Hêche Claude · Ständerat · 2014-03-13
Hêche Claude · Ständerat · Jura · Sozialdemokratische Fraktion · 2014-03-13
Wortprotokoll
Dans ce dossier, nous avons un élément qui est indispensable et un autre qui l'est un peu moins. Ce qui est indispensable, ce sont les travaux de réfection dans le tunnel actuel, notamment afin d'en améliorer la sécurité, et ce qui l'est moins, c'est la construction d'un second tube.
Il a en effet été démontré que la fermeture du tunnel lors des travaux, avec une longue ouverture estivale, serait une solution possible, moins onéreuse, mais - il est vrai - pas sans incidence pour les utilisateurs permanents et l'économie régionale. La construction d'un nouveau tube routier au Saint-Gothard soulève les questions suivantes.
En tout premier lieu, un tel choix serait un signal contradictoire vis-à-vis de notre politique de transfert du trafic marchandises à travers les Alpes. Un tel choix reviendrait à admettre que nous renonçons à l'objectif de transit, autrement dit que nous renonçons à appliquer la Constitution fédérale. Comme nous le rappelle le rapport sur le transfert du trafic 2013, nous devrions abaisser le nombre de courses à travers les Alpes à 650 000 et nous en sommes quasiment au double encore aujourd'hui.
Deuxièmement, la population de notre pays s'est clairement et régulièrement prononcée en faveur d'un développement prioritaire du rail - excusez-moi de procéder à ce rappel. Elle a dit oui à Rail 2000 en 1987, aux nouvelles transversales alpines en 1992, à l'initiative des Alpes en 1994, au Fonds pour les grands projets ferroviaires en 1998 et au financement et à l'aménagement de l'infrastructure ferroviaire le 9 février 2014. Naturellement, ces marques de soutien au rail ne traduisent pas en soi une hostilité aux investissements routiers. Elles indiquent cependant une orientation qui incite à une certaine modération dans le développement du réseau routier.
La question routière est justement ma troisième réflexion. La consultation sur le Fonds pour les routes nationales et le trafic d'agglomération qui vient de s'ouvrir démontre, indépendamment de la question de l'assainissement de l'actuel tunnel du Saint-Gothard, les énormes besoins nécessaires pour l'entretien, l'achèvement et le développement du réseau des routes nationales. L'ampleur de ces besoins est d'ailleurs tel que le Conseil fédéral propose de renoncer, pour l'instant, à prendre en compte les aménagements urgents, dont le financement était lié à l'augmentation du prix de la vignette. Il s'agit par exemple et notamment du contournement de Morges et de la Glatttalautobahn.
Tout en privilégiant les aspects de sécurité, on ne peut faire abstraction du fait qu'à ce jour, c'est-à-dire avant la mise en service du nouveau tunnel ferroviaire de base, cet axe routier, complexe - il est vrai -, affiche le passage de 17 000 véhicules par jour. Tout en étant conscient de l'importance du tunnel routier du Saint-Gothard, je dois en parallèle constater que plusieurs tronçons de route encombrés doivent écouler un trafic qui dépasse 100 000 véhicules par jour. Aussi, et dès lors que d'autres solutions sont possibles - solutions à court terme -, le deuxième tube au Saint-Gothard ne saurait constituer, sans l'aval populaire, une priorité de politique des transports, ni même de politique routière. Poser cela dans le débat, ce n'est pas manquer de respect vis-à-vis de l'économie et des habitants du Tessin notamment.
Quatrièmement, une fois les travaux de réfection du tunnel existant terminés et le second tube réalisé, il est certain - et d'une certaine manière cela peut se comprendre - que des voix s'élèveront, prioritairement dans notre pays et dans l'Union européenne, pour exiger l'ouverture à la circulation de deux voies dans le même sens dans chacun des deux tubes. Il sera alors impossible de résister longtemps à ces pressions. De plus, pensez-vous qu'une bonne partie de nos concitoyennes et concitoyens, vu notamment les coûts qui seraient engendrés par le nouveau tunnel, se contenteront de continuer à circuler sur une seule voie dans chaque tube? Naturellement non.
Aussi, le Conseil fédéral n'a pas pleinement réussi à nous convaincre que la construction d'un second tube m'augmenterait pas la capacité des axes de transit routier dans les Alpes, alors qu'une telle augmentation est interdite par la Constitution. A cet égard, j'estime que le Conseil fédéral aurait dû proposer une modification de la Constitution, ce qui aurait permis au peuple de se prononcer en meilleure connaissance de cause.
Le projet du Conseil fédéral nous place également face à un certain nombre de choix d'importance nationale: sécuriser le tunnel routier du Saint-Gothard; modifier la politique des transports; établir les priorités des projets routiers et d'agglomération; définir les moyens financiers et, surtout, les modes de financement.
Un nouvel examen à la lumière des quelques points que je viens de relever serait certainement à même de proposer des solutions permettant de faciliter la cohésion nationale en matière de voies de communication.
Pour ces quelques raisons, je n'entrerai pas en matière sur ce projet.