Lexipedia

Roth-Bernasconi Maria · Nationalrat · 2009-03-20

Roth-Bernasconi Maria · Nationalrat · Genf · Sozialdemokratische Fraktion · 2009-03-20

Wortprotokoll

La participation aux élections est sans conteste la forme la plus importante d'implication politique, la pierre angulaire de toute démocratie représentative. Or l'un des grands principes d'une démocratie comme la nôtre, c'est l'universalité de l'accès aux urnes, indépendamment du genre. Si cet accès est garanti aux Suissesses depuis près de quarante ans, la participation électorale des citoyennes ne se concrétise pas à l'égal de celle des citoyens. Bien au contraire, l'écart se creuse. En [PAGE 571] diminution constante depuis 1971, il augmente depuis le début des années 1990 y compris chez les jeunes.

Certes, la participation globale aux dernières élections fédérales n'atteint que 48 pour cent; certes, la représentation politique des femmes qui constituent 29,5 pour cent des élues au Conseil national et 21,7 pour cent au Conseil des Etats reste à améliorer - la parité est loin d'être acquise -, mais la participation globale et la représentation des femmes ont toutes deux tendance à augmenter ces dernières années. A l'inverse, l'inégalité croissante entre la participation des femmes et des hommes rend ce problème préoccupant. Il s'agit donc de s'en occuper en priorité.

La présente motion, déposée par Madame Maury Pasquier alors conseillère nationale, charge le Conseil fédéral de lancer une campagne de sensibilisation à l'égard des femmes pour promouvoir leur participation lors des prochaines élections fédérales. Dans sa réponse, le Conseil fédéral déclare l'idée séduisante. Il a du reste lui-même proposé en 2001 une modification de la loi fédérale sur les droits politiques destinée à y inscrire un article sur des campagnes d'information de ce type, modification que le Conseil national a largement soutenue en 2002, mais que le Conseil des Etats a rejetée de justesse, et qui a échoué en Conférence de conciliation. En 2007, le Conseil fédéral a proposé de rejeter la présente motion au simple motif qu'il ne restait pas assez de temps pour créer une nouvelle base légale et, partant, pour attribuer les fonds nécessaires à des campagnes de sensibilisation destinées aux femmes.

Aujourd'hui, nous sommes à deux ans de la prochaine échéance: le Conseil fédéral a largement le temps d'agir, et il est grandement temps d'agir. Notre conseil l'avait déjà compris en 2002. Il s'agit maintenant d'inscrire dans la loi notre volonté d'informer l'électorat, notamment féminin, sur la participation politique des femmes, comme le recommande le plan d'action de la Suisse "Egalité entre femmes et hommes", adopté en 1999 par le Conseil fédéral. Informer et sensibiliser, c'est essentiel et c'est ce que prévoit cette motion. Pour que le message touche un maximum de monde, il faut donner à cette démarche de vrais moyens qui vont au-delà des efforts actuels du Conseil fédéral et de la Chancellerie fédérale, efforts réservés à un public d'initiés.

En complément, il s'agit aussi bien sûr d'agir sur les causes, identifiées par les spécialistes, de la moindre participation des femmes à la politique. L'intérêt pour la politique demande du temps: les femmes cadres, comme les mères de famille des classes moyennes ou défavorisées, n'ont tout simplement pas la disponibilité requise. Concilier boulot, marmots et plumeau, c'est déjà bien assez ardu! Abstraction faite des barrières matérielles, il est des obstacles symboliques qui n'en sont pas moins très réels. Pour beaucoup, la politique reste une affaire d'hommes. Les jeunes femmes peinent à se reconnaître dans le terme d'"homme politique" et à trouver d'autres modèles que la femme portant des jarretelles ou reprisant des chaussettes, très à la mode ces derniers temps! Une récente étude vient confirmer le sexisme des médias, dont on savait déjà qu'ils aggravent la sous-représentation des femmes en politique.

En guise de contribution immédiate, concrète et modeste à l'égalité entre femmes et hommes en politique, je vous invite, chers - et chères - collègues, à soutenir cette motion par laquelle le Conseil fédéral est prié de bien vouloir faire un petit pas pour que la Suisse reste un modèle de démocratie. Car, comme le rappelle la Déclaration universelle sur la démocratie (ch. 4): "Il ne saurait y avoir de démocratie sans un véritable partenariat entre hommes et femmes dans la conduite des affaires publiques où hommes et femmes agissent dans l'égalité et la complémentarité, s'enrichissant mutuellement de leurs différences."