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Hodgers Antonio · Nationalrat · 2013-06-20

Hodgers Antonio · Nationalrat · Genf · Grüne Fraktion · 2013-06-20

Wortprotokoll

Cette initiative porte sur la croissance de la population. En effet, ces dernières années, la population suisse a crû d'environ 63 000 habitants par année. La croissance peut en soi être positive comme négative. Prenons d'abord les aspects positifs. Notre productivité a nettement été améliorée la décennie passée: nous sommes le deuxième pays au monde en termes de productivité. La créativité également est un bienfait qui vient avec la migration. Nos assurances sociales sont saines grâce aux migrants, notamment l'assurance-vieillesse qui, sans l'immigration, serait largement déficitaire, ou d'autres assurances sociales au sujet desquelles on dénonce parfois une surreprésentation des migrants. Cela est dû en réalité au fait que les migrants sont surreprésentés dans les métiers à risques - comme les métiers du bâtiment où l'on se blesse -, ce qui fait qu'ensuite on les retrouve comme bénéficiaires de ces assurances.

En somme, les étrangers en Suisse représentent 22 pour cent de la population, mais ils génèrent 27 pour cent du PIB: rien que par ce chiffre-là, on voit bien que l'apport - d'un point de vue économique du moins - des étrangers à la Suisse est largement positif. [PAGE 1153]

Là-dessus, il y a évidemment des aspects négatifs, je le reconnais volontiers. On voit que nos trains sont bondés, que les bouchons ont largement augmenté sur nos routes, qu'il est très difficile de trouver un logement, et, en tant que Genevois, je suis particulièrement sensible à cette problématique. Il est difficile de trouver un logement dans les zones urbaines. Les crèches et les écoles sont également en nombre insuffisant. Les espaces verts sont concurrencés et la pression sur le territoire se fait sentir.

En tant que membre du groupe des Verts, j'admets volontiers que la croissance n'amène pas forcément la prospérité. Un point de PIB supplémentaire n'équivaut pas forcément à un point de qualité de vie en plus. Mais, si je reconnais la pertinence de la question soulevée par l'initiative populaire de l'UDC, je me pose la question suivante: pourquoi cibler l'instrument migratoire? Est-ce que la migration est une cause ou une conséquence? C'est une conséquence, bien évidemment. Les étrangers qui arrivent dans notre pays ne sont pas passés à côté de la Suisse, ont vu de la lumière et sont entrés dans notre pays. Non! Les étrangers qui viennent dans notre pays arrivent avec un contrat de travail. Ce sont des employeurs suisses qui vont chercher les meilleurs éléments sur le marché européen. C'est cela, l'essentiel de la migration dans notre pays.

Donc, c'est bien le dynamisme économique, la volonté et la forte compétitivité de nos entreprises qui provoquent la migration. La migration n'est donc qu'un effet dont la cause est la croissance économique. Dès lors, il y a quelque chose de paradoxal dans la position de l'UDC, puisque, de sa main droite, elle dit vouloir une Suisse économiquement et fiscalement attractive; l'UDC défend des forfaits fiscaux pour les entreprises extrêmement bas, une politique entrepreneuriale extrêmement forte. Mais, de sa main gauche, l'UDC se plaint de la migration et du fait que les migrants occupent les routes, les écoles et les logements.

Il faut une conciliation dans cette politique. Prétendre que, avec une initiative pour freiner l'immigration, on va résoudre le problème, c'est comme prétendre qu'on va mieux conduire une voiture en accélérant et en freinant en même temps. Accélérer, ce serait maintenir une politique économique et fiscale extrêmement agressive sur la scène européenne, et freiner, ce serait adopter l'initiative de l'UDC pour stopper l'immigration. Cela ne va évidemment pas: on ne peut pas diriger un pays en lui donnant deux injonctions contradictoires.

Par conséquent, la solution des Verts porte sur le sens donné à notre prospérité économique. Il faut revoir notre modèle de développement; il faut concentrer le développement de notre pays sur la qualité de vie, sur des entreprises de qualité et compétitives. Au lieu de vouloir à tout prix attirer les entreprises multinationales, concentrons-nous afin de mettre plus l'accent sur les entreprises locales, sur nos PME, en mettant en oeuvre ce que les Verts ont synthétisé dans leur initiative populaire "pour une économie verte". Vous verrez qu'indirectement, sans mesures discriminatoires, sans mesures sur la migration elle-même, le nombre de migrants s'adaptera à une croissance, une croissance que l'on veut de qualité et plus durable.