Savary Géraldine · Ständerat · 2011-06-15
Savary Géraldine · Ständerat · Waadt · Sozialdemokratische Fraktion · 2011-06-15
Wortprotokoll
Reconnaissons-le, pour le monde politique, la culture n'est pas un thème prioritaire. Ce n'est pas un thème au moyen duquel on construit une réputation, une carrière. Les partis politiques n'en font pas non plus un enjeu sur le plan de leur positionnement, à l'inverse de ce qu'ils font avec la politique économique, la politique sociale, la défense de l'environnement. Aucun parti ne dit: "Nous sommes le parti de la culture", comme on dirait: "Nous sommes le parti de la famille" ou "Nous sommes le parti des paysans". La population n'est elle non plus pas souvent sollicitée, et on ne lui demande pas: "Que pensez-vous de la diversité culturelle? Est-ce que c'est un sujet important?" On va plutôt considérer que le chômage, l'environnement sont des thèmes de discussion, mais pas la diversité culturelle. Et pourtant! dans une société comme la nôtre, où les grands mouvements financiers, les grands bouleversements du monde, les nouvelles architectures géopolitiques exigent des réponses rapides, la culture devrait être un thème important.
C'est dire donc si le message "Culture" et les projets qu'il contient tombent à pic. L'acte vaut tout autant que le contenu. Le message "Culture" dit: "Oui, nous avons une politique culturelle" ou plutôt "Oui, nous voulons une politique culturelle". La publication de ce message est novatrice, presque une révolution, tant dans notre pays on doit faire de la politique culturelle sans en avoir l'air.
Ce message prévoit de réaliser les objectifs fixés dans un délai de quatre ans, inscrivant ainsi la politique culturelle dans la durée. Faire voter le Parlement sur les projets contenus dans ce message est donc un acte très important qui nous lie et qui donne à notre action une cohérence et engage notre responsabilité. Il permet aussi de donner aux acteurs de la vie culturelle une idée de ce qu'ils peuvent attendre de l'autorité fédérale. Ces deux points - l'élaboration d'une feuille de route et le délai de réalisation de celle-ci de quatre ans - sont les deux pierres angulaires de ce message et ce sont deux pierres angulaires qui sont fondatrices de notre politique culturelle.
Lors des auditions, évidemment, ces deux points positifs ont été mentionnés par la plupart des personnes et des organisations entendues. Il a aussi été dit que la Confédération n'avait pas les moyens financiers de ses ambitions.
Votre commission a compris quelles étaient les préoccupations des personnes et des associations entendues et a décidé de tenir compte à la fois des espoirs que ces projets suscitaient et des revendications financières revues à la baisse à cause de la modestie des moyens prévus dans les plafonds de dépenses alloués aux projets.
La commission a donc souhaité augmenter les plafonds de dépenses, cela a été dit, en priorité celui alloué à la protection du patrimoine de façon très claire et, de façon raisonnée, modeste mais quand même réelle, ceux alloués au cinéma et à Pro Helvetia. Puis, elle a décidé de croire au projet "Succès livre et littérature", projet auquel l'Office fédéral de la culture tenait sans doute, mais qui ne bénéficiait pas de moyens financiers suffisants. Elle a donc décidé d'y croire et, pour cette raison, elle a augmenté de 3 millions de francs le plafond de dépenses pour lancer et réaliser ce projet novateur.
En comparaison des dépenses que nous avons acceptées durant cette session - je pense à l'armée, à l'agriculture, au soutien que nous avons apporté à l'exportation de viande, soutien supplémentaire que notre estimé collègue Freitag a voté -, cet effort financier de 50 millions de francs sur quatre ans, en comparaison des efforts auxquels nous avons consenti dans d'autres domaines, me semble véritablement très modeste.
Rappelons aussi que la part de la Confédération dans le financement global de la culture culmine à 15 pour cent environ - c'est normal, c'est une question de subsidiarité - et que les cantons, les communes et les privés mettent les 85 pour cent restants. On reste donc, je le répète, dans une [PAGE 604] fourchette budgétaire modeste, et je vous invite bien sûr non seulement à entrer en matière, mais aussi à soutenir les augmentations que nous vous proposons aujourd'hui.
J'aimerais en conclusion faire trois remarques pour la suite, portant sur des questions qui ont été évoquées dans les discussions et qui ne trouvent pas leur place dans le pur débat financier et budgétaire que nous avons aujourd'hui.
1. La question de la danse: excusez-moi d'insister là-dessus, je l'ai déjà fait en commission, mais je suis membre d'une association qui s'appelle "Réseau danse Suisse", qui fait un superbe travail, qui est soutenue par les cantons, les communes et la Confédération; c'est un modèle de collaboration entre les trois instances. Et au fond, "Réseau danse Suisse" doit, à terme, trouver une place, pas forcément pour ce qui concerne la structure budgétaire, mais dans les ordonnances qui suivront ce message.
2. La question du soutien au cinéma: ce n'est pas non plus une question d'ordre budgétaire, mais peut-être qu'il y a une réflexion à mener pour la suite à propos du type de soutien que nous apportons au cinéma. De plus, les objectifs qui seront dévolus à la Cinémathèque suisse feront l'objet d'une prochaine discussion; ils ne sont pas présents dans ce message proprement dit, mais sur l'avenir de la Cinémathèque suisse et en particulier du Centre d'archivage à Penthaz, il y aura une discussion future à mener.
3. J'aimerais quand même soulever un point très positif qui figure dans ce message et que Monsieur le conseiller fédéral Burkhalter a souligné dans la discussion. On se rend compte aujourd'hui qu'il y a une multiplicité des organes subventionnant la culture: les cantons, les communes, les privés, les sponsors, la Loterie romande, l'Office fédéral de la culture bien sûr, Pro Helvetia, le service public. Au fond, cette multiplicité des acteurs exige un rapport de confiance et de partenariat renforcé, et du coup un dialogue permanent entre eux. La Confédération, avec l'autorité qui lui est conférée - et ce message consolide au fond cette autorité - peut jouer ce rôle d'entremetteur et aussi repérer les défaillances du puzzle culturel que nous avons en Suisse. L'idée du dialogue national est à mon avis une très bonne idée. Je pense que cette idée a de l'avenir si elle débouche sur des propositions et un vrai partenariat, et je me réjouis d'avoir ce type de dialogue national sur la culture qui est un sujet, j'espère, qui deviendra prioritaire ces prochaines années.