Amaudruz Céline · Nationalrat · 2013-06-19
Amaudruz Céline · Nationalrat · Genf · Fraktion der Schweizerischen Volkspartei · 2013-06-19
Wortprotokoll
Inutile de nous leurrer plus longtemps: nous ne pouvons plus nous tenir à l'écart de la guerre économique et financière qui sévit sur tous les continents et dont notre pays s'est cru naïvement à l'abri. Si nous ne mobilisons pas dès maintenant toutes nos énergies, la Suisse va, en sacrifiant le secret bancaire sans contrepartie, perdre la bataille financière mondiale et se retrouver dans le camp des cocus de l'histoire. Déjà sous couvert d'une morale à géométrie curieusement variable et au mépris du respect de la sphère privée, les Etats-Unis ont obtenu au travers de l'accord FATCA la levée du secret bancaire pour leurs ressortissants, et ce sans compensation.
Et maintenant le pot de fer qu'est l'Union européenne est en passe de contraindre le pot de terre suisse à accepter un nouveau standard international d'échange automatique d'informations en matière fiscale élaboré par l'OCDE. L'objectif est clair: l'affaiblissement de la place financière suisse, ou mieux encore sa disparition. Alors il est grand temps de leur faire comprendre que nous ne céderons pas, grand temps [PAGE 1075] de faire comprendre au commissaire européen chargé de la fiscalité la différence entre un négociateur et un proconsul, grand temps de garantir l'inviolabilité de la sphère privée dans notre pays en interdisant dans la Constitution les échanges d'informations fiscales concernant les contribuables suisses. Car, ce faisant, nous donnerons aux dirigeants des Etats-Unis et de l'Union européenne une leçon de démocratie et aux ressortissants de ces pays l'envie d'obtenir les mêmes droits.
Il n'est pas étonnant que la Suisse soit devenue la cible favorite de pays qui se croient plus égaux que les autres en matière de morale. Le spectacle de notre prospérité, de notre stabilité politique, de nos droits populaires, fondements de notre démocratie, fait tache dans le paysage de la mondialisation.
Mais lorsque cette envie inspire des maîtres chanteurs pas si virtuoses que ça, exigeant l'amputation de nos droits, de nos libertés, au risque de nous arracher notre identité, apprenons à dire non! Devrais-je encore rappeler qu'alors que le monde, stupéfait, apprenait la semaine dernière que la CIA et la NSA espionnent la planète entière depuis des années, le Conseil fédéral choisissait ce moment précis pour plaider en faveur de la suppression du secret bancaire pour les comptes suisses, des Suisses, en Suisse. Et pour parfaire son opus, voici notre gouvernement qui, sans même y avoir été invité, sort de son chapeau, à la manière d'un prestidigitateur, le fort discutable rapport du groupe de travail Brunetti au sein duquel ne figurait - et c'est un comble! - aucun spécialiste des milieux professionnels intéressés et concernés, pour accélérer l'adoption de l'échange automatique de données bancaires.
Georges Orwell l'imaginait, Madame Widmer-Schlumpf le fait: "Big sister is watching you!" Une telle annonce affaiblit forcément la position de la Suisse. Ce strip-tease intégral est intolérable et frise le masochisme.
Mais il y a malheureusement toujours pire: un dernier exemple de l'Union européenne date de ce lundi; le Conseil fédéral a reçu à Berne le Commissaire européen Monsieur Algirdas Semeta venu établir un calendrier pour l'échange automatique avec la Suisse. Monsieur Semeta a prononcé avec l'assurance et l'arrogance suffisante d'un conquérant devant les micros de la presse que l'ère du secret bancaire était révolue. Notre ministre lui répond que la Suisse est d'accord avec le principe de l'échange automatique.
D'ailleurs, je me demande de quel droit Madame Widmer-Schlumpf a pris cet engagement. La voix du Parlement n'existe-t-elle plus? La Suisse serait d'accord, disais-je, selon l'intéressée, avec le principe de l'échange automatique, mais à des conditions, dont principalement l'accès des banques suisses au marché financier européen. Sur ce, Monsieur Algirdas Semeta lui rétorque que ce n'est pas son dossier. Autrement dit comprenez, selon la phrase de Jules César "veni, vidi, vici": "Je suis venu pour obtenir sans concession l'échange automatique d'informations. Tu t'inclines en premier, et quand on t'aura sucé le sang, on te jettera et on continuera à faire comme on veut." C'est affligeant!
S'adapter au monde nouveau, oui; abdiquer sans avoir négocié, non. Tant que l'Etat américain du Delaware ou les îles Caraïbes se comportent en Etats voyous, tant que Monaco, Nassau, la Chine, Singapour ou toute autre place financière ne seront pas aussi soumis au régime de la liste noire, tant que l'accès au marché européen des services financiers pour nos banques n'est pas assuré, la Suisse est en droit de défendre farouchement son industrie de banques et d'assurances qui - faut-il le rappeler - fournit 200 000 emplois et représente 10,3 pour cent de notre PIB. Les vertueux et infaillibles moralisateurs de notre conseil prêts à se coucher devant les exigences délirantes de l'étranger feraient bien d'y regarder à deux fois. Notre corne d'abondance est fêlée; n'y touchez plus, elle va se briser.