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Langenberger Christiane · Ständerat · 2001-06-21

Langenberger Christiane · Ständerat · Waadt · Freisinnig-demokratische Fraktion · 2001-06-21

Wortprotokoll

Je crois que M. Bürgi l'a dit, ce n'est jamais simple d'intervenir quand on n'est pas membre de la commission saisie de l'objet et qu'on n'a pas eu accès à toutes les informations fournies par les experts. Néanmoins, j'aimerais m'adresser tout particulièrement à M. Wenger, d'une part, et m'exprimer sur la neutralité telle qu'elle est perçue en Suisse romande, d'autre part; M. Bürgi a d'ailleurs évoqué le chemin qui était encore à parcourir jusqu'au moment de la votation. Evidemment que là, nous aurons encore un sacré chemin à parcourir pour que l'ensemble de la population soit informé.

J'aimerais rappeler à M. Wenger que, contrairement à ce qu'il a dit, il me semble que l'ONU a énormément évolué ces dernières années non seulement en raison de son caractère universel, mais aussi en raison du poids accru des organisations multilatérales très actives au vu surtout de la mondialisation. C'est ainsi que l'ONU rénovée, affranchie de la tutelle hégémonique d'une seule puissance, est devenue l'enceinte privilégiée pour l'ensemble des relations internationales, une évolution qui a rendu caduque la distinction faite autrefois entre l'ONU politique et l'ONU technique.

On y aborde, et cela a été dit jusqu'à présent, tous les problèmes, les sujets fondamentaux communs: maintien de la paix, respect des droits de l'homme, égalité des races et des sexes, Etat de droit. Sous l'impulsion de son secrétaire général, Kofi Annan, de nouveaux partenaires et de nouveaux partenariats ont été recherchés avec les ONG, la société civile, des entreprises, des universités, susceptibles de trouver des réponses aux grands problèmes de l'humanité: la misère, la détérioration de l'environnement, l'évolution démographique, la sécurité, les problèmes de santé. Nous en aurons une nouvelle preuve lundi prochain puisque l'ONU consacre son Assemblée générale au problème du sida qui nous dépasse actuellement totalement et qui est un problème de santé, mais qui, au-delà, est un problème d'aide au développement, de lutte contre l'ignorance et la pauvreté. Je parle de l'Assemblée générale de lundi prochain concernant le sida.

Même si l'on peut regretter que les Etats membres de l'ONU restent peu actifs face aux besoins surtout matériels et de modernisation de l'organisation mondiale, je pense que nous devons lui faire confiance et que si elle n'existait pas, nous sommes tous convaincus que nous devrions l'inventer.

L'ONU n'a pas été à l'abri des grands bouleversements qui ont caractérisé le XXe siècle et qui étaient liés à une perte de repères en matière de sécurité, à un affaiblissement de l'Etat et du concept de souveraineté, au rôle croissant des acteurs non étatiques, à la suprématie des Etats-Unis ou encore aux difficultés de l'Europe d'organiser sa politique de sécurité. Mais quel que soit l'avenir de l'ONU, il paraît de plus en plus anachronique, et je répète ce qui a été dit ici, que la Suisse n'en fasse pas partie et se contente d'un rôle d'observateur, tout en payant une contribution non négligeable.

J'irai plus loin. La Suisse donnerait ainsi au monde entier l'impression qu'elle fait tout mieux, arborant sa sacro-sainte neutralité comme un bouclier la protégeant de toute ingérence, au nom d'un culte presque mythique que certains lui vouent. C'est oublier plusieurs facteurs. La neutralité ne doit [PAGE 455] en aucun cas devenir un obstacle aux engagements nécessaires au maintien de notre propre sécurité. C'est bien une des raisons de notre politique de sécurité par la coopération.

La neutralité armée est un instrument de politique gouvernementale pour le seul cas où il y aurait lieu de prendre nos distances par rapport à un risque de conflit entre nos amis immédiats, nos voisins. La neutralité solidaire est celle qui nous lie depuis des siècles, tendant à ne pas se mêler des affaires des autres tant entre nos cantons qu'à l'étranger, sauf si nous sommes appelés et capables d'apporter des mesures concrètes d'apaisement des conflits.

Notre neutralité apparaîtra toujours à l'étranger comme un signe d'égoïsme étatique, si nous ne la compensons pas en permanence par une effort considérable pour la préservation de la paix. C'est même notre seule chance de nous faire comprendre.

Ainsi définie, la neutralité autorise notre pays à s'associer au Partenariat pour la paix de l'OTAN, à participer aux opérations de maintien de la paix avec des soldats armés et à devenir membre à part entière de l'ONU.

M. Wenger a dit que nous ne participions pas à des affaires incompatibles avec des sanctions économiques. Je rappelle que précisément nous participons tout simplement parce que nous ne pouvons pas faire autrement déjà aujourd'hui, même si cela parfois nous dérange, comme dans le cas de l'Irak, où nous savons que c'est essentiellement la population civile qui est touchée et qui souffre actuellement. Nous ne pouvons absolument pas faire cavalier seul, étant donné que l'ensemble de la communauté internationale a décrété cet embargo.

Une sauvegarde durable et sur le plan multilatéral des intérêts de notre pays ne peut se faire que s'il est représenté sur un pied d'égalité dans les organes principaux de l'ONU. C'est aussi un moyen essentiel de renforcer notre indépendance et notre capacité d'action, alors que la mondialisation multiplie les interdépendances.

A cet égard aussi, encore une fois, un mot à M. Wenger. Vous avez dit tout à l'heure que c'était finalement surtout pour nos diplomates et pour nos fonctionnaires que nous allions de l'avant dans ce dossier d'adhésion. Je rappellerai qu'aujourd'hui, si nos milieux économiques s'engagent à fond dans la campagne en vue de la votation sur l'adhésion de la Suisse à l'ONU, c'est bel et bien parce que nous savons que nous avons des intérêts politiques et économiques à défendre et que nous venons de mettre des années à redorer l'image de notre pays ternie à la suite des affaires en relation avec l'holocauste.

Je vous demande donc bien entendu d'accepter l'initiative populaire "pour l'adhésion de la Suisse à l'ONU".