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Berberat Didier · Ständerat · 2011-09-14

Berberat Didier · Ständerat · Neuenburg · Sozialdemokratische Fraktion · 2011-09-14

Wortprotokoll

Je suis favorable à ce premier paquet, qui est destiné à atténuer la force du franc. Je crois qu'il est important que le Parlement fédéral puisse donner un signal clair, qu'on ne laisse pas tomber l'industrie d'exportation, ou en tout cas les industries pour lesquelles les questions de change sont vitales.

Tout d'abord, je souhaite saluer la décision de la Banque nationale suisse, qui a fixé un taux plancher de 1,20 franc pour 1 euro. Il est vrai que cela aurait peut-être pu se faire plus tôt. Nous étions quelques-uns à demander à ce que cela se fasse. A l'époque, on estimait que ceux qui demandaient cela étaient de doux rêveurs; on constate néanmoins que cette solution a permis en tout cas de maintenir l'euro à 1,20 franc suisse. Il est clair que ce n'est peut-être pas forcément suffisant, mais il est déjà bien d'avoir ce taux plancher.

A mes yeux, ce montant de 870 millions de francs est important, parce qu'il est nécessaire - et il est non seulement nécessaire, mais aussi urgent, vu les effets très dommageables de la force du franc sur l'économie. Cela a été rappelé par le président de la commission, qui a cité le professeur Jan-Egbert Sturm, directeur du Centre de recherches conjoncturelles (KOF), qu'on a entendu lors des auditions. Ce paquet est le bienvenu et il bénéficie aussi - et c'est important chez nous - de l'appui des cantons - cela a été rappelé par Monsieur Bieri . qui estiment qu'il est nécessaire de prendre des mesures.

Ce qu'il faut dire, c'est que la situation économique en Suisse est très contrastée suivant les branches et les régions. Par exemple, dans la région de l'Arc jurassien, l'horlogerie pour l'instant s'en sort relativement bien, parce que la montre, on le sait, est un produit passion, un produit souvent de luxe, et son prix a beaucoup moins d'importance, notamment, que pour ce qui concerne les machines, par exemple. Il n'empêche que les entreprises horlogères ont dû rogner sur leurs marges et lorsqu'on rogne sur les marges, souvent c'est l'investissement qui en souffre et c'est aussi l'emploi. Donc cela est déjà inquiétant, même si la situation n'est pas dramatique pour l'instant.

Par contre, pour avoir rencontré nombre d'entrepreneurs du secteur de l'industrie des machines, je peux dire que la situation est de plus en plus grave dans ce secteur; ils souffrent énormément. En effet, en quelques mois, sans que le prix des machines en francs suisses ait augmenté d'un seul [PAGE 777] centime, le prix de ces produits en euros a augmenté sur le marché européen - c'est également le cas en dollars - de 25 à 35 pour cent environ, étant donné le taux de change par rapport à l'euro. Beaucoup m'ont dit que les acheteurs étrangers acceptaient d'acheter des machines suisses à un prix un petit peu plus cher que des machines européennes, entre 5 et 10 pour cent, parce que l'industrie suisse des machines a une bonne réputation, parce qu'il y a une question de qualité, de service après-vente; mais lorsqu'on est à 30 ou 35 pour cent de différence, il est clair que les carnets de commandes sont vides, ce qui va poser de gros problèmes. Ce qu'il faut aussi savoir, c'est qu'en Suisse un franc sur deux est gagné à l'étranger; dans ma région, l'Arc jurassien, c'est même plutôt deux francs sur trois qui sont gagnés à l'étranger. Pour les vacances, il est intéressant d'avoir un franc suisse fort, mais les vacances, c'est deux à trois semaines par année, et les 49 autres semaines il faut exporter, il faut vendre. Il est donc important que le franc suisse ne soit pas surévalué.

A mes yeux, la situation est grave, et je ne suis pas sûr que tout le monde s'en rende compte pour l'instant. Je ne voudrais pas être un oiseau de mauvaise augure, mais je crains que la situation se péjore ces prochains mois, jusqu'à la fin de l'année. J'aimerais me tromper, mais j'ai l'impression que la force du franc et l'environnement européen feront que l'économie suisse risque d'être passablement secouée par de sévères turbulences.

Je salue aussi la proposition - je me concentrerai plutôt sur cette mesure - d'attribuer 500 millions de francs supplémentaires au Fonds de compensation de l'assurance-chômage, qui est une proposition d'ailleurs contestée par une minorité de notre commission. Cette somme supplémentaire devrait permettre de faire face à une éventuelle mais probable augmentation du recours à l'assurance-chômage, notamment à la réduction de l'horaire de travail, qu'on appelle aussi chômage partiel. On y reviendra d'ailleurs lors de la discussion de cette proposition de minorité.

A mes yeux, ce qui manque un peu dans ce paquet - je l'ai déjà dit en commission -, c'est le fait qu'on ne donne pas au Conseil fédéral des compétences supplémentaires pour augmenter la durée du chômage partiel - mais cela pourra peut-être se faire plus tard.

Je ne veux pas être beaucoup plus long. Je salue aussi les 369 autres millions de francs qui sont prévus pour le tourisme, l'industrie d'exportation, la technologie, l'innovation et les transports. Je souhaite aussi dire que ce train de mesures est toutefois insuffisant, puisqu'il manque à court terme d'autres mesures. C'est la raison pour laquelle je me suis rallié à la minorité qui demande un fonds de 1,2 milliard de francs encore à disposition afin de permettre d'aider directement les entreprises - bien entendu à des conditions claires et restrictives.

Pour terminer - on n'en a pas beaucoup parlé, mais c'est aussi très important pour le consommateur et la consommatrice suisse -, il demeure indispensable qu'on prenne des mesures, et je sais que le Conseil fédéral y songe déjà, en ce qui concerne les prix des produits en Suisse, notamment par une révision de la loi sur les cartels. A l'heure actuelle, on doit le dire, même si certains importateurs font des efforts - je pense notamment à la branche automobile, qui nous fait tout plein de propositions, de primes en euros -, il y a, à l'évidence, des prix qui sont beaucoup trop hauts en Suisse. Je prendrai deux exemples: les vêtements, ainsi que les journaux et les livres, où l'on constate qu'il y a des différences de prix qui ne sont pas acceptables. Cela signifie qu'il y a des entreprises dans ce pays qui, sur le dos des consommateurs et consommatrices suisses, réalisent, en fin de compte, des plus-values qui sont scandaleuses. Bien entendu, les mesures pour soutenir l'industrie d'exportation sont extrêmement importantes, mais sur le marché intérieur, il faudra qu'on prenne des mesures pour faire en sorte que ce scandale disparaisse.

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