Roth-Bernasconi Maria · Nationalrat · 2012-03-14
Roth-Bernasconi Maria · Nationalrat · Genf · Sozialdemokratische Fraktion · 2012-03-14
Wortprotokoll
La crédibilité de la BNS est en jeu, mais aussi celle de tout notre système financier, qui apparaît déconnecté de la réalité. Car quel est ce système qui permet de gagner, en spéculant la nuit - en dormant, quasiment - ce qu'un travailleur ou une travailleuse touche en plusieurs années de labeur? Ce système, en tout cas, [PAGE 410] atteint aujourd'hui ses limites, témoin les crises financières, les inégalités de salaire - très fortes dans la finance - et les menaces que celles-ci posent pour toute notre société et toutes nos institutions.
En parlant de crédibilité, quelle est celle des accusateurs de Philipp Hildebrand? Difficile en effet de croire que ceux-ci étaient mus par de nobles motifs d'ordre moral ou légal. Comme par hasard, ce sont les mêmes qui tirent depuis longtemps sur la BNS parce qu'ils ne goûtent que peu à sa politique monétaire. Ce sont les mêmes qui n'apprécient pas davantage les positions défendues par l'ancien président de la BNS à l'endroit des "too big to fail".
Comme l'écrit très justement et très drôlement notre collègue Philipp Müller dans la "Sonntags-Zeitung", le nouveau président de la BNS devrait, pour plaire à ces messieurs, respecter des interdictions qui ne sont ancrées nulle part, éviter de jouer un rôle international d'envergure et, surtout, surtout, ne pas avoir de femme, ô horreur, indépendante et professionnellement active!
Certes, une telle fonction exige d'être irréprochable, et Madame Hildebrand a fait preuve de désinvolture - même si la transaction en cause ne s'est pas avérée contraire à une quelconque règle. Mais il est permis de questionner la bonne marche institutionnelle d'un système où quelques puissants font tomber quelqu'un de compétent, pour des motifs qui tiennent plus à de la jalousie qu'au respect des institutions. Tout en entretenant, à coup de discours populistes, la méfiance envers ces mêmes institutions, et en refusant d'agir pour assainir, en profondeur, le système financier.
Selon l'avis de droit du professeur Richli, le partage actuel des responsabilités dans le domaine de la surveillance respecte l'indépendance de la BNS en matière monétaire, indépendance inscrite dans la Constitution. Faut-il modifier cette dernière? A nous, parlementaires, et au peuple d'en décider. Il serait en tout cas intéressant de savoir si cette indépendance concerne la seule politique monétaire, et non le fonctionnement de la banque, notamment en ce qui concerne la bonne gouvernance et les règles en matière de "compliance".
Comme certains l'ont voulu, l'image de la BNS est aujourd'hui ternie. Il s'agit donc de s'assurer que les membres de sa direction ne puissent plus tendre le bâton pour se faire battre. En parallèle du nouveau règlement interne approuvé par la BNS, le Conseil fédéral a instauré un groupe de travail, sous la direction de l'Office fédéral du personnel, afin d'analyser les règles visant à prévenir l'utilisation abusive d'informations privilégiées au sein de l'administration et des entreprises autonomes de la Confédération. Cette démarche va dans le bon sens. Car les "affaires" telles que celle que nous avons vécue sont nuisibles aux institutions et, au final, à toute la Suisse.