Recordon Luc · Ständerat · 2012-12-06
Recordon Luc · Ständerat · Waadt · Grüne Fraktion · 2012-12-06
Wortprotokoll
Madame Fetz, mon éminente voisine de banc, a certainement raison à bien des égards en ce qui concerne la politique agricole intérieure. Si l'on veut réaliser ce qu'elle appelle le "mythe" de la souveraineté alimentaire, il y a encore beaucoup de chemin à faire. Mais, sans vouloir en appeler aux mânes de Friedrich Traugott Wahlen, je rappelle qu'il est des situations pour lesquelles nous devons être préparés, pour lesquelles en effet cette stratégie doit être prévue. Il faut se rapprocher de cet objectif. Dans ce sens-là, il s'agit non pas d'un mythe, mais d'un objectif à long terme et de faire preuve d'une certaine prudence.
A ce titre, je trouve que la formulation ouverte du projet du Conseil fédéral n'a rien de faux. Elle est probablement incomplète sous deux angles. D'une part, elle ne mentionne aucune ligne stratégique très précise - mais je fais confiance au Conseil fédéral pour fournir des précisions, en particulier pour aller dans le sens de plusieurs des remarques que vient de faire Madame Fetz à propos de l'affourragement à l'extérieur, de la nécessité de garantir des cultures vivrières, notamment en ce qui concerne les fruits et légumes. Cela me paraît juste.
D'autre part, il faut aussi soulever la question de la nécessité de garder des compétences: il ne faut pas totalement - dans la tendance générale, sur une très longue durée, de réduction du nombre d'exploitations agricoles - perdre les compétences nécessaires. Il faut que notre pays soit capable au besoin de réaugmenter ses capacités de production agricole intérieures. Je ne pense pas que la Suisse puisse être totalement indépendante sur ce plan; je ne pense pas non plus qu'il soit forcément nécessaire de prévoir une indépendance totale de notre pays sur le plan de l'approvisionnement en denrées alimentaires, mais la souveraineté alimentaire suppose en tout cas de ne pas se mettre en état de dépendance extrême dans les situations extrêmes.
L'autre dimension qui manque à mon avis dans la réflexion, et notamment en fonction de cette proposition de la minorité, c'est la dimension internationale. Il y a quand même quelque chose à dire sur le fait que les pays les plus prospères, dont le nôtre, mais on peut prendre aussi l'exemple de la Chine - le cas est bien connu, notamment le phénomène d'accaparement des terres qui a été évoqué durant cette session dans ce conseil - tendent à exploiter de manière totalement exagérée les ressources vivrières et agricoles de pays qui auraient bien besoin de pouvoir les conserver et les développer.
Voilà la dimension internationale de la souveraineté alimentaire! Je reconnais qu'elle ne transparaît pas dans la définition légale, et c'est tout à fait regrettable, mais je crois que si nous admettons la légitimité de la souveraineté alimentaire pour nous, nous ne pourrons pas éviter de l'admettre réciproquement pour les pays qui en ont le plus besoin. Je ne pense pas que ce soit là l'alpha et l'oméga de ce que nous devons faire dans ce domaine, mais nous inscrivons dans la loi un principe qui est certainement appelé à connaître un développement important.
Je vous demande ainsi d'en rester au texte proposé et de rejeter la proposition de la minorité qui demande de biffer l'alinéa 4.