck Jacques · Nationalrat · 2012-09-11
Neirynck Jacques · Nationalrat · Waadt · Fraktion CVP-EVP · 2012-09-11
Wortprotokoll
La majorité de la Commission de la science, de l'éducation et de la culture propose deux modifications importantes aux propositions du Conseil fédéral: d'une part, une légère augmentation de l'enveloppe prévue - mais ce n'est pas l'essentiel, on peut en discuter - mais, surtout, une répartition uniforme de cette augmentation entre les quatre années, à laquelle les hautes écoles tiennent. Cela s'appelle le lissage - on a déjà utilisé ce mot -, mais ça correspond très simplement à une exigence fondamentale: garantir aux hautes écoles une augmentation régulière, année après année, et non pas, comme le propose le Conseil fédéral, une augmentation faible au début, qui s'accélérerait à la fin. L'expérience antérieure nous a appris dans les écoles que ces augmentations spectaculaires en fin de périodes sont systématiquement rabotées. Ce sont des promesses en l'air, qui ne seront pas tenues.
Le fond du problème est donc bien le rythme et l'ampleur de cette augmentation. Mais au fond, pourquoi augmenter le budget de la formation et de la recherche? Eh bien tout simplement parce que le nombre des étudiants ne cesse d'augmenter, tout particulièrement dans les EPF, dont les effectifs augmentent de 6 pour cent par an. Or la proposition d'augmentation du budget est seulement de 2,4 pour cent par an. Cela signifie concrètement que durant les années à venir nous allons dépenser moins par tête d'étudiant. Le Conseil fédéral suppose donc qu'il est possible de faire toujours plus et que le rendement des enseignants est une sorte de variable d'ajustement.
Et, certes, il est vrai que donner un cours de bachelor en première année, devant 100 ou 150 étudiants, ne fait pas beaucoup de différence. Mais ce n'est pas là, dans un grand auditoire, que se décide la qualité de l'enseignement. C'est déjà au niveau du bachelor, dans l'encadrement des exercices et des laboratoires, qui est strictement proportionnel au nombre des étudiants. Et surtout, plus tard, lors du master ou du doctorat. A ce moment-là, le contact régulier du professeur et de ses assistants avec les étudiants est déterminant.
La formation d'un chercheur est une entreprise difficile, risquée, dépendant d'impondérables, comme la qualité de la relation qui s'établit entre le patron et le doctorant. Au premier de suivre de près les travaux, pour estimer à tout moment les chances de réussite, pour déceler les impasses, pour corriger les défaillances et pour donner confiance en lui-même au candidat. Or, il y a une limite humaine à la capacité d'attention et de disponibilité du patron. S'il a trop de candidats, il finit par ne plus pouvoir leur consacrer le temps nécessaire. Et il ne dispose plus non plus du temps nécessaire pour se tenir lui-même au courant. Donc c'est un métier passionnant - je l'ai pratiqué pendant 25 ans à l'EPFL -, mais qui exige impérativement une liberté de pensée. Il n'y a pas d'enseignement et de recherche de qualité sans disponibilité de moyens suffisants.
Tel est donc l'enjeu de ce vote. C'est après mûre réflexion et un débat fouillé que la commission vous propose de suivre sa majorité. S'y opposer, c'est faire des économies de bouts de chandelles dans un domaine dont on clame à longueur de discours qu'il faut le privilégier. On découvre soudain que nous souffrons d'un déficit important dans les domaines MINT qui conditionne, vous le savez, le succès de notre industrie de pointe. C'est donc le moment de rappeler en passant le vieux proverbe: "Pas d'argent, pas de Suisse".
Si le Conseil fédéral n'a pas ou ne veut pas engager les moyens de sa politique, alors il doit choisir la politique de ses moyens. Concrètement, cela signifie instaurer un numerus clausus pour les ingénieurs des EPF, avec à terme, comme pour les médecins, une pénurie planifiée. Si c'est cela que vous voulez, eh bien il faut le dire clairement.