Béguelin Michel · Ständerat · 2001-06-21
Béguelin Michel · Ständerat · Waadt · Sozialdemokratische Fraktion · 2001-06-21
Wortprotokoll
La Suisse doit adhérer à l'ONU, seule organisation universelle des Etats. Le fonctionnement de l'ONU est loin d'être parfait, mais le fait que maintenant tous les Etats de la planète en font partie, à part nous, constitue une qualité unique, incomparable. Pour la première fois dans l'histoire, 99,9 pour cent de la population mondiale est liée aux grands principes de la Charte des Nations Unies, principes que nous partageons totalement, comme préserver les générations futures du fléau de la guerre, affirmer les droits fondamentaux de l'homme, favoriser le progrès social, maintenir la justice et le respect des obligations du droit international.
Ce dernier principe m'amène directement à l'aspect de la neutralité. Cet aspect jouera évidemment un grand rôle dans le débat sur l'adhésion. Il faut donc l'examiner à fond, dans toutes ses composantes, sans le surévaluer ni le sous-estimer.
La neutralité n'est qu'un moyen d'assurer notre sécurité, moyen qui a beaucoup évolué dans l'histoire et qui va encore beaucoup évoluer. Surtout, il faut préciser que la neutralité n'est pas un don du ciel exclusivement réservé à la Suisse. D'autres petits pays l'ont pratiquée, avec la même rigueur que nous, respectant scrupuleusement les termes de la Convention de La Haye de 1907, ce qui ne les a pas empêchés d'être entraînés dans la guerre. Cela a été le cas, par exemple, de la Belgique et de la Hollande. Pour ces deux petits pays comme le nôtre, la neutralité n'est pas la panacée, ils en ont fait la très douloureuse expérience.
Une condition impérative de la neutralité est la reconnaissance des autres: on ne peut être neutre que par rapport aux autres. Et où cette reconnaissance peut-elle le mieux se manifester? Précisément au sein de l'organisation qui rassemble tous les Etats de la planète et qui sont tous d'accord de respecter le droit international. Refuser d'adhérer à l'ONU au nom de la neutralité signifierait que la Suisse se considère comme différente des autres Etats neutres déjà membres de l'ONU - l'Autriche, la Suède, l'Irlande, la Finlande - et comme au bénéfice d'une sorte de superneutralité qui lui donnerait le privilège de planer au-dessus du droit international reconnu. Cette attitude serait à terme très négative pour notre pays et son image.
Par ailleurs, la neutralité devient de plus en plus relative. Quand tous les pays de la planète condamnent l'agression irakienne contre un petit pays, le Koweït, la Suisse ne peut que se joindre à cet ensemble, elle ne peut pas, seule, continuer à commercer avec l'Irak comme si de rien n'était. En restant absolument neutre, elle donnerait une prime à l'agresseur, ce qui serait parfaitement intolérable, moralement et par égard pour tous les petits pays. C'est ça le droit international et c'est son application qui fixe le cadre de la neutralité.
Celle-ci, toujours utile à travers son principe de non-participation aux conflits, évolue obligatoirement. En 1907, lors de la rédaction de la Convention de La Haye, les frontières physiques des pays étaient une réalité presque absolue. Maintenant, avec les avions, les satellites, les fusées, les ondes, Internet, les radiations nucléaires, etc., les frontières n'ont bientôt plus de sens. Et plus les frontières s'effacent, plus la neutralité perd, elle aussi, de son sens absolu. Mais c'est la collaboration internationale qui gagne du terrain, et c'est tant mieux! Toute la difficulté consiste à montrer cette évolution à la majorité de notre population, pour laquelle la neutralité est souvent encore un mythe quasi intangible.
Un autre argument contre l'adhésion que l'on entend souvent est la question du coût. Même si, personnellement, je considère que cet argument est dérisoire, il ne doit pas être négligé durant la campagne. Une seule réponse convient à cet argument matérialiste des coûts, une réponse tout aussi matérialiste d'ailleurs: la Suisse sera certainement le pays de l'ONU qui bénéficiera le plus des retours d'investissement grâce aux nombreuses institutions onusiennes déjà installées sur notre sol. En passant, je vous rappelle l'importance de la Genève internationale pour notre pays; c'est une vitrine incomparable.
En conclusion, je vous invite à accepter l'initiative pour l'adhésion de la Suisse à l'ONU et à vous engager totalement dans la campagne pour convaincre nos concitoyens.