Dupraz John · Nationalrat · 2001-09-19
Dupraz John · Nationalrat · Genf · Freisinnig-demokratische Fraktion · 2001-09-19
Wortprotokoll
Je crois qu'après ce long débat, il n'y a pas grand-chose à rajouter. Les opinions sont faites et ce ne sont pas les propos que je vais tenir maintenant qui vont faire changer d'avis les gens.
Je reste convaincu que l'ONU est une bien belle institution, la seule institution universelle qui regroupe tous les pays de la planète, sauf la Suisse, pour discuter les problèmes du monde. Certes, cette institution est imparfaite et elle doit encore être améliorée. On a entendu, au cours de ce débat, critiquer notamment le droit de veto des grandes puissances; il a été expliqué que c'est un héritage de l'histoire. Je trouve qu'il est bien de critiquer ce droit de veto et qu'il n'est peut-être plus tout à fait adapté à notre temps, mais si on veut changer les choses, il faut aller dans l'institution et pouvoir en discuter. Et ceux qui critiquent en disant: "Quand elle se sera réformée, nous adhérerons!" sont des gens qui me font penser à ces joueurs de football de 5e ligue qui veulent [PAGE 1033] expliquer comment les joueurs de ligue nationale A doivent bien jouer pour gagner les matches. Pour gagner les matches, il faut être sur le terrain!
Je voudrais revenir sur ce que certains ont dit, notamment M. Fehr Hans. Je dois dire, Monsieur Fehr, que vous ne manquez pas de culot lorsque vous dites que l'adhésion à l'ONU est un premier pas pour l'adhésion de la Suisse à l'Union européenne et à l'OTAN! Ce sont des processus totalement différents qui n'ont rien à voir les uns avec les autres. Il n'y a aucun lien entre une éventuelle adhésion de la Suisse à l'ONU et une adhésion de la Suisse à d'autres institutions. Je trouve que c'est mensonger que de tenir de tels propos. Il n'en est rien du tout.
Je dois dire que nous avons eu des explications circonstanciées de M. Mörgeli, distingué historien. Mais à l'entendre, il me fait penser à un conducteur d'automobile qui veut avancer vers l'avenir et qui ne ferait que regarder dans ses rétroviseurs. Si on veut voir les virages et les obstacles sur la route, il faut regarder devant et pas seulement dans ses rétroviseurs. M. Mörgeli a critiqué tous les défauts, toutes les imperfections de l'ONU. Mais on oublie de parler de l'action de l'ONU et de ses organisations pour la paix et la sécurité dans le monde, pour la promotion de la stabilité économique. Et si M. Blocher veut faire du business dans le monde, il faut une stabilité économique!
On n'a pas parlé de la promotion d'un développement social harmonieux, à laquelle s'emploie l'ONU, de la promotion des droits de l'homme, de l'Etat de droit et de la démocratie, ainsi que de la protection des ressources naturelles. Comment voulez-vous traiter de ces problèmes en restant en dehors de l'ONU?
Je rappelle encore que les organisations spécialisées de l'ONU, auxquelles nous participons, s'occupent aussi bien de culture, d'éducation, de santé, de développement industriel, d'aviation, de météorologie, etc., donc de tout ce qui nous concerne. Alors, nous participons à toutes ces organisations spécialisées, mais nous ne voulons pas participer à l'Assemblée générale, à l'institution faîtière, qui prend les décisions! Cela est totalement inadéquat par rapport à la situation d'aujourd'hui, puisque nous vivons dans un monde globalisé où on parle d'économie mondiale.
Je dirais que, dans ce débat, les opposants axent leur argumentation sur la neutralité et la souveraineté. Or, je considère que, en faisant référence à la neutralité et à la souveraineté, les gens sont totalement tétanisés par ces deux concepts, ils sont un peu comme le lapin devant le serpent qui va les avaler. Ils sont complètement paralysés, en disant: "La neutralité, la souveraineté! On ne peut pas aller dans cette grande organisation mondiale!" Or, exprimer sa souveraineté, c'est décider, c'est participer aux décisions qui concernent le monde entier, qui concernent donc la Suisse. Quant à la question de la neutralité, je crois que M. Fischer l'a très bien expliquée. Rien ne nous empêche de préserver, de conserver, de faire référence à notre neutralité en adhérant à l'ONU. Cela a été bien expliqué: même si des sanctions militaires sont prises, chaque pays doit ensuite les décider par ses propres organismes. Vous savez très bien que, suite à la votation populaire du 10 juin dernier, nous ne pouvons pas participer à des opérations armées d'imposition de la paix. Donc, de ce côté-là, le droit nous garantit cela.
La neutralité, ce ne sont pas les trois singes d'Asie: ne rien voir, ne rien entendre, ne rien dire! Ce n'est pas ça! La neutralité, c'est une neutralité où nous avons des idées, où nous avons des projets, où nous prenons position. Déjà aujourd'hui, nous appliquons les sanctions économiques que décide l'ONU et on ne peut pas dire que notre neutralité nous empêche d'agir et de prendre position dans le monde.
Nous sommes tous ici des patriotes. Nous aimons notre pays. Je dois dire que, si nous aimons notre pays, à la limite je conçois qu'on ne puisse pas se rallier au projet d'adhésion à l'ONU; mais alors, faire des propositions telles qu'elles ont été faites par la minorité de la commission, ce sont des propositions castratrices puisque la proposition subsidiaire Mörgeli nous empêcherait actuellement, si on l'adoptait, d'agir comme la Suisse le fait et, notamment, de se joindre aux sanctions économiques prises par l'ONU. Il nous faut donc rejeter toutes ces propositions de minorité.
Quant aux propositions présentées par les groupes socialiste, démocrate-chrétien et radical-démocratique, en faisant référence aux articles de la constitution qui évoquent la neutralité et la sécurité du pays, je crois qu'elles sont bienvenues. Nous n'en avons pas encore discuté en commission, mais je crois que nous devons voter ces propositions pour bien démontrer au pays que la neutralité n'est pas un empêchement d'adhérer à l'ONU.
En terminant, je citerai M. Frey, qui me disait au début de cette session: "Nous sommes parmi les courges", en faisant allusion à la magnifique décoration qui est en bas de ce pupitre. J'inviterai mon collègue paysan, M. Beck, avec notre Conseil, à sortir du champ de courges et à adhérer à l'ONU!