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Couchepin François · 1999-12-15

Couchepin François · 1999-12-15

Wortprotokoll

"Ils allaient silencieux dans la nuit solitaire." Ce vers de Virgile, certains d'entre vous l'ont entendu il y a plus d'un an dans la bouche d'un autre radical valaisan. Il commençait son temps au Conseil fédéral, je finis le mien. Je pense que Pascal Couchepin ne m'en voudra pas de lui avoir emprunté cette citation qui définit si bien le rôle du chancelier.

Solitaire, on l'est, puisqu'on est unique. En effet, le système le veut: il y a sept conseillers fédéraux, mais il n'y a qu'un seul chancelier de la Confédération. Silencieux, il faut l'être pour assurer au collège la sérénité nécessaire à son travail, le calme indispensable à sa prise de décision, le respect utile à sa recherche de consensus. Le chancelier ne doit pas être populaire, mais il doit aider les conseillers fédéraux à l'être. Il ne doit pas être partisan, mais il doit soutenir la politique du Gouvernement, il ne doit pas être sous les projecteurs, mais il doit porter la lumière sur l'exécutif. Cette tâche est celle d'un chef d'état-major, pas celle d'un général. Et c'est cette tâche à laquelle je me suis voué depuis huit ans et demi avec beaucoup de bonheur, entouré de collaborateurs exceptionnels que je tiens à remercier ici très chaleureusement pour leur effort.

Ces années au service du pays m'ont permis d'en mesurer les forces et les faiblesses. Pour les faiblesses, je pense qu'il suffit de se rapporter à la presse du dimanche. Mais pour nos forces, en revanche, je pense qu'il faut mettre en évidence notre volonté permanente de négocier. Partout ailleurs, une majorité lutte contre une opposition. Ici, chacun s'efforce encore - est-ce pour longtemps? - d'écouter l'autre, de chercher la solution de compromis acceptable par tous, dans l'intérêt général, et non pas dans la recherche du plus petit dénominateur commun.

A l'heure de mon départ, j'appelle votre assemblée, et à travers elle toutes les forces du pays, à ne pas mépriser cette vertu, ce talent unique. Avant de vivre de ses banques et de son chocolat, la Suisse vit de ce consensus. Cela ne veut pas dire qu'il faille renoncer à défendre vivement ses idées. Aucun dialogue digne n'est possible si les protagonistes n'affirment pas leur position. Cela veut dire en revanche qu'il n'est pas bon de jouer avec un lance-flammes quand on est dans une mer d'huile. Comme Voltaire, je ne suis pas d'accord avec ce que disent certains, mais je me battrai pour qu'ils puissent le dire.

En huit ans, j'ai eu à enregistrer 47 initiatives constitutionnelles, sans compter les référendums. Si je compte le temps où je les enregistrais comme vice-chancelier, il y en a 94. C'est beaucoup. Certains s'inquiètent de cet usage croissant des droits populaires. Ce n'est pourtant que l'expression d'un désarroi accru, d'une inquiétude plus grande de nos compatriotes devant un monde qui change très vite. A mon avis, il est bon que ces sentiments puissent s'exprimer, et même si le peuple dans ses angoisses n'a pas toujours raison, il doit garder le dernier mot. Le souverain a les droits suprêmes. Il a donc également le droit de se tromper, mais il s'est rarement trompé. Notre système permet d'ailleurs heureusement de corriger ces éventuelles erreurs.

Sur l'ONU, sur l'Europe, sur la réforme du Gouvernement et du Parlement, le souverain devra sans doute se prononcer une nouvelle fois. A ma place retrouvée de simple citoyen, mais toujours passionné de politique, je me battrai pour que le peuple revienne de ce que je considère comme des erreurs passagères, et surtout pour qu'il ne cède plus aux peurs qu'exploitent si bien certains de nos concitoyens.

La Suisse que j'aime, celle pour laquelle je me bats et je me battrai encore, est ouverte et dynamique. Ses citoyens ont le goût d'entreprendre, d'aller de l'avant, d'inventer, voire de prendre des risques. L'histoire, disait Gorbatchev, se venge souvent de ceux qui viennent trop tard. Depuis quelques années, peut-être un peu trop béatement installés dans notre confort, nous avons accumulé un certain retard. Il nous faut réagir maintenant pour éviter la vengeance de l'histoire. Je pense que votre assemblée est le lieu idéal pour réaliser cette ouverture et convaincre les Suisses de sa nécessité.

En vous remerciant, Monsieur le Président, pour votre message amical, et peut-être un peu trop laudatif, je dis également à l'Assemblée fédérale ma gratitude. Il me reste à conclure. J'emprunte ma conclusion à Giraudoux qui disait: "Comment cela s'appelle-t-il, lorsque tout est fini et qu'on espère encore? Cela porte un très beau nom, cela s'appelle l'aurore." Voilà, j'ai commencé mon discours avec les vêpres de Virgile, je l'achève par des laudes: l'aurore que votre assemblée, que notre Gouvernement et que mon ou ma successeur feront se lever demain n'aura tout de même pas la même couleur pour moi, mais je me réjouis déjà, observateur un peu plus serein, d'en observer les reflets et la lumière. (Applaudissements)

[VS]

Präsident (Seiler Hanspeter, Präsident): Ich danke Herrn Bundeskanzler Couchepin für seine freundlichen Worte, und ich wünsche ihm nochmals für seine Zukunft von Herzen alles Gute.

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