Mugny Patrice · Nationalrat · 2001-09-17
Mugny Patrice · Nationalrat · Genf · Grüne Fraktion · 2001-09-17
Wortprotokoll
Je salue ici la prestation de M. Chevrier qui a bien retranscrit ce qui se passait, en tout cas pour les réunions où j'étais parce qu'il y a eu les réunions de la Commission de gestion et les réunions qui mélangeaient la sous-commission 8 de la Commission des finances, qui s'occupe du département de M. Leuenberger, président de la Confédération, et la Commission de gestion.
Lorsque l'on parle de la libéralisation, voire de la privatisation de certains secteurs publics, on imagine souvent une sorte de guerre de tranchées entre une droite déterminée à tout libéraliser et une gauche qui défend avec force le maintien des régies publiques dans le giron de l'Etat. Eh bien, en fait, ce clivage n'a pas été si clair. Il est bien réel lorsque l'on est dans la théorie, mais dans cette affaire-là on voit - c'est heureux d'ailleurs - que des élus de tous les bords se préoccupent des conséquences de ces libéralisations. Mais il est parfois un peu tard et l'on assiste à des discussions dignes de Kafka. Je vais prendre un exemple très concret: le lundi 3 septembre dernier, des membres des Commissions des finances et de gestion des deux Chambres s'étaient réunis pour discuter avec la direction de la Poste, et en particulier avec M. Gygi, son directeur. Et l'on a vu cette scène, un peu ahurissante pour moi, où plusieurs intervenants, et en [PAGE 978] particulier un éminent conseiller aux Etats démocrate-chrétien valaisan, demandaient au socialiste Gygi pourquoi il souhaitait augmenter si vite la rentabilité de la Poste et pourquoi il n'envisageait pas de solliciter le budget de la Confédération lorsque des tâches d'intérêt public sont à l'évidence déficitaires et destinées à rester déficitaires si l'on entend maintenir ces prestations pour l'ensemble de la population. Et on voyait M. Gygi qui s'entêtait à défendre son objectif de faire de la Poste le plus rapidement possible une régie produisant des bénéfices importants, allant donc au-delà même des exigences du Conseil fédéral. Donc, M. Gygi demandait aux parlementaires de le laisser poursuivre sur sa voie et les parlementaires que nous étions étaient renvoyés à leur impuissance. Et de toutes les manières, durant toutes ces réunions qui se sont succédé à propos de la Poste, de Swisscom et des CFF, il nous a été rappelé avec une constance sans faille que nous n'avions rien à dire, que l'avenir de ces régies ne nous concerne plus.
Alors, je pense qu'il faut le dire très simplement. Même des élus venant de partis pourtant favorables aux privatisations seront, je l'espère, d'accord: ce Parlement a commis une erreur lorsqu'il a réduit jusqu'à l'insignifiance le contrôle du Parlement sur la Poste, les CFF et Swisscom. Je pense qu'il faudrait reprendre cette affaire, qu'il faudrait examiner de quelle manière il serait possible de rendre certaines prérogatives à ce Parlement. Sinon je crois que je peux prédire sans beaucoup de risque de me tromper qu'il va nous être de plus en plus difficile d'expliquer aux habitants de ce pays pourquoi nous laissons quelques ex-hauts fonctionnaires très grassement payés décider tout seuls, comme s'ils étaient des patrons d'entreprises privées, de l'avenir de services qui sont apparemment encore publics. Ou alors, disons-le haut et fort, ce Parlement devrait se désintéresser définitivement du sort de la Poste, des CFF et de Swisscom. Il peut aussi envisager de se désintéresser des autres secteurs de service public et on transformerait ce Parlement en une amicale!